| 22 Lentreprise capitaliste, ses
actionnaires et salariés 22.0 Résumé du chapitre
et pistes de recherche Jusquà nouvel ordre, léconomie
de marché sest imposée. Lentreprise capitaliste
a su tirer parti de louverture des frontières, du développement
des services et des nouvelles technologies. Les succès emportés à la
fin du siècle passé ont, comme il arrive souvent, accentué des
dérives anciennes et en ont suscité de nouvelles. Les États
nationaux ont été débordés tandis que les
organisations internationales, lUnion européenne notamment,
ne sont parvenues que partiellement à réguler ces phénomènes.
La France, membre fondateur de lUnion européenne, a ouvert
ses frontières; elle est un grand exportateur, ses entreprises
se sont vigoureusement implantées à lextérieur
tandis quune fraction très substantielle du capital de
ses plus grandes firmes passait entre des mains étrangères. À ces évolutions
une large partie de sa population reste hostile. Elle
minimise les baisses de prix et les améliorations dont profitent
les consommateurs pour souligner les contraintes du capita-lisme:
vulné rabilité des
emplois, faible progression des salaires et stress accru.
Deux questions principales sont abordées dans ce chapitre. Primo
, on peut sétonner
quun mécanisme essentiel de la vie politique dont les Anglo-saxons
ont été les pionniers, celui du contre-pouvoir, ne joue
que très faiblement au sein de la grande entreprise capitaliste.
Dès lors que celle-ci a cessé, dans le plus grand nombre
des cas, dêtre familiale, l es actionnaires et le conseil
dadministration lui-même sont de peu de poids par rapport
aux dirigeants. Certes, les salariés (ou les salariés
en retraite) dès lors quils sont très majoritaires
dans notre société, possèdent lessentiel
du capital des firmes cotées, directement ou, de plus en plus, à travers
des fonds. Au sein de ces fonds un mouvement sest amorcé qui
en est venu à contester certaines décisions des entreprises.
Mais ce mouvement, bien que grandissant, na encore quune
influence limitée. Secundo , en Europe continentale, des solutions
diverses (cogestion en Allemagne, comités dentreprise en
France) ont donné aux salariés certains pouvoirs organiques
au sein de lentreprise. Le capitalisme à langlo-saxonne
qui les refuse gagne du terrain et tire parti de la grande
masse des travailleurs de lEurope de lEst ou de lAsie
qui, peu payés, sont en train de migrer des campagnes vers les
villes. En même temps, en Occident, la majorité des salariés
tend à opérer dans des unités industrielles ou
commerciales de petite taille oò le syndicalisme a du mal à simplanter.
Tant que la situation démographique ne se sera pas retournée
non seulement dans nos pays ( 1) mais pour partie sans
doute en Asie, tant que des majorités de droite contrôleront
le Parlement de Strasbourg, la Commission de Bruxelles
et la plupart des gouvernements
européens, les institutions représentat ives des sal ariés
seront en danger dans lUnion. Contre-pouvoirs sans efficacité du
côté des actionnaires et menacés du côté des
salariés eu-ropéens: labsence de processus démocratiques
contribue, pour lheure, à creuser le fossé qui existe
entre les di rigeants des entreprises occidentales et
la société.
