24 - Revigorer recherche et enseignement supérieur français Dans l’enseignement supérieur et la recherche la position de la France régresse, nos universités étant affaiblies par CNRS, INSERM et grandes écoles ; issus de celles-ci, les décideurs les négligent. Socialement, les grandes écoles se sont fermées, les universités multipliant par 8 leur nombre d’étudiants. Les crédits n’ont pas suivi et l’organisation est restée archaïque. Un fossé entre entreprises et enseignants rend laborieux l’entrée des jeunes dans la vie active. Pour innover plus il faut compter, avant tout, sur les pôles régionaux. Expérimentation et responsabilisations favoriseront des rapprochements féconds entre enseignement, recherche et entreprises. Revigorer recherche et enseignement supérieur Qu’il s’agisse de recherche fondamentale ou d’innovations technologiques l’Europe demeure un foyer majeur. Cependant de multiples indices montrent qu’elle perd du terrain et que, au sein de l’Europe, la pace relative de la France régresse. En biologie, par exemple, nos positions sont loin de s’être améliorées et si, jusque dans le courant des années 1980, l’industrie hexagonale du logiciel se situait confortablement à la deuxième place mondiale elle est tombée au-dessous de la 8e. Sur le marché mondial, nombreuses sont nos entreprises qui brillent mais elles le font davantage dans des domaines classiques que sur des champs nouveaux. Sur notre sol la recherche-développement est limitée et la part des emplois de haute technologie relativement faible ; nos exportations peinent à se développer. Si nos entreprises, grandes et moyennes, développent fortement leurs implantations à l’étranger, les investissements sur le sol français sont limités, l’emploi stagne et le tissu de nos entreprises vieillit. Trop peu de start-up réussissent ; déficits publics et concepts archaïques ont freiné l’extension de la capitalisation privée qui, aux États-Unis, a permis aux jeunes firmes de trouver un « capital disponible en masse ; sa diversité et sa grande capacité d’adaptation à des situations inattendues ont joué un rôle considérable. » (1) Au cœur de ces évolutions inquiétantes se situe le mauvais état de nos universités. Le mauvais état de nos universités Le mal-être des universités se manifeste d’abord par leur piètre rendement : plus de la moitié des étudiants inscrits en début de premier cycle ne parvient pas à recevoir un diplôme. Le malaise se voit, aussi, à leur piètre image hors de notre pays. Sur les 50 premières universités européennes classées par le Times en octobre 2005, il faut attendre la 49e place pour en trouver une française, Paris Panthéon-Sorbonne ; l’École polytechnique figure en 3e place, Normale Sup en 7e, et Sciences-Po Paris en 21e. Dans les pays occidentaux, en effet, les universités sont restées au cœur des processus d’élévation des compétences alors que les nôtres ont été marginalisées à la fois par de puissants organismes publics de recherche tels que le CNRS ou l’INSERM et par les « grandes écoles. » 85 % des étudiants fréquentent une université, un peu moins de 7 % une école d’ingénieurs. Les universités ont été largement ouvertes à tout titulaire d’un baccalauréat tandis que, marchant en sens contraire, les grandes écoles sont devenues « socialement de plus en plus fermées. » (2) La division en trois segments - universités, grandes écoles et organismes de recherche - et la sélection opérée par les grandes écoles ne sont favorables ni à la recherche fondamentale ni à ses applications. La religion du diplôme que nous pratiquons, en adoubant à quelque 28 ans polytechnicien, interne des hôpitaux, agrégé ou inspecteur des finances et la sélection des bons élèves, par les mathématiques notamment, sont-elles propices aux aventures de l’innovation ? Prend-t-on en compte imagination et créativité ? Par ailleurs, dès lors que l’enseignement secondaire et supérieur était ouvert à tous, la majorité des étudiants est destinée à travailler dans le secteur privé ; la mission que l’Université privilégiait - fournir des cadres à la fonction publique - aurait donc dô être retournée comme on le fait d’un gant. Simplifions : on forme trop de sociologues et pas assez d’informaticiens. En dépit d’efforts certains, l’écart reste grand entre les formations que dispensent nos facultés et ce que demandent les entreprises ; les étudiants, diplômés ou non, savent bien que leur entrée dans la vie active sera chaotique. En réalité, le fossé, fort ancien, qui sépare les grandes entreprises - dont les dirigeants sont, en majorité, sortis des grandes écoles - s’est creusé. Ce fossé rend également difficiles les relations entre les chercheurs du secteur public et les entreprises ce qui ne favorise pas les applications industrielles de la recherche. Autre facteur négatif : tout organisme qui, comme notre Université, voit se multiplier par 8 le nombre de ses usagers doit repenser son organisation. Tel ne fut pas le cas comme le souligne avec force un décapant rapport de la Cour des Comptes d’octobre 2005 corroborant plusieurs autres études. (1) Les instruments et pratiques de bonne gouvernance sont quasiment absents et la gestion du personnel, notamment, est très défectueuse. Écartelées entre un ministère qui gère par trop dans le détail et des enseignants soucieux de leur indépendance, les présidents et leurs conseils pléthoriques ont une autorité insuffisante. Plus généralement, la responsabilisation de dirigeants d’unités - universités, facultés, laboratoires - sans réelle autonomie étant limitée, il leur est difficile de conduire une adaptation énergique de leur entité. Or, tous les rapports soulignent l’insuffisance des crédits consacrés à l’enseignement supérieur. On a donc ouvert les universités sans restriction, y compris à des jeunes qui, bien que titulaires du baccalauréat, ont une formation de base fragile, tout en limitant non seulement les crédits mais aussi les droits d’entrée dans les universités sans inciter ces dernières à revoir leurs modes de gestion. Est-ce un hasard si nos universités sont pénalisées par la faiblesse de leurs moyens, leur dispersion et leur mauvaise organisation interne ? Non : « les décideurs économiques et politiques, massivement issus des grandes écoles, ne s’intéressent pas assez à elles. » (2) Finalement, la dichotomie universités-grandes écoles apparaît comme une cause essentielle de la coupure de la France en deux. Une fraction est insérée dans la mondialisation et y réussit brillamment en participant activement à des évolutions dont elle bénéficie. Elle développe des emplois mais qui, pour une bonne part, sont situés hors de France. Une autre et large partie de la France, redoutant le chômage, a peur et se crispe en résistant aux changements ; elle le manifeste par des refus répétés - 1995, 2002, 2005, 2006. Favoriser regroupements et ouvertures On ne pourra surmonter les inévitables résistances à des changements si cette opinion