Chronique Sociétale 1-2018

Contrat Social.Com

Chronique sociétale N°4, Février 2018

Par rapport aux précédentes livraisons, le plan de cette chronique est un peu bouleversé : nous commencerons par le déjeuner du 14 décembre, important pour l’association. L’actualité ne nous occupera pas longtemps, et nous terminerons par le compte rendu des échanges épistolaires autour des extraits et verbatim.

Vie de l’association : Le déjeuner de Contrat Social du 14 décembre 2017

Ce déjeuner « allongé » avait été organisé afin d’avoir une vraie discussion sur le sens et l’avenir de Contrat Social. A l’évidence, ce « brainstorming » (préparé par un questionnaire préalable, et de nombreux échanges épistolaires) allait compter pour l’avenir de l’association.

Les discussions préparatoires

Le débat le plus intéressant a porté sur la signification du Contrat Social. On peut manifestement mettre beaucoup de choses sous ce vocable.

Pour Alain Raab, le contrat se définit comme ce qui exprime les droits et obligations respectifs que se fixent ceux qui le souscrivent et doit régir leurs rapports mutuels. En tant que concept, il ne définit pas la nature de ces rapports, mais les légitime et rend contraignantes les obligations souscrites. L’adjectif social qui lui est associé marque qu’il concerne la société dans son ensemble. Mais pourquoi la société passerait-elle un tel contrat, et avec qui ? Historiquement, c’est « le Peuple » qui contracte avec « le Roi ». Le contrat est tacite, et n’exclut pas l’arbitraire du « Léviathan », l’État monstrueux imaginé par Hobbes, le précepteur de Charles II d’Angleterre. Mais le Peuple l’accepte quand même, parce que ce serait pire autrement, avec la « lutte de tous contre tous ».

C’est là une première version de la notion de contrat social. Celle-ci a tout de même évolué depuis Charles II. Alain Raab note que Jean-Jacques Rousseau, au XVIIIe siècle, en donne une nouvelle version en y incluant le choix des dirigeants par le peuple. Jean-Claude Angoulvant remarque que, de nos jours, le mot « contrat » devrait impliquer l’absence de totalitarisme et le mot « social » un minimum de souci des plus malheureux. Reste qu’il faut concrétiser...

Pour cela, Pierre Cabon, dans une vaste fresque historique, essaie de préciser quelles évolutions récentes méritent l’attention d’honnêtes hommes français, soucieux des moins favorisés, dans une Europe en construction s’insérant elle-même plus ou moins bien dans un mouvement de mondialisation peut être irréversible. Il souligne le pouvoir accru, pour le meilleur ou pour le pire, de l’Homme sur la Nature, les défauts des sociétés hiérarchiques bureaucratiques, et la nécessité d’actions bénévoles. Il souhaite la réussite européenne des deux chefs d’état français et allemand, et pointe les deux secteurs où « il y a quelque chose à faire » : l’éducation (y compris la formation pour adulte) et la sécurité sociale (car il y aura toujours des malheureux quelque part..).

Pour Jacques Lefèvre, qui s’inscrit dans la même ligne générale, la situation actuelle est héritée de l’après-Seconde Guerre mondiale, spécialement en France, où l’organisation sociale est peu ou prou issue des délibérations du Conseil National de la Résistance à Alger, dans les années 40...Les institutions qui en découlent étaient marquées par une grande sagesse, mais aussi par des possibilités de dérives, en particulier bureaucratiques. Il convient maintenant de remédier à celles-ci, en particulier en donnant un plus grand rôle à l’initiative individuelle...

Enfin Alain Raab reprend ces propositions, et souligne l’importance d’assainir le monde des idées reçues et des injonctions arbitraires qui envahissent l’espace médiatique.

Les débats du 14 décembre

Le compte rendu en a été fait par Jacques Lefèvre. Le premier point abordé a été le fonctionnement de l’association : finances saines, nouveau site internet, déjeuners appréciés ; restent quelques points à creuser : ménager plus d’occasions de rencontres, avoir une communication plus dynamique, organiser le recrutement, et favoriser les relations avec nos partenaires (en particulier le Club des vigilants et le Cercle Eratosthène).