1Michel Godet, Le Choc de 2006 , Odile Jacob, 2003. Plan
du corps du texte de ce chapitre 22.1Vigueur et dérives du capitalisme
page2 22.2Lentreprise, objectifs et exercice du pouvoir page12
22.3Les salariés dans lentreprise privée page28
Graphiques page37 Annexes à partir de la page page39 Table des
matières
détaillée page48 22.1 Vigueur et dérives du capitalisme Dans les dernières décennies, innovations technologiques, mondialisation et croissance soutenue sont allées de pair. La compétition pousse les entreprises à tirer parti des innovations (dont traite le chapitre 21 de notre site) et à améliorer la productivité voir le graphique 1 en fin de document. La France des corporations comme la Russie des soviets avaient bien montré que les situations de monopole encouragent le conservatisme voire lendormissement et «il est vrai quil ny a pas de contre-modèle crédible à opposer au capitalisme aujourdhui.» ( 1) 221.1 Vagues de la croissance et de la mondialisation Pour un consommateur du monde occidental, que son pays importe des fours à micro-ondes et des T-shirts en exportant des Airbus a constitué un progrès. (2) Progrès aux facettes diverses qui ne va pas sans de sévères contreparties. Larme essentielle des transporteurs aériens américains qui a permis, en vingt ans, de tripler le traficfut bien une baisse des tarifs de moitié et cest dix ans plus tard que lEurope a découvert, avec Ryanair et Easyjet notamment, le transport aérien bon marché. Un système qui combinait monopoles et ententes entre compagnies avait longtemps permis de maintenir des tarifs et des salaires élevés. La concurrence des nouveaux venus, sajoutant à celle des trains rapides, a fini par briser ce régime malthusien. En réalité le phénomène est quasiment gén éral: tandis que les consommateurs des pays industrialisés profitaient de fortes baisses de prix et/ou des améliorations de qualité, maints salariés de firmes privées souffraient emploi dev enant précaire, stress accru et salaires augmentant faiblement . Dans ce basculement, certains, à la fois consommateurs et salariés, ont connu un réel mieux être, linverse en affectant dautres, les moins qualifiés notamment pouvant, à la limite, connaître lexclusion. Examinons dabord cet aspect si rebattu de léconomie de notre temps: la mondialisation. Si le concept est imprécis, le mouv e-ment, incontes table et puissant, est allé en sintensifiant. 1Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, Ma voix ouvrière, Stock, 2004. 2Pascal Lamy, Haut commissaire Européen au commerce, Le Monde , 6 novembre 2001. 2211.1 La mondialisation en marche Les firmes internationales de lOccident ont été les moteurs du commerce mondial. On peut, par exemple, les voir «acheter des tissus simples dans les pays de lEst de lEurope, les faire confe ctionner dans les pays du Maghreb et les faire styliser et distribuer en Europe» (1). Spécialisant leurs usines, elles font circuler leurs produits pour disposer, partout, dune gamme adaptée aux besoins locaux. Les pays industrialisés ont donc poussé à la libération des échanges et les droits de douane, même sils ne sont pas le seul obstacle au commerce mondial, ont connu, dans le cadre de lOrganisation mondiale du commerce (OMC), dénormes réductions: dans les pays industriali sés, sils atteignaient 40% en moyenne vers 1930, ils sont désormais tombés à 3%. Aux yeux de ses opposants mais aussi de nombreux citoyens, la mondialisation se manifeste par la concurrence des pays à bas salaires, des fermetures dusines ou le triomphe de firmes américaines qui imposent dans le monde entier l eurs marques au détriment des produits locaux et des salariés qui les fabriquent.Produit typique voire caricatural du XXesiècle, le Coca-Cola, qui était accessible à 2milliards de consommateurs il y a 20 ans, lest, aujourdhui, à plus de 5milliard s. 2211.2 La mondialisation et les pays développés, dont la France Le développement du commerce saccompagne dimplantations à létranger. Les investissements «directs» Foreign direct investments ouF DI hors du pays dorigine ont connu une fantastique progression passant de quelque 50milliards de dollars par an au début des années quatre-vingt à plus de 1000milliards en 2000. Si les pays en voie de développement ne reçoivent que le quart des FDI (2), dans les années récentes, une fraction accrue a été dirigée vers lExtrême-Orient, et, au premier chef, vers la Chine. «De 30 à 1, cest grosso modo le fossé qui sépare, en termes de coôt salarial moyen» la Chine des États-Unis (3). Certains produits chinois étant bon marché, les distributeurs