publique, aujourd’hui si craintive, convenablement informée et associée, n’appuie pas des réformateurs réfléchis. Plus que de nouvelles institutions - comme en a décidé la loi-programme sur la recherche et l’enseignement supérieur du 19 avril 2006 - ou de réglementations supplémentaires, c’est une modification du comportement des unités sur le terrain qu’il faut encourager. Heureusement, les pouvoirs publics se disent décidés à favoriser sur des campus régionaux une coopération - pouvant aller jusqu’à l’intégration - des universités, grandes écoles, laboratoires des centres de recherche ou d’entreprises ; un mouvement puissant semble amorcé. Il faut espérer que les administrations centrales contrôleront leurs penchants jacobins et laisseront les nouveaux pôles régionaux expérimenter avec audace ; que les entités nouvelles, plus puissantes, concluront des alliances avec leurs homologues étrangers, européens au premier chef ; qu’elles seront attentives à accueillir des étudiants venant de milieux sociaux divers. Les entités ouvertes sont autrement fécondes que celles qui se ferment. 24. 1 État des lieux « Depuis des siècles, la science nous assure la supériorité militaire, économique, politique. Nous avons rapidement confondu ces quelques siècles avec l’éternité. » (1) Mais des éclairs nous ont rappelé que la planète pouvait être gravement endommagée voire disparaître : « Outre les armes de destruction massive, il y a les risques de dégradation écologique ou encore l’usage incontrôlé de la révolution du vivant : l’humanité est en train d’acquérir la capacité de sa propre mutation en tant qu’espèce. » (2) Philosophiquement, cette relativisation est sans doute salutaire. Dans leur vie de tous les jours, cependant, la majorité des Français perçoivent, très progressivement, que leur emploi et leur revenu sont dépendants de la place de leur pays dans une compétition redoutable. Or, « L’Europe ne gagnera pas la bataille de la mondialisation par ses coôts mais grâce à la recherche-développement et à sa capacité d’entreprendre. » (3) « Le nerf de la guerre, c’est l’innovation. 75 % des produits de Siemens ont moins de cinq ans et, aux États-Unis, 90 % moins de trois ans. » (4). 241. 1 Recherche et innovation La production n’est pas seule à s’internationaliser. La recherche dite fondamentale est mondiale et celle qui est conduite par l’industrie le devient. (5) Il en va de même de l’enseignement supérieur : « les étudiants, pour ceux qui ont cette chance, voyagent d’une université à l’autre. Ils comparent les bibliothèques, les équipements informatiques, l’état des salles de cours, la disponibilité des professeurs, l’intensité et la pertinence des enseignements, les talents pédagogiques des enseignants [...] Le marché du travail des meilleurs professeurs et chercheurs est l’un des plus globalisés qui soit. » (6) 2411. 1 Une tendance globale récessive Les graphiques 1 et 2, qui figurent page 40 mais que nous suggérons de regarder maintenant, montrent l’écart grandissant des dépenses de recherche entre l’Europe et les Etats-Unis ; au premier chef, pour ce qui est des dépenses privées. De surcroît, si globalement l’Europe perd du terrain, la position relative de la France au sein du vieux continent, sans être la plus mauvaise, régresse. 24111. 1 La recherche publique Si les crédits publics que nous consacrons à la recherche sont substantiels, il ne faut pas perdre de vue qu’une fraction importante bénéficie au secteur nucléaire et à l’espace. (1) On retiendra aussi ce constat sévère : « Ces 25 dernières années, l’effort en matière de recherche et d’enseignement supérieur a stagné et les investissements publics ont diminué. L’accroissement de la dette publique n’a donc pas financé un effort structuré en faveur des dépenses les plus utiles à la croissance et à la préparation de l’avenir. » (2) Certes, un prix Nobel de médecine a pu dire : « Je n’aime pas l’expression « déclin scientifique français ». Dans les sciences biologiques que je connais il y a en France des gens d’exceptionnelle qualité et qui sont reconnus comme tels sur la scène internationale. » (3) Il semble également que le niveau de notre recherche est élevé dans les mathématiques comme dans certains secteurs de la physique et de la chimie ; en octobre 2005 Yves Chauvin, aux côtés de deux Américains, a reçu le prix Nobel de chimie et, dans le cours du XXe siècle, sur 44 médailles Fields, considérées comme les Nobel de mathématiques, la France en a reçu 8. Par contre, sur 180 prix Nobel de physiologie et de médecine décernés, les Français en reçurent seulement 7. Aucun Nobel de médecine depuis 1983 alors que les Anglais en ont eu 8 et les Américains 46. La plupart de nos Nobel ont d’ailleurs été obtenus par des francs-tireurs qui travaillaient hors des plus grandes institutions, tels que Gilles de Genne ou Georges Charpak. On notera aussi que trois de nos savants se sont exilés outre-Atlantique oò ils ont reçu le prix Nobel. Nous citons plusieurs professionnels aux parcours très divers qui témoignent d’une tendance récessive de la place tant de notre recherche que de nos innovations. (4) Prouver de façon définitive l’affirmation selon laquelle « la France perd pied » (5) dans la recherche serait fort difficile tant les domaines sont nombreux et les critères multiples. Ces derniers retiennent notamment les citations des travaux des chercheurs faites dans des publications reconnues. Elles indiquent que, très globalement et avec de brillantes exceptions, la notoriété des Français a tendu à décliner à partir d’un seuil qui n’était pas remarquable. Selon l’Observatoire des sciences et des techniques (OST), organisme public (6) la part mondiale des publications scientifiques de la France était en 2001 de 5,1 % - voir, in fine, les graphiques 5, 6 et 7, page 41 & 42. Par exemple, « Comment expliquer qu’avec la même dépense de recherche-développement que la France, le nombre de publications internationales britanniques, hors sciences humaines et sociales, soit supérieur de 40 % environ ? » (7) Certes, il est quasiment certain que les chercheurs français sont défavorisés dans le décompte de leurs publications par le grand nombre d’unités qui existent chez nous, au sein du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) ou de l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) et qui, aujourd’hui, ne sont pas rassemblées dans les statistiques. À l’avenir, les indicateurs de publications et de citations seront produits par l’OST pour le compte de chaque établissement et selon des règles communes. Cet effort réduira une partie de l’écart, mais une partie seulement. 24111. 