Mais l’essentiel était le débat sur notre vocation. Devons-nous changer pour des actions plus concrètes et une meilleure communication extérieure ? Il est possible de répondre négativement à cette question : nous venons ici pour nous enrichir personnellement, et c’est un but légitime. Cependant, cet avis n’est pas partagé par tous les participants. Il y a deux raisons pour cela : d’abord, il ne faut pas égoïstement garder pour nous les fruits de nos réflexions. Mais aussi et surtout, parce que communiquer nous aidera à préciser nos pensées et à découvrir des objections à considérer. Nous devons donc chercher à exister en dehors de notre cercle restreint, mais comment ?

Cela implique que nous ayons des réponses à deux questions : que voulons-nous dire sur les changements qui s’annoncent dans le « contrat social » français ? et comment l’exprimer ?

Sur le premier point, selon l’un des participants, il nous faut « voir ce nous ne voyons pas et qui compte ». Sur beaucoup de sujets, on entend tout et n'importe quoi. Ce pourrait donc être une contribution significative que d’essayer de rectifier les fausses nouvelles (les fake news : par exemple, a-t-on vérifié que la fabrication des éoliennes n’émettait pas plus de CO2 que ces instruments n’en économisent au cours de leur vie ?). Avec des sujets de ce type, cependant, le problème qui se pose est celui de la limite de nos compétences.

Il faut donc adapter nos ambitions à nos moyens. Les études lourdes ne peuvent pas être très nombreuses. Mais nous pourrions utiliser l’expérience et le professionnalisme de nos membres pour donner de l’autorité à de courtes réflexions postées sur notre site internet, en particulier s’agissant de cas vécus.

Sur le second point, notre mode d’expression, il faut d’abord savoir quel public nous visons : de toute évidence, ce n’est pas celui de la grande presse, mais plutôt celui des décideurs centraux...Et ceux-ci sont-ils à l’écoute ? Ce n’est pas sûr ! Il faut donc trouver un moyen de surmonter cette difficulté. Une solution pour être audible serait d’être en opposition frontale avec le système courant : la provocation est presque toujours payante. Mais nous ne sommes pas dans cette position : ce que nous voulons, c’est plutôt expliquer la diversité, dire qu’il faut changer, mais sans tout casser. Il faudra donc réfléchir pour trouver une solution viable....

En conclusion

S’il ne fait pas de doute que les grandes questions philosophiques sur le « Contrat Social » nous intéressent et méritent d’être discutées entre nous, ce sont surtout les grandes institutions françaises et européennes qui nous préoccupent. Leur analyse devrait être la base de nos travaux. Nous avons pour cela trois voies essentielles, qui seront les bases de notre programme de travail en 2018 :

- les « études » : mais nos moyens nous conduisent à n’en envisager que deux, les retraites (c'est sur ce sujet que nous espérons être les plus contributifs dans le débat public) d’un côté, l'accompagnement et le bénévolat en liaison avec l’Université Catholique de Lille, de l’autre.

- les papiers percutants sur les autres thèmes évoqués au cours des discussions, comme « agriculture et écologie », « éducation et formation des citoyens », etc..), certains pouvant conduire à des débats écrits ou, à l'occasion, des sujets de déjeuners.

- enfin, des contributions spontanées, libres, mais en général réservées aux membres.

L’actualité

Il ne s’est pas passé d’évènements très notables au cours de ces dernières semaines dans le domaine de la politique générale, à l’exception peut-être du vote catalan favorable aux indépendantistes. Mais ce sujet a été évoqué dans la chronique sociétale précédente. Cette rubrique, de ce fait, restera quasi vide ce trimestre.

On notera cependant l’arrivée au pouvoir à Prague, au mois d’octobre d’un probable « anti-européen ». Selon un extrait de la lettre de la fondation Robert Schuman, cet ancien apparatchik communiste ayant fait fortune dans le capitalisme ne veut pas de l’Euro, et tient à conserver sa souveraineté. Mais c’est un « pragmatique » qui restera européen s’il y trouve son avantage.

Les échanges au sein de Contrat Social au cours du semestre

Les questions économiques

Amazon, le bitcoin, et le commerce numérique

Les achats sur internet explosent, ce qui concurrence sérieusement le « petit commerce » traditionnel. En même temps, les centrales d’achat Internet, comme Amazon aux États-Unis et en Europe, ou Alibaba en Chine deviennent des multinationales de taille (et de puissance) monstrueuses. Cela émeut beaucoup de gens. Faut-il s’en inquiéter ? Un article de The Economist proposé en extrait fait l’historique de cette évolution, sans porter de jugement de valeur (sinon pour observer que commander sur internet un livre dont on a la référence est tout de même plus pratique que d’aller chez un libraire qui, dans la vaste majorité des cas, ne l’a pas !).