occidentaux dont largument de vente est le prix bas, en acquièrent des quantités considérables. Quant aux industriels, ils font construire ou, en tout cas, assembler en Chine des matériels qui leur reviennent ainsi meilleur marché. Et les Chinois utilisent de plus en plus les produits étrangers. Dans une version nouvelle du fordisme, maintes firmes occidentales sont en passe davoir à la fois plus de salariés mais aussi plus de clients dans les pays qualifiés de pauvres que dans les pays r i ches. Les firmes fran çaises vivent la mondialisation de ces diverses façons. La France est un des pays dEurope oò les firmes étrangères se sont le plus implantées. Elles emploieraient environ 1,7million de salariés. (4) En Europe, cest en France aussi que les investisseurs étrangers détie nnent une des parts du capital des sociétés les plus fortes. En 20 ans leur participation est passée de moins de 10% à quelque 40% pendant que celle de lÉtat tombait de près de 75% à moins du quart. Dans le même temps, cest à létranger plus quen France que nos grandes entreprises ont cherché leur expansion, fait le plus gros de leurs investis sements et créé le plus demplois: 1Guillaume Sarkozy, Sociétal, 4e trimestre 2004. 2Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement, Rapport, octobre 2000. 3Erik Izraelewicz, Quand la Chine change le monde, Grasset, 2005. 4 Mondialisation et recomposition du capital des entreprises européennes,La doct.ion française, 2003. Lafarge, devenu le leader mondial des matériaux de construction, est présent dans 75 pays, réalise moins de 15% de son activité en France et ses actionnaires sont en majorité non français. (2) Si la plupart des Américains ont une attitude positive à légard de la mondialisation, deux Français sur trois lui sont hostiles et, avec les Grecs, ils sont seuls à avoir cette attitude en Europe. (3) Pour eux elle signifie, avant tout, délocalisation et fermeture dusines, même sil est trop simple dopposer délocalisation et emplois nationaux: une analyse de lemploi dans de grandes sociétés françaises montre que les délocalisations, en contribuant au développement global de ces entreprises, lim itent les réductions demploi en France. (4) Un citoyen français est plus sensible à une délocalisation ou à la présence dun produit étranger sur son sol quà la création demplois dus à lexportation. Mais il y a plus: la mondial isation crée chez nous u ne véritable crainte identitaire; les Français sont dautant plus attachés à certains traits dun modèle de société qui leur vient de leur histoire particulière que les politiques sui vies ne les ont pas assez incités à sadapter franchement à un monde nou veau. Un pays comme le nôtre nest-il pas «condamné» à importer des biens dont la production est intensive en travail non qualifié et à miser sur les biens et services à forte valeur ajoutée et à contenu en travail qualifié élevé? Ne doit-il pas, dès l ors, moderniser de façon beaucoup plus énergique son système de formation? Formation initiale, bien sôr, mais aussi professionnelle et continue. Le chapitre 31 de notre site montre que nous lavons fait de façon tout à fait insuff isante. Beaucoup trop de jeunes sortent de nos écoles voire de nos universités sans formation suff isante. Lenseignement supérieur et la recherche français, volens nolens et non sans que ceci comporte de réelles difficultés, sont devenus des acteurs dune compétition internationale et, pour lheure, tout montre que, dans maints domaines, nous perdons du terrain. Recherche, innovation et rôle du «modèle français» sont abo rdés dans le chapitre 24 (nouveau) de notre site. 2211.3 La mondialisation et les pays en développement Les cri tiques quattire la mondialisation ne doivent pas occulter les fantastiques progrès quelle a provoqués dans les pays qui ont dépassé un certain stade de développement: ce sont eux qui, globalement, profitent le plus de ce phénomène. Dans les années récentes, la Chine et lInde, les deux pays les plus peuplés au monde, ont connu des croissances de leur économie qui sont parmi les 1I NSEE /Suse et C GP . 2Bertrand Collomb, Président de Lafarge, Sociétal, 4e trimestre 2004. 3Michel Brulé, Qui a peur de la mondialisation, Sociétal, 4e trimestre 2004. 