2 La recherche et les innovations privées À compter de 1995, la part de la France sur le marché des hautes technologies a reculé, avec un décrochage net depuis 2000. (1) Voir le graphique 4 page 41 et le chapitre 21 de notre site qui détaille ce phénomène inquiétant. L’OCDE confirme que la part des emplois de haute technologie place la France derrière maintes autres économies développées : non seulement les États-Unis et le Japon mais aussi l’Allemagne, la Corée du Sud ou le Royaume-Uni. La montée en puissance de la Chine ou de l’Inde attire l’attention sur la concurrence que font à des nations comme la nôtre des pays à bas salaires ; moins médiatique, mais plus fondamentale, est la pression qu’exercent sur nous les pays à technologie avancée. « L’économie française se distingue par une faible proportion d’entreprises qui déclarent conduire de la recherche-développement industrielle. » (2 ) Certes, chacun connaît, dans la vallée de l’Arve ou le Choletais, autour de Chartres, d’Alençon ou de Sainte-Sigolène (Haute-Loire) (3) des PME innovantes mais, leur nombre semble, au total, insuffisant. (4) On peut également citer des domaines oò la France poursuit des recherches et réalise des innovations tant au sein de ses grandes firmes que dans des PME. Il en est ainsi, par exemple, dans l’industrie du caoutchouc ou dans celui du transport du gaz liquéfié. D’une façon générale, cependant, en matière de brevets, la France est au douzième rang pour le nombre (proportionnellement à la population) de brevets déposés aux offices internationaux et sa position relative décline. (5) - voir les graphiques 6, 7 et 8 page 41 & 42. Selon le tableau de bord de l’innovation présenté par la Commission européenne en janvier 2006, la France ne se situe pas avec la Suède, le Danemark, la Finlande ou la Suisse dans le peloton de tête des pays innovants - graphique 3, page 40. Le cabinet Ernst & Young se dit, lui aussi, convaincu que pour la qualité de ses pôles d’innovation et de recherche la France a régressé, notamment par rapport à l’Allemagne. (6) Il semble bien que les produits industriels français ne se situent pas suffisamment aux frontières technologiques - graphique 4 page 41. On peut craindre que le recul des positions françaises sur les marchés qui exigent des innovations ne soit que le reflet, avec un décalage dans le temps, de l’efficacité insuffisante de notre recherche publique mais surtout privée. « Il y a cinq ans, parler du déclin scientifique de la France constituait un acte de haute trahison. Aujourd’hui, le diagnostic est partout. » (1)Le rapprochement de ces observations avec le classement des universités qu’on trouvera plus loin est frappant Cependant, « depuis deux ans la France a incontestablement pris conscience de la gravité de la situation de la recherche et de l’innovation ainsi que de l’importance des enjeux économiques et sociaux qui y sont liés. » (2) Les chercheurs du secteur public ont déclenché un mouvement d’alerte qui a été largement suivi. 2411. 2 Deux exemples typiques : les biotechnologies et les programmes informatiques Nos « sciences de la vie ont pris du retard et celui-ci risque de s’accentuer. » (3) « Dans la biologie du développement, ma discipline, le déclin s’accélère alors que ce domaine est en train d’exploser avec le développement des études sur les cellules souches qui ouvrent d’immenses perspectives thérapeutiques [...] Il suffit de regarder la pauvreté du parc d’industries de biotechnologies en France comparé à celui des États-Unis. » (4) Dans cette activité et pour la seule ville de San Diego existent plusieurs centaines de firmes, peut-être plus que dans toute la France. Les entreprises américaines dépensent beaucoup pour la recherche et leurs innovations entretiennent la puissance des USA ; celle-ci permet de nourrir des budgets militaires considérables qui, à leur tour, financent des recherches décisives dans l’informatique notamment. En informatique, les Américains ont obtenu les deux tiers des 47 prix de la prestigieuse Turing Award décernés à ce jour, la Grande Bretagne 6, la France zéro. Alors que l’industrie du logiciel hexagonale se situait confortablement à la deuxième place mondiale jusque dans le courant des années 1980 (même si le distinguo entre logiciel et services informatiques n’était pas toujours clair), elle est tombée quelque part entre la 8e et la 10e place, au début des années 2000. 2411. 3 Les Établissements publics à caractère scientifique et technique Dans le secteur public, une caractéristique de notre recherche est qu’une très large part des travaux est effectuée sous la conduite du CNRS, de l’INSERM et autres organismes de recherche et non, comme dans la plupart des pays industrialisés, dans le cadre des universités. « À partir des années 1930, la promotion de la recherche est devenue un objectif politique et cette fonction a alors été confiée à de grands organismes qui ont reçu le statut d’Établissements Publics à caractère Scientifique et Technique (EPST) par la loi du 15 juillet 1982. Le CNRS, créé en 1939, recouvre un large spectre de champs disciplinaires alors que plusieurs autres organismes, dont l’Institut national de la recherche agronomique ou l’INSERM, ont un champ spécialisé. Les universités se consacraient principalement à la formation. » (5) En réalité, dès les années trente, les pouvoirs publics se sont inquiétés du manque de dynamisme de nos universités. Le phénomène n’était pas nouveau. N’est-ce pas parce qu’il jugeait la Sorbonne trop conservatrice que François 1er avait provoqué la création du Collège de France ? « Opérateurs », les EPST ont un personnel nombreux : 25 000 chercheurs dont 11 000 pour le seul CNRS. Ce dernier a, au total, 30 000 salariés. Nos universités, pour leur part, emploient 53 000 enseignants et chercheurs mais, c’est privées de la conduite d’une bonne part de la recherche, qu’elles allaient devoir franchir un pas gigantesque : leur accès, qui avait été réservé à une petite minorité, allait être ouvert à tous les bacheliers, majoritaires dans les générations nouvelles. 241. 2 Universités et grandes écoles Au cours de la seconde moitié du XXe siècle nos universités ont vu se multiplier par huit le nombre des étudiants qui les fréquentent. Ce phénomène a de solides justifications. Dans un monde qui souhaite progresser et au sein d’une société qui, de plus en plus, est celle de la connaissance, ne doit-on pas favoriser un niveau d’éducation élevé ? La récente loi « Fillon » sur l’Éducation, a proposé pour objectif de doter un jeune sur deux d’un diplôme de l’enseignement supérieur et le parlement ne l’a pas contesté. Suivre un enseignement supérieur est devenu « la façon normale de vivre sa jeunesse. » (1) 2412. 