Les monnaies virtuelles, comme le « bitcoin » (mais il y en a beaucoup d’autres), se développent aussi, grâce à de merveilleux algorithmes qui semblent garantir la bonne fin de toutes les transactions. La question, nous dit un extrait du journal le Monde n’est pas de savoir si la bulle éclatera, mais quand...

Après tout, dans les deux cas, il ne s’agit que de phénomènes bien connus en sciences économiques : les économies d’échelle d’un côté, le fait que la monnaie soit uniquement une affaire de confiance de l’autre. Ces phénomènes vont sans doute un peu changer le paysage, mais ni plus ni moins que l’automobile ou les vaccinations. En dépit de la crainte que chacun éprouve vis-à-vis d’une puissance comme Amazon ou les maîtres du Bitcoin (contrairement à ce qu’ils cherchent à faire croire, ils existent sûrement !), il n’y a sans doute pas à y attacher plus d’importance qu’à n’importe quelle innovation, du métier Jacquard à Internet. Il reste que l’ensemble du développement technique de l’Humanité et de ses conséquences demeure un vrai problème qui devrait retenir notre attention.

La fiscalité des entreprises en Europe

Philosophiquement moins importantes que les réflexions précédentes, les différences de fiscalité des entreprises entre les pays européens n’en sont pas moins un problème pratique réel. N’est-il pas anormal que deux entreprises identiques à la nationalité près soient taxées différemment dans le même espace européen, où elles sont en concurrence directe ? En permettant à une entreprise ou à un particulier d’échapper à ses devoirs de solidarité, la recherche de « l’optimisation fiscale » est- elle blâmable ? Ce sont les questions posées par un extrait d’une lettre de la fondation Robert Schuman en novembre.

L’auteur, Alain Lamassoure, observe qu’après tout, il y a des différences dans les taux de taxes décidés par les collectivités locales à l’intérieur même des pays, et qu’il s’agit là d’une sorte de concurrence sur le rapport qualité/prix des services publics dans les différentes localisations. Il est plus critique sur les « secrets » qui accompagnent les localisations dans les « paradis fiscaux » - secrets qui permettent en effet à des entreprises (les plus grosses les premières) d’échapper justement à ce calcul coût/efficacité de la localisation dans un endroit plutôt que dans un autre.

Ce sujet est très vaste, et mérite sûrement plus qu’un court extrait. Peut-on soutenir qu’il est anormal de faire payer des impôts à des entreprises, la solidarité citoyenne ne devant s’imposer qu’entre individus titulaires de revenus (ou de fortunes) ? Ce pourrait être un beau sujet de déjeuner !

Les retraites

Enfin, de notre ami Antoine Delarue, nous avons reçu une contribution remarquablement complète et synthétique sur la difficile question des retraites. Celle-ci devant faire l’objet d’un ou plusieurs déjeuners dans les prochains mois, ce document devra être lu par tous ceux qui voudront y participer.

Pour (imparfaitement) résumer, on dira que le problème est à la fois bureaucratique (il faudra unifier les différentes caisses existantes, ce qui supprimera certaines rentes de situations), obtenir de la flexibilité pour faire en sorte de ne pas pénaliser les changements de carrières professionnelles, et enfin harmoniser les financements en distinguant les avantages « contributifs » (liés aux cotisations versées) et « non contributifs » (liés à la situation personnelle des intéressés, par exemple avoir on non eu des enfants), les premiers attachés aux cotisations versées, les seconds financés par un impôt tel que la CSG.

Bien évidemment, tout ceci nous ramène à des considérations de finance publique, mais aussi d’équité, comme celles qui seront discutées plus bas.