4Boston Consulting Group, cité par Conjoncture , BNP-Paribas, aoôt 2004. plus fortes au monde. Le niveau de vie moyen de ces pays a progressé plus vite que celui des nations occidentales. Mais, il est vrai que, dans ces deux nations, de vastes zones sont restées à lécart des progrès et que les inégalités entre les habitants de ces zones et la minorité la plus fav o-risée se sont accrues, phénomène fréquent dans les phases de mutation rapide. Il est vrai, aussi, que des travaux récents montrent que louverture à la concurrence mondiale nest favorable quà partir dun certain stade de développement et que des pays qui ne lont pas atteint peuvent être accablés par louverture de leurs frontières. (1) De surcroît, les Occidentaux ont maintenu des discriminations choquantes à légard des pays en voie de développement et, notamment, de leurs produits agricoles et textiles. La prote ction accordée il y a 40 ans par laccord multifibres a expiré à fin 2004 mais, chez les pays industrialisés, les aides publiques à lagriculture demeurent massives. Une minorité de grandes explo itations en tire de grands profits alors quelles poussent à la surproduction et à la chute des prix. Les exportations subventionnées ont accéléré les difficultés de lagriculture de maints pays du Proche-Orient ou de lAfrique. 221.2 De multiples dérives < Contrat-social. com >est convaincu quil importe de rechercher un équilibre entre le dyn amisme des entreprises et le respect de létat de droit comme de règles de vie en société, mi ssions qui incombent notamment aux puissances publiques nationales ou supranationales. Pour quun équilibre dynamique existe encore faut-il être attentif aux dérives auxquelles des entreprises peuvent se laisser aller. Nous relèverons ici celles qui appartiennent à quatre catégories et dabord celles qui peuvent nuire aux consommateurs ou à lenvironnement. 2212.1 Des consommateurs et un environnement malmenés Lentreprise soucieuse de se développer est attentive aux réactions de ses clients et, jusquà un certain point, intérêts du vendeur et de lacheteur se rejoignent. Ce sont les «bons» produits qui se vendent longtemps. Reste que le producteur en sait beaucoup plus sur ses produits que le conso mmateur, pilonné par des informations biaisées. Près de 750milliards de dollars de public ité, dun i veau informatif souvent faible, ont été dépensés dans le monde en 2003. (2) Les autorités américaines naccusent-elles pas les fabricants de cigarettes davoir ajouté à celles-ci des substances destinées à accroître la dépendance des fumeurset les producteurs de certaines boissons gazeuses de favoriser le développement de lobésité? Comme, par ailleurs, le producteur peut causer des dommages à lenvironnement, les conflits potentiels sont nombreux entre les objectifs fixés aux firmes capitalistes une rentabilité élevée et des profits croissants et la santé des consomma teurs ou le développement durable. Notre site nayant pas la prétention dêtre exhaustif, nous naborderons que trois aspects essentiels du développement durable et de la santé publique: réchauffement de la planète, pollution 1Rubens Ricardo, CNUCED, mai 2004. 2The future of advertising, The Economist, 26 juin 2004. de leau (le passage relatif à ce sujet constitue lannexe 2 de ce chapitre) et, enfin, tabagisme et al coolisme. Le réchauff ement de la planète et la pollution de lair Même si les modèles climatologiques ne permettent pas encore de faire des prévisions fiables à moyen terme ( 1), même si lon peine à démêler effets des actions humaines et évolutions climatiques de très long ter me, les raisons dêtre inquiet sont bien connues. La population du globe va continuer à saccroître pendant plusieurs dizaines dannées en tout cas. Le revenu moyen sélève et, avec lui, la consommation dénergie et, notamment la production du dioxyde de carbone ou 2.. Un «effet de serre» tend à élever la température constatée et risque de provoquer des phénomènes très graves: tempêtes, raz de marée, élévation du niveau des océans. On redoute que cette élévation de la température ne fasse fondre des matériaux organiques aujourdhui gelés et ne libère le mé thane qui sy trouve emprisonné, ce qui accélérerait fortement leffet de serre. La pollution saccroît dans les villes, or la fraction de la population qui est urbanisée est devenue majoritaire et c ontinue à augmenter. La pollution devient une des préoccupations majeures de santé publique. Maire de Shanghai, Zhu Rongji, en devenant premier ministre en résidence à Beijing, savait quil prenait le risque de vivre cinq ans de moins tant la seconde ville est plus pol luée que la première. (2) Pour stabiliser la concentration des gaz à effets de serre il ne suffit pas de limiter leur production à leur niveau actuel. Selon de nombreux experts, il faudrait, pour y parvenir que les pays les plus développés «divisent par quatre les émissions au cours des trente