1 Une ouverture des universités mal gérée Toute institution dont les usagers augmentent de façon considérable, doit entreprendre « un changement de la nature même de système. » (2) Il est clair qu’une telle novation n’a pas eu lieu. Dans les premières années des cursus, les facultés ne parviennent pas à suivre, orienter et encadrer les étudiants. Elles ne leur permettent guère d’acquérir des méthodes de travail. On entre librement dans une faculté mais après ? « Aujourd’hui, pour fréquenter la Sorbonne, il ne vous en coôte pas grand-chose, mais vous ne pourrez pas y rencontrer des professeurs qui n’y disposent d’ailleurs pas de bureaux. Ils n’ont pas davantage d’ordinateurs. Vous avez 70 ou 80 étudiants par classe. C’est absurde. C’est gratuit mais pour ce prix-là vous n’avez rien. » (3) « Les universités consacrent une grande partie de leur budget à mettre en place des cours et des examens pour des étudiants qui, en masse, sortiront sans diplôme. » (4) Quelque 90 000 étudiants seront, chaque année, dans ce cas. Les étudiants qui obtiennent un diplôme ne sont pas tirés d’affaire pour autant. Globalement, l’écart est devenu énorme entre les formations que dispensent nos facultés, encore très tournées vers les postes du secteur public que leurs professeurs connaissent, et ce que demande le monde de l’entreprise et qui leur est moins familier. Les étudiants ont conscience de cet écart. « Ils savent que, pour entrer dans la vie active, ce sera long, incertain, chaotique. » (1) Nos universités n’ont pas réussi à relever l’énorme défi auquel elles ont été brutalement confrontées. Dotées d’institutions et de modes de gestion défectueux et pauvres en moyens, elles ne sont parvenues à tenir ni leur réputation ni leur rang. « Dans ces trente dernières années, l’image de l’université à laquelle j’appartiens n’a cessé de décroître vis-à-vis du monde industriel. » (2) On peut craindre que, là aussi, un phénomène de déclin relatif mais cumulatif de la position française dans le monde, ne soit amorcé : en effet « les meilleures universités attirent les meilleurs étudiants. » (3) 2412. 2 Des universités mal classées au plan mondial On a cité dans l’introduction le classement du Times d’octobre 2005 ; utilisant une pluralité de critères (4) l’université Jiao Tong de Shanghai - dans un classement qui, publié en 2005 pour la troisième fois, est souvent utilisé - sur une liste de 500 universités, place 17 universités américaines sur les 20 les mieux classées - voir l’annexe 2. Ces universités emploient 70 % des détenteurs d’un prix Nobel et produisent à elles seules quelque 30 % des articles scientifiques publiés dans le monde. Dans cet univers, la France reste une nation moyenne qui se classe après le Royaume-Uni, le Japon, l’Allemagne et le Canada. La première université française est Paris-VI (Pierre et Marie Curie), au 46e rang mondial, devant Paris-XI (Orsay) 61e, Strasbourg-I (Louis-Pasteur) 92e et l’École normale supérieure de Paris. 2412. 3 La problématique division entre universités et grandes écoles 85 % des étudiants fréquentent une université et un peu moins de 7 % une école d’ingénieur. 24123. 1 Un clivage profond Les classements évoqués au paragraphe précédent justifient cette appréciation : « Les universités, qui accueillent plus des trois quarts des étudiants, sont à la périphérie et non au centre du système. Elles sont marginalisées par les grandes écoles dans la formation des élites et par les grands organismes, CNRS, INSERM, Institut national de la recherche agronomique ou Commissariat à l’énergie atomique dans le pilotage des travaux de recherche. » (5) Une des causes de la faiblesse relative de nos universités est bien leur difficile coexistence avec notre système de grandes écoles. La fondation de ces écoles remonte, pour les premières d’entre elles, au siècle des Lumières. Elles représentent des traditions et des forces d’influence : celles des cohortes d’anciens. Reste que la dichotomie universités/grandes écoles est paradoxale pour une République qui se veut égalitaire. D’un côté, la sélection à l’entrée des universités est une hypothèse qui fait dresser des barrages dans la rue, de l’autre nos grandes écoles pratiquent une sélection féroce qui les rendent « socialement de plus en plus fermées. » (1) Les sélections opérées (en réalité dès l’école primaire, voir le chapitre 31 de notre site) contribuent à faire de notre enseignement une « vaste machine anti-redistributrice. » (2) « Une chose est claire : les modes de sélection des grandes écoles sont aujourd’hui tels que les enfants des classes moyennes et populaires en sont exclus, et, de fait, de plus en plus exclus. » (3) Convaincu que « les grandes écoles clonaient à l’infini la même classe sociale, le directeur de Sciences Po Paris, Richard Descoings, décida, en 2001, d’instituer une nouvelle procédure d’admission s’adressant spécifiquement aux élèves des établissements situés en zones d’éducation prioritaires (ZEP). » (4) Les grandes écoles ont récemment admis les défauts de la ségrégation sociale à laquelle elles participent. La conférence qui les réunit a convenu d’élargir la brèche ouverte par Sciences-Po : plus de cinquante grandes écoles se sont engagées à mettre en place des classes préparatoires destinées aux élèves des ZEP. (5) La ségrégation sociale ne diminuera sans doute que lentement et partiellement. 24123. 2 Un clivage défavorable à la rech
 
24 - revigorer recherche et enseignement superieur francais dans l'enseignement superieur et la recherche la position de la france regresse, nos universites etant affaiblies par cnrs, inserm et grandes ecoles; issus de celles-ci, les decideurs les negligent. socialement, les grandes ecoles se sont fermees, les universites multipliant par 8 leur nombre d'etudiants. les credits n'ont pas suivi et l'organisation est restee archaique. un fosse entre entreprises et enseignants rend laborieux l'entree des jeunes dans la vie active. pour innover plus il faut compter, avant tout, sur les poles regionaux. experimentation et responsabilisations favoriseront des rapprochements feconds entre enseignement, recherche et entreprises. revigorer recherche et enseignement superieur qu'il s'agisse de recherche fondamentale ou d'innovations technologiques l'europe demeure un foyer majeur. cependant de multiples indices montrent qu'elle perd du terrain et que, au sein de l'europe, la pace relative de la france regresse. en biologie, par exemple, nos positions sont loin de s'etre ameliorees et si, jusque dans le courant des annees 1980, l'industrie hexagonale du logiciel se situait confortablement a la deuxieme place mondiale elle est tombee au-dessous de la 8e. sur le marche mondial, nombreuses sont nos entreprises qui brillent mais elles le font davantage dans des domaines classiques que sur des champs nouveaux. sur notre sol la recherche-developpement est limitee et la part des emplois de haute technologie relativement faible; nos exportations peinent a se developper. si nos entreprises, grandes et moyennes, developpent fortement leurs implantations a l'etranger, les investissements sur le sol francais sont limites, l'emploi stagne et le tissu de nos entreprises vieillit. trop peu de start-up reussissent; deficits publics et concepts archaiques ont freine l'extension de la capitalisation privee qui, aux etats-unis, a permis aux jeunes firmes de trouver un "capital disponible en masse; sa diversite et sa grande capacite d'adaptation a des situations inattendues ont joue un role considerable." (1) au coeur de ces evolutions inquietantes se situe le mauvais etat de nos universites. le mauvais etat de nos universites le mal-etre des universites se manifeste d'abord par leur pietre rendement: plus de la moitie des etudiants inscrits en debut de premier cycle ne parvient pas a recevoir un diplome. le malaise se voit, aussi, a leur pietre image hors de notre pays. sur les 50 premieres universites europeennes classees par le times en octobre 2005, il faut attendre la 49e place pour en trouver une francaise, paris pantheon-sorbonne; l'ecole polytechnique figure en 3e place, normale sup en 7e, et sciences-po paris en 21e. dans les pays occidentaux, en effet, les universites sont restees au coeur des processus d'elevation des competences alors que les notres ont ete marginalisees a la fois par de puissants organismes publics de recherche tels que le cnrs ou l'inserm et par les "grandes ecoles." 