Le travail détaché

Les réflexions précédentes s’appliquent aussi, mutatis mutandis, au problème du travail détaché, dont nous a entretenus le même Antoine Delarue : comment éviter sans injustice le fameux « dumping social » du « plombier polonais » ? On notera cependant qu’il reste tout de même encore quelques plombiers français dans l’hexagone...
Les conventions judiciaires d’intérêt public (CJIP)

Discutées dans deux extraits de The Economist et du Monde, il s’agit d’un nouveau gadget juridique, imité des États-Unis, institué par une loi du 9 décembre 2016. Celle-ci permet à une personne morale accusée de certains délits d’éviter un procès en payant une amende convenue d’un commun accord avec le procureur. Pour la Justice, c’est un moyen d’aller vite. Pour les entreprises coupables, la question sera de savoir s’il est préférable de payer maintenant, ou de faire traîner quelques années jusqu’au procès. Enfin, certaines entreprises non fautives auront peut-être intérêt à payer pour éviter les frais et l’incertitude...

L’état de la France et de l’Europe

Marc Bloch, l’ « étrange défaite » et la France aujourd’hui

La réédition du fameux livre de Marc Bloch incite Pierre Cabon à nous en offrir quelques extraits. Ceux-ci concernent essentiellement la technique militaire, et montrent comment les cadres de l’armée française de 1940 avaient été incapables d’imaginer la guerre « moderne » de l’époque. Mais il est bien évident que ces considérations ne s’appliquent pas qu’à la guerre : un pays dont les cadres sont dépourvus d’imagination, mal informés du terrain et prisonniers de leurs a priori aura beaucoup de peine à gagner les compétitions économiques ou culturelles. De ce point de vue, la France, aujourd’hui, est-elle en meilleure position qu’en 1940 ?

Macron vu de l’autre côté de la mer

De la même façon, il n’est pas inutile de voir comment le nouveau chef d’état français est perçu dans le monde anglo-saxon. Un long extrait de The Economist montre une opinion hautement favorable, en même temps qu’un certain scepticisme sur la possibilité d’atteindre les objectifs annoncés. Qui vivra verra...

Le Saint Empire Romain Germanique et l’Europe

Plus original est cet extrait sur l’attitude des Allemands vis-à-vis de l’Europe, qu’ils voient comme une sorte de résurgence et de prolongation du Saint Empire. Celui-ci serait un modèle de provinces fédérées avec un pouvoir central minimum, ce qui expliquerait l’hostilité « germanique » à l’image « jacobine » que les Français se font d’un état central.
Il y a sans doute du vrai dans cette thèse intéressante. Il n’en demeure pas moins que le Saint Empire (pas plus que l’État austro-hongrois du XIXe siècle) ne peut passer pour un succès politique total. L’obstination des rois de France ou d’Angleterre à créer des États centralisés semble avoir finalement été assez payante. La controverse théorique entre les girondins et les jacobins de l’Europe n’est pas close.

Géopolitique

Deux extraits seulement ont traité de géopolitique ce trimestre, le premier sur le monde arabe, le second sur la Chine.

Le monde arabe

Un livre de Pierre-Jean Luizard , « Chiites et Sunnites » fait l’objet du premier de ces extraits. Il est vrai que, comme prévient Pierre Cabon, il est sans doute un peu désordonné et difficile à lire. Mais c’est une mise au point magistrale et concise sur l’histoire des pays arabes, en particulier sur ce qui sépare les deux variantes de l’Islam, celle des sunnites et celle des chiites. Sans rentrer dans les détails de cette documentation bienvenue, on notera que les chiites ne représentent que 10 à 20% des musulmans. Ils sont regroupés autour de l’Iran, et ils sont souvent pauvres...

La Chine

Sur la Chine, un extrait de plusieurs articles de The Economist jette une lumière intéressante sur les évolutions récentes. Le gouvernement y admet qu’il ne peut pas gérer l’industrie, et devient donc libéral. Il se présente plutôt comme l’héritier de la « Chine éternelle » que comme celui d’un parti révolutionnaire. Enfin et surtout, la capacité d’innovation des entreprises chinoises est fantastique, laissant au placard les fameux stéréotypes des « Chinois copieurs ». Ici encore, ce texte très informatif n’est pas destiné à susciter la discussion.