85 % des etudiants frequentent une universite, un peu moins de 7 % une ecole d'ingenieurs. les universites ont ete largement ouvertes a tout titulaire d'un baccalaureat tandis que, marchant en sens contraire, les grandes ecoles sont devenues "socialement de plus en plus fermees." (2) la division en trois segments - universites, grandes ecoles et organismes de recherche - et la selection operee par les grandes ecoles ne sont favorables ni a la recherche fondamentale ni a ses applications. la religion du diplome que nous pratiquons, en adoubant a quelque 28 ans polytechnicien, interne des hopitaux, agrege ou inspecteur des finances et la selection des bons eleves, par les mathematiques notamment, sont-elles propices aux aventures de l'innovation? prend-t-on en compte imagination et creativite? par ailleurs, des lors que l'enseignement secondaire et superieur etait ouvert a tous, la majorite des etudiants est destinee a travailler dans le secteur prive; la mission que l'universite privilegiait - fournir des cadres a la fonction publique - aurait donc du etre retournee comme on le fait d'un gant. simplifions: on forme trop de sociologues et pas assez d'informaticiens. en depit d'efforts certains, l'ecart reste grand entre les formations que dispensent nos facultes et ce que demandent les entreprises; les etudiants, diplomes ou non, savent bien que leur entree dans la vie active sera chaotique. en realite, le fosse, fort ancien, qui separe les grandes entreprises - dont les dirigeants sont, en majorite, sortis des grandes ecoles - s'est creuse. ce fosse rend egalement difficiles les relations entre les chercheurs du secteur public et les entreprises ce qui ne favorise pas les applications industrielles de la recherche. autre facteur negatif: tout organisme qui, comme notre universite, voit se multiplier par 8 le nombre de ses usagers doit repenser son organisation. tel ne fut pas le cas comme le souligne avec force un decapant rapport de la cour des comptes d'octobre 2005 corroborant plusieurs autres etudes. (1) les instruments et pratiques de bonne gouvernance sont quasiment absents et la gestion du personnel, notamment, est tres defectueuse. ecartelees entre un ministere qui gere par trop dans le detail et des enseignants soucieux de leur independance, les presidents et leurs conseils plethoriques ont une autorite insuffisante. plus generalement, la responsabilisation de dirigeants d'unites - universites, facultes, laboratoires - sans reelle autonomie etant limitee, il leur est difficile de conduire une adaptation energique de leur entite. or, tous les rapports soulignent l'insuffisance des credits consacres a l'enseignement superieur. on a donc ouvert les universites sans restriction, y compris a des jeunes qui, bien que titulaires du baccalaureat, ont une formation de base fragile, tout en limitant non seulement les credits mais aussi les droits d'entree dans les universites sans inciter ces dernieres a revoir leurs modes de gestion. est-ce un hasard si nos universites sont penalisees par la faiblesse de leurs moyens, leur dispersion et leur mauvaise organisation interne? non: "les decideurs economiques et politiques, massivement issus des grandes ecoles, ne s'interessent pas assez a elles." (2) finalement, la dichotomie universites-grandes ecoles apparait comme une cause essentielle de la coupure de la france en deux. une fraction est inseree dans la mondialisation et y reussit brillamment en participant activement a des evolutions dont elle beneficie. elle developpe des emplois mais qui, pour une bonne part, sont situes hors de france. une autre et large partie de la france, redoutant le chomage, a peur et se crispe en resistant aux changements; elle le manifeste par des refus repetes - 1995, 2002, 2005, 2006. favoriser regroupements et ouvertures on ne pourra surmonter les inevitables resistances a des changements si cette opinion publique, aujourd'hui si craintive, convenablement informee et associee, n'appuie pas des reformateurs reflechis. plus que de nouvelles institutions - comme en a decide la loi-programme sur la recherche et l'enseignement superieur du 19 avril 2006 - ou de reglementations supplementaires, c'est une modification du comportement des unites sur le terrain qu'il faut encourager. heureusement, les pouvoirs publics se disent decides a favoriser sur des campus regionaux une cooperation - pouvant aller jusqu'a l'integration - des universites, grandes ecoles, laboratoires des centres de recherche ou d'entreprises; un mouvement puissant semble amorce. il faut esperer que les administrations centrales controleront leurs penchants jacobins et laisseront les nouveaux poles regionaux experimenter avec audace; que les entites nouvelles, plus puissantes, concluront des alliances avec leurs homologues etrangers, europeens au premier chef; qu'elles seront attentives a accueillir des etudiants venant de milieux sociaux divers. les entites ouvertes sont autrement fecondes que celles qui se ferment. 24. 1 etat des lieux "depuis des siecles, la science nous assure la superiorite militaire, economique, politique. nous avons rapidement confondu ces quelques siecles avec l'eternite." (1) mais des eclairs nous ont rappele que la planete pouvait etre gravement endommagee voire disparaitre: "outre les armes de destruction massive, il y a les risques de degradation ecologique ou encore l'usage incontrole de la revolution du vivant: l'humanite est en train d'acquerir la capacite de sa propre mutation en tant qu'espece." (2) philosophiquement, cette relativisation est sans doute salutaire. dans leur vie de tous les jours, cependant, la majorite des francais percoivent, tres progressivement, que leur emploi et leur revenu sont dependants de la place de leur pays dans une competition redoutable. or, "l'europe ne gagnera pas la bataille de la mondialisation par ses couts mais grace a la recherche-developpement et a sa capacite d'entreprendre." (3) "le nerf de la guerre, c'est l'innovation. 75 % des produits de siemens ont moins de cinq ans et, aux etats-unis, 90 % moins de trois ans." (4). 241. 1 recherche et innovation la production n'est pas seule a s'internationaliser. la recherche dite fondamentale est mondiale et celle qui est conduite par l'industrie le devient. (5) il en va de meme de l'enseignement superieur: "les etudiants, pour ceux qui ont cette chance, voyagent d'une universite a l'autre. ils comparent les bibliotheques, les equipements informatiques, l'etat des salles de cours, la disponibilite des professeurs, l'intensite et la pertinence des enseignements, les talents pedagogiques des enseignants [...] le marche du travail des meilleurs professeurs et chercheurs est l'un des plus globalises qui soit." (6) 2411. 1 une tendance globale recessive les graphiques 1 et 2, qui figurent page 40 mais que nous suggerons de regarder maintenant, montrent l'ecart grandissant des depenses de recherche entre l'europe et les etats-unis; au premier chef, pour ce qui est des depenses privees. de surcroit, si globalement l'europe perd du terrain, la position relative de la france au sein du vieux continent, sans etre la plus mauvaise, regresse. 24111. 1 la recherche publique si les credits publics que nous consacrons a la recherche sont substantiels, il ne faut pas perdre de vue qu'une fraction importante beneficie au secteur nucleaire et a l'espace. (1) on retiendra aussi ce constat severe: "ces 25 dernieres annees, l'effort en matiere de recherche et d'enseignement superieur a stagne et les investissements publics ont diminue. l'accroissement de la dette publique n'a donc pas finance un effort structure en faveur des depenses les plus utiles a la croissance et a la preparation de l'avenir." (2) certes, un prix nobel de medecine a pu dire: "je n'aime pas l'expression "declin scientifique francais". dans les sciences biologiques que je connais il y a en france des gens d'exceptionnelle qualite et qui sont reconnus comme tels sur la scene internationale." (3) il semble egalement que le niveau de notre recherche est eleve dans les mathematiques comme dans certains secteurs de la physique et de la chimie; en octobre 2005 yves chauvin, aux cotes de deux americains, a recu le prix nobel de chimie et, dans le cours du xxe siecle, sur 44 medailles fields, considerees comme les nobel de mathematiques, la france en a recu 8. par contre, sur 180 prix nobel de physiologie et de medecine decernes, les francais en recurent seulement 7. aucun nobel de medecine depuis 1983 alors que les anglais en ont eu 8 et les americains 46. la plupart de nos nobel ont d'ailleurs ete obtenus par des francs-tireurs qui travaillaient hors des plus grandes institutions, tels que gilles de genne ou georges charpak. on notera aussi que trois de nos savants se sont exiles outre-atlantique ou ils ont recu le prix nobel. nous citons plusieurs professionnels aux parcours tres divers qui temoignent d'une tendance recessive de la place tant de notre recherche que de nos innovations. (4) prouver de facon definitive l'affirmation selon laquelle "la france perd pied" (5) dans la recherche serait fort difficile tant les domaines sont nombreux et les criteres multiples. ces derniers retiennent notamment les citations des travaux des chercheurs faites dans des publications reconnues. elles indiquent que, tres globalement et avec de brillantes exceptions, la notoriete des francais a tendu a decliner a partir d'un seuil qui n'etait pas remarquable. selon l'observatoire des sciences et des techniques (ost), organisme public (6) la part mondiale des publications scientifiques de la france etait en 2001 de 5,1 % - voir, in fine, les graphiques 5, 6 et 7, page 41 & 42. par exemple, "comment expliquer qu'avec la meme depense de recherche-developpement que la france, le nombre de publications internationales britanniques, hors sciences humaines et sociales, soit superieur de 40 % environ?" (7) certes, il est quasiment certain que les chercheurs francais sont defavorises dans le decompte de leurs publications par le grand nombre d'unites qui existent chez nous, au sein du centre national de la recherche scientifique (cnrs) ou de l'institut national de la sante et de la recherche medicale (inserm) et qui, aujourd'hui, ne sont pas rassemblees dans les statistiques. a l'avenir, les indicateurs de publications et de citations seront produits par l'ost pour le compte de chaque etablissement et selon des regles communes. cet effort reduira une partie de l'ecart, mais une partie seulement. 24111. 2 la recherche et les innovations privees a compter de 1995, la part de la france sur le marche des hautes technologies a recule, avec un decrochage net depuis 2000. (1) voir le graphique 4 page 41 et le chapitre 21 de notre site qui detaille ce phenomene inquietant. l'ocde confirme que la part des emplois de haute technologie place la france derriere maintes autres economies developpees: non seulement les etats-unis et le japon mais aussi l'allemagne, la coree du sud ou le royaume-uni. la montee en puissance de la chine ou de l'inde attire l'attention sur la concurrence que font a des nations comme la notre des pays a bas salaires; moins mediatique, mais plus fondamentale, est la pression qu'exercent sur nous les pays a technologie avancee. "l'economie francaise se distingue par une faible proportion d'entreprises qui declarent conduire de la recherche-developpement industrielle." (2 ) certes, chacun connait, dans la vallee de l'arve ou le choletais, autour de chartres, d'alencon ou de sainte-sigolene (haute-loire) (3) des pme innovantes mais, leur nombre semble, au total, insuffisant. (4) on peut egalement citer des domaines ou la france poursuit des recherches et realise des innovations tant au sein de ses grandes firmes que dans des pme. il en est ainsi, par exemple, dans l'industrie du caoutchouc ou dans celui du transport du gaz liquefie. d'une facon generale, cependant, en matiere de brevets, la france est au douzieme rang pour le nombre (proportionnellement a la population) de brevets deposes aux offices internationaux et sa position relative decline. (5) - voir les graphiques 6, 7 et 8 page 41 & 42. selon le tableau de bord de l'innovation presente par la commission europeenne en janvier 2006, la france ne se situe pas avec la suede, le danemark, la finlande ou la suisse dans le peloton de tete des pays innovants - graphique 3, page 40. le cabinet ernst & young se dit, lui aussi, convaincu que pour la qualite de ses poles d'innovation et de recherche la france a regresse, notamment par rapport a l'allemagne. (6) il semble bien que les produits industriels francais ne se situent pas suffisamment aux frontieres technologiques - graphique 4 page 41. on peut craindre que le recul des positions francaises sur les marches qui exigent des innovations ne soit que le reflet, avec un decalage dans le temps, de l'efficacite insuffisante de notre recherche publique mais surtout privee. "il y a cinq ans, parler du declin scientifique de la france constituait un acte de haute trahison. aujourd'hui, le diagnostic est partout." (1)le rapprochement de ces observations avec le classement des universites qu'on trouvera plus loin est frappant cependant, "depuis deux ans la france a incontestablement pris conscience de la gravite de la situation de la recherche et de l'innovation ainsi que de l'importance des enjeux economiques et sociaux qui y sont lies." (2) les chercheurs du secteur public ont declenche un mouvement d'alerte qui a ete largement suivi. 