Questions de société

De la sociologie à la Métamorphose

Si les sujets qui viennent d’être évoqués dans les deux sections précédentes n’ont pas donné lieu à beaucoup d’échanges entre les membres de Contrat Social, ce n’est pas le cas de ceux qui viennent maintenant : d’abord un échange de vues sur l’état de la sociologie en France à l’heure actuelle, et les dérives suscitées par les disciples de Bourdieu. Mais surtout, une suite de verbatim et d’extraits proposés par Alain Cornevin, et J.C. Angoulvant sur une foule de sujets qui viennent un peu en désordre, touchant un peu à tout, de l’avenir de l’homme à l’histoire des dernières révolutions.

La « guéguerre des sociologues » concerne une controverse allumée par un livre de Gérald Bronner et Étienne Géhin sur les dérives de l’école française de sociologie. Ces deux auteurs accusent beaucoup de leurs collègues, qui se présentent en gourous détenteurs de vérités en réalité non vérifiées, de manquer à la fois d’imagination et d’esprit scientifique. Ce n’est sans doute pas faux, si l’on songe que l’abus de pouvoir de prétendus experts qui se servent de la Science pour imposer leurs vues personnelles est fort répandu de nos jours chez les pseudo-scientifiques, et pas seulement les sociologues (même s’il est sans doute plus facile de le faire en sociologie qu’en physique des particules). Il est vrai que c’est inquiétant dans la mesure où l’on attend des scientifiques qu’ils n’ouvrent la bouche que pour des choses sûres et vérifiées. En tout cas, cela dépasse, et de très loin, la seule sociologie, avec un statut de la Science qui n’est pas encore complètement défini au sein de la société.

Et c’est pour cette dernière raison que cette controverse, apparemment assez anecdotique, se rattache aux autres contributions, qui touchent à l’avenir du monde. Nous avons eu à ce sujet le verbatim d’un livre de Bernard Guetta, ancien éditorialiste du Monde, qui livre ses réflexions de journaliste engagé, un autre du livre de Alain de Vulpian, Les carnets de la métamorphose, et un autre encore d’un livre de Jean-Louis Servan-Schreiber Humanité, apothéose ou apocalypse, lui-même composé d’interviews de personnalités pas toujours d’accord entre elles. Dans les trois cas, les choix de l’auteur de l’extrait aboutissent à un catalogue de formules provocatrices et fascinantes, qui font réfléchir, et soulèvent de multiples questions de première importance (même si certains ont pu dire que cela n’avait rien à voir avec Contrat Social). Mais elles manquent d’unité et de logique discursive, de sorte qu’il est bien difficile d’en rendre compte.

On se bornera à noter que ces esprits brillants sont perplexes devant l’évolution des sociétés humaines, et de la démocratie, même si de Vulpian y voit la possibilité d’une humanité augmentée, tandis que les personnes invitées par JLSS sont pessimistes. (Certaines sont même très peu scientifiques quand l’une d’elles déclare que « nous disons aimer la vérité, mais en réalité, nous déclarons vraies les idées que nous aimons », ce qui nous ramène au problème précédent de la sociologie élargie). La recension du livre de Bernard Guetta pose les mêmes problèmes : on y trouve par exemple la citation isolée qui dit que « L’imbécillité, le crime et le mensonge triomphent… ». C’est sans doute exact, probablement une loi de la Nature, mais il serait tout de même intéressant de savoir à propos de quoi l’auteur se fait cette réflexion.

L’éducation

Les controverses de ce trimestre sur l’éducation sont plus terre à terre que les précédentes, mais sans doute de plus grande importance pratique.

On assiste en effet depuis quelques années à une floraison de techniques pédagogiques révolutionnaires, toutes capables de produire cette opération magique qui transforme presque instantanément un élève inculte en un savant éclairé. J.C. Angoulvant nous propose une remarquable mise au point sur les effets (le plus souvent désastreux) de la « pédagogie inversée » ou encore de l’opposition entre « enseignement implicite » et « enseignement explicite ». Alain Raab observe que, avant de généraliser une méthode, il serait bon de la tester, et de vérifier qu’elle produit bien de meilleurs résultats que les méthodes « traditionnelles » (donc censément ringardes !). Et on se retrouve ici encore devant le problème de la sociologie : la prolifération des gourous ignares et prétentieux, qui font fi de toute méthode scientifique fondée sur la démarche expérimentale. Bien plus que dans le réchauffement climatique ou la dictature des robots intelligents, c’est peut-être là que résident les plus grands dangers susceptibles d’affecter homo sapiens dans les prochains siècles.

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