2411. 2 deux exemples typiques: les biotechnologies et les programmes informatiques nos "sciences de la vie ont pris du retard et celui-ci risque de s'accentuer." (3) "dans la biologie du developpement, ma discipline, le declin s'accelere alors que ce domaine est en train d'exploser avec le developpement des etudes sur les cellules souches qui ouvrent d'immenses perspectives therapeutiques [...] il suffit de regarder la pauvrete du parc d'industries de biotechnologies en france compare a celui des etats-unis." (4) dans cette activite et pour la seule ville de san diego existent plusieurs centaines de firmes, peut-etre plus que dans toute la france. les entreprises americaines depensent beaucoup pour la recherche et leurs innovations entretiennent la puissance des usa; celle-ci permet de nourrir des budgets militaires considerables qui, a leur tour, financent des recherches decisives dans l'informatique notamment. en informatique, les americains ont obtenu les deux tiers des 47 prix de la prestigieuse turing award decernes a ce jour, la grande bretagne 6, la france zero. alors que l'industrie du logiciel hexagonale se situait confortablement a la deuxieme place mondiale jusque dans le courant des annees 1980 (meme si le distinguo entre logiciel et services informatiques n'etait pas toujours clair), elle est tombee quelque part entre la 8e et la 10e place, au debut des annees 2000. 2411. 3 les etablissements publics a caractere scientifique et technique dans le secteur public, une caracteristique de notre recherche est qu'une tres large part des travaux est effectuee sous la conduite du cnrs, de l'inserm et autres organismes de recherche et non, comme dans la plupart des pays industrialises, dans le cadre des universites. "a partir des annees 1930, la promotion de la recherche est devenue un objectif politique et cette fonction a alors ete confiee a de grands organismes qui ont recu le statut d'etablissements publics a caractere scientifique et technique (epst) par la loi du 15 juillet 1982. le cnrs, cree en 1939, recouvre un large spectre de champs disciplinaires alors que plusieurs autres organismes, dont l'institut national de la recherche agronomique ou l'inserm, ont un champ specialise. les universites se consacraient principalement a la formation." (5) en realite, des les annees trente, les pouvoirs publics se sont inquietes du manque de dynamisme de nos universites. le phenomene n'etait pas nouveau. n'est-ce pas parce qu'il jugeait la sorbonne trop conservatrice que francois 1er avait provoque la creation du college de france? "operateurs", les epst ont un personnel nombreux: 25 000 chercheurs dont 11 000 pour le seul cnrs. ce dernier a, au total, 30 000 salaries. nos universites, pour leur part, emploient 53 000 enseignants et chercheurs mais, c'est privees de la conduite d'une bonne part de la recherche, qu'elles allaient devoir franchir un pas gigantesque: leur acces, qui avait ete reserve a une petite minorite, allait etre ouvert a tous les bacheliers, majoritaires dans les generations nouvelles. 241. 2 universites et grandes ecoles au cours de la seconde moitie du xxe siecle nos universites ont vu se multiplier par huit le nombre des etudiants qui les frequentent. ce phenomene a de solides justifications. dans un monde qui souhaite progresser et au sein d'une societe qui, de plus en plus, est celle de la connaissance, ne doit-on pas favoriser un niveau d'education eleve? la recente loi "fillon" sur l'education, a propose pour objectif de doter un jeune sur deux d'un diplome de l'enseignement superieur et le parlement ne l'a pas conteste. suivre un enseignement superieur est devenu "la facon normale de vivre sa jeunesse." (1) 2412. 1 une ouverture des universites mal geree toute institution dont les usagers augmentent de facon considerable, doit entreprendre "un changement de la nature meme de systeme." (2) il est clair qu'une telle novation n'a pas eu lieu. dans les premieres annees des cursus, les facultes ne parviennent pas a suivre, orienter et encadrer les etudiants. elles ne leur permettent guere d'acquerir des methodes de travail. on entre librement dans une faculte mais apres? "aujourd'hui, pour frequenter la sorbonne, il ne vous en coute pas grand-chose, mais vous ne pourrez pas y rencontrer des professeurs qui n'y disposent d'ailleurs pas de bureaux. ils n'ont pas davantage d'ordinateurs. vous avez 70 ou 80 etudiants par classe. c'est absurde. c'est gratuit mais pour ce prix-la vous n'avez rien." (3) "les universites consacrent une grande partie de leur budget a mettre en place des cours et des examens pour des etudiants qui, en masse, sortiront sans diplome." (4) quelque 90 000 etudiants seront, chaque annee, dans ce cas. les etudiants qui obtiennent un diplome ne sont pas tires d'affaire pour autant. globalement, l'ecart est devenu enorme entre les formations que dispensent nos facultes, encore tres tournees vers les postes du secteur public que leurs professeurs connaissent, et ce que demande le monde de l'entreprise et qui leur est moins familier. les etudiants ont conscience de cet ecart. "ils savent que, pour entrer dans la vie active, ce sera long, incertain, chaotique." (1) nos universites n'ont pas reussi a relever l'enorme defi auquel elles ont ete brutalement confrontees. dotees d'institutions et de modes de gestion defectueux et pauvres en moyens, elles ne sont parvenues a tenir ni leur reputation ni leur rang. "dans ces trente dernieres annees, l'image de l'universite a laquelle j'appartiens n'a cesse de decroitre vis-a-vis du monde industriel." (2) on peut craindre que, la aussi, un phenomene de declin relatif mais cumulatif de la position francaise dans le monde, ne soit amorce: en effet "les meilleures universites attirent les meilleurs etudiants." (3) 2412. 2 des universites mal classees au plan mondial on a cite dans l'introduction le classement du times d'octobre 2005; utilisant une pluralite de criteres (4) l'universite jiao tong de shanghai - dans un classement qui, publie en 2005 pour la troisieme fois, est souvent utilise - sur une liste de 500 universites, place 17 universites americaines sur les 20 les mieux classees - voir l'annexe 2. ces universites emploient 70 % des detenteurs d'un prix nobel et produisent a elles seules quelque 30 % des articles scientifiques publies dans le monde. dans cet univers, la france reste une nation moyenne qui se classe apres le royaume-uni, le japon, l'allemagne et le canada. la premiere universite francaise est paris-vi (pierre et marie curie), au 46e rang mondial, devant paris-xi (orsay) 61e, strasbourg-i (louis-pasteur) 92e et l'ecole normale superieure de paris. 2412. 3 la problematique division entre universites et grandes ecoles 85 % des etudiants frequentent une universite et un peu moins de 7 % une ecole d'ingenieur. 24123. 1 un clivage profond les classements evoques au paragraphe precedent justifient cette appreciation: "les universites, qui accueillent plus des trois quarts des etudiants, sont a la peripherie et non au centre du systeme. elles sont marginalisees par les grandes ecoles dans la formation des elites et par les grands organismes, cnrs, inserm, institut national de la recherche agronomique ou commissariat a l'energie atomique dans le pilotage des travaux de recherche." (5) une des causes de la faiblesse relative de nos universites est bien leur difficile coexistence avec notre systeme de grandes ecoles. la fondation de ces ecoles remonte, pour les premieres d'entre elles, au siecle des lumieres. elles representent des traditions et des forces d'influence: celles des cohortes d'anciens. reste que la dichotomie universites/grandes ecoles est paradoxale pour une republique qui se veut egalitaire. d'un cote, la selection a l'entree des universites est une hypothese qui fait dresser des barrages dans la rue, de l'autre nos grandes ecoles pratiquent une selection feroce qui les rendent "socialement de plus en plus fermees." (1) les selections operees (en realite des l'ecole primaire, voir le chapitre 31 de notre site) contribuent a faire de notre enseignement une "vaste machine anti-redistributrice." (2) "une chose est claire: les modes de selection des grandes ecoles sont aujourd'hui tels que les enfants des classes moyennes et populaires en sont exclus, et, de fait, de plus en plus exclus." (3) convaincu que "les grandes ecoles clonaient a l'infini la meme classe sociale, le directeur de sciences po paris, richard descoings, decida, en 2001, d'instituer une nouvelle procedure d'admission s'adressant specifiquement aux eleves des etablissements situes en zones d'education prioritaires (zep)." (4) les grandes ecoles ont recemment admis les defauts de la segregation sociale a laquelle elles participent. la conference qui les reunit a convenu d'elargir la breche ouverte par sciences-po: plus de cinquante grandes ecoles se sont engagees a mettre en place des classes preparatoires destinees aux eleves des zep. (5) la segregation sociale ne diminuera sans doute que lentement et partiellement. 24123. 2 un clivage defavorable a la recherche les grandes ecoles ont beau attirer les etudiants qui sont parmi les mieux classes et leur prestige rester considerable en france; on a vu qu'il est limite au-dela de nos frontieres. notamment en ce qui concerne la recherche. "qui de l'etranger vient a polytechnique ou a centrale faire de la recherche? grosso modo personne [...] nos grandes ecoles n'ont pas pris le virage de la recherche." (6) si nos grandes ecoles "n'encouragent pas le developpement d'une recherche industrielle" (7), "nos entreprises (elles) se limitent trop souvent a recruter des ingenieurs issus de grandes ecoles." (8) elles embauchent peu de docteurs sortis des universites. "se connaissant mal, notamment du fait de la cesure entre universites et grandes ecoles, les elites academiques et industrielles (ont) du mal a cumuler leurs experiences." (9) il se pourrait donc que "quelle que soit la qualite des eleves des grandes ecoles, ces dernieres soient a la racine d'un vrai blocage culturel qui a sa part de responsabilite dans la faiblesse de la recherche privee en france." (1) nos grandes ecoles ne contribuent probablement pas a la recherche et aux innovations dans une mesure qui correspondrait a la selection qu'elles operent. les methodes de selection comme les formations dispensees ne favorisent pas l'esprit d'innovation. 2412. 4 une organisation defectueuse constater que la france n'a pas su faire face a l'ouverture de l'enseignement superieur ne conduit nullement, dans notre esprit, a remettre en cause cette ouverture; malgre l'augmentation des effectifs etudiants, "les etudes superieures dans notre pays concernent 37 % d'une classed'age, contre 64 % aux etats-unis et 51 % en moyenne dans les pays de l'ocde." (2) on ne peut que souhaiter que l'apport des universites grandisse; qu'elles preparent plus serieusement les jeunes a la vie active et qu'elles plongent enfin dans la formation continue devenue un imperatif de notre epoque. (3) "on ne peut laisser tant d'etudiants s'engouffrer, dans l'indifference generale, dans des formations sans perspectives." (4) le systeme, avec sa dichotomie, ne remplit pas les missions qu'on attend de lui; il n'est plus adapte a notre epoque y compris, comme on le verra, a la construction europeenne et a son systeme lmd (licence, master, doctorat) dans lequel les diplomes de nos grandes ecoles s'inscrivent mal. 241. 3 europe, la renaissance dans le cadre du programme erasmus plus d'un million d'etudiants europeens ont frequente une universite d'un pays europeen autre que le leur. en 1998, claude allegre, alors ministre de l'education nationale, a organise une rencontre avec ses homologues allemand, britannique et italien a l'issue de laquelle fut signee la "declaration de la sorbonne" visant a faciliter la mobilite des etudiants et, pour ce faire, a harmoniser les diplomes. un an plus tard, a bologne, le processus engage fut elargi a 29 pays. au siege de deux de ses plus anciennes universites, l'europe a ainsi renoue avec une tres ancienne et riche tradition. "la reforme licence master doctorat - lmd - constitue une formidable reussite [...] batie seulement en sept ans, de 1998 a 2005. grace au lmd, on est en train de construire un bel espace europeen d'enseignement." (5) "dans un avenir proche, c'est a l'echelle de l'europe que les meilleurs centres de recherche et d'enseignement recruteront." (6) si l'europe peut se reprocher des lacunes (elle a, par exemple, fort mal su coordonner les recherches relatives a l'encephalopathie spongiforme bovine alors que cette maladie interessait un grand nombre de pays europeens) elle a a son actif des realisations de premiere importance: cern a geneve, grands telescopes de eso, reacteur a haut flux de l'institut laue-langevin, laboratoire europeen de biologie moleculaire ou programme spatial esa. ce dernier regroupe vingt pays et son budget annuel avoisine les trois milliards d'euros. la fusee ariane est le fruit des programmes de l'esa. cree en 1954 et explorant la physique des noyaux atomiques et des particules, le cern a permis au vieux continent d'etre a la pointe mondiale dans ce secteur, devant les etats-unis, et d'etre un phare pour les chercheurs dans le mond