prochaines années» (3) Le protocole de Tokyo ne va pas si loin et les États-Unis ont refusé dy adhérer or, selon certains calculs, ils produisent, par tête dhabitant, dix fois trop de CO2, les Français 4 fois trop et les Chinois sont dé jà au-dessus du niveau qui serait admissible. Certes, dans les dernières années, des firmes telles que United Technologies, Intel, Dupont ou BP se sont ouvertement ralliées aux mesures de lutte contre leffet de serre et le Président de BP affirme que sa société a trouvé dans les économies réalisées les ressources qui ont financé ses efforts de lutte contre les émissions nuisibles. Reste que les grandes industries américaines disposent de groupes de pression qui, par des campagnes télévisées et un intense lobbying, ont lutté contre la ratification du traité de Kyoto par le Congrès. Lémission de CO2, presque stabilisée en Europe, continue à progresser aux États-Unis. «Entouré danciens dirigeants de firmes pétrolières qui tra itent les questions denvironnement par le mépris» (4), George W.Bush approuve le cri lancé par son père au sommet de Rio: « Lamerican way of life is not up for negociation .» Un hab itat indiv iduel dispersé, le recours à la climatisation et la faible taxation du pétrole conduisent à un niveau élevé de consommation de ce dernier. Les pays les plus industrialisés ne parviennent pas à mener des politiques qui y répondraient vraiment. La hausse du prix du pétrole sera-t-elle le seul régulateur de leu r consommation dénergie fossile? Les États-Unis oò ladministration au pouvoir depuis lan 2000 est parfaite- 1Claude Allègre, Le Débat, janvier 2005. 2Erik Izraelewicz, opus cité. 3Francis Mer, Vous le s politiques , Albin Michel, 2004. 4 The Economist, 24 mai 2003. ment au fait des réalités sont irresponsables. Ils consomment le quart de la production de pétrole du monde, ne disposent que de 3% des réserves et ne conduisent pas une politique énergétique crédi ble. Il est donc tentant de charger les USA de tous les péchés environnementaux. Mais 80% des Américains sont conscients des risques liés à leffet de serre et des observateurs (1) soulignent aussi le f ait que les Européens nont pas bien travaillé: le Président américain a été placé en 2000 en face daccords quil naurait jamais pu, leut-il voulu, faire ratifier par le Congrès. Les délais prévus pour réaliser de façon économique une réduction des émissions de gaz étaient sans doute trop courts et, tandis que les Européens réglementent et taxent, les Américains conduisent des recherches sur des sources alternatives dénergie de façon sans doute plus intense que les Européens. Ils ont aussi fini par con vaincre le vieux continent quun marché des droits à pollution était une façon efficace de réduire les émissions: à partir de janvier2005 ce marché fonctionnera en Europe. Les accords de Kyoto vont, en effet, pouvoir entrer en vigueur, la Russie y ayant adhéré; elle y trouvera son intérêt car elle pourra vendre à louest des droits démission dont elle disposera du fait de leffondrement de son indus trie lourde qui était fortement polluante. Freiner les émissions de gaz à effets de serre sans brider ind ôment la croissance nest pas impossible mais y parvenir au plan mondial restera un réel défi. Comment tenir compte daffirmations également exactes: celles des pays développés qui montrent que la progression de leurs émissions est désormais inférieure à celles de leur PIB; celles des pays en voie de développement qui reconnaissent que leur progression est forte (la Chine a, en cinquante ans, plus que décuplé sa consommation dénergie) mais que leur niveau absolu et leur part dans les émissions mondiales sont faibles? Voir le graphique2 . De façon de plus en plus insistante sans doute, lopinion demandera des mesures qui, face à un danger planétaire, ne peuvent être quinternationales. LUnion européenne parviendra-t-elle à unir ses voix autour de propositions réalistes? LONU, en arbitrant entre pays développés et les autres, établira-t-elle son autorité? En soulignant linsuffisante efficacité des organisations inte r-nationales et en se satisfaisant de sarcasmes on fait, à nos yeux, fausse route: les institutions supranationales sont seules en mesure déviter la ruine de la planète et le maillon faible se trouve très souvent non pas chez elles mais au sein des États nationaux qui rechignent à appliquer des déc isions quils ont approuvées; la France a souvent fait partie de ces États indisciplinés (ce point est mis en évidence dans lannexe 2 consa crée à la pollution des eaux). La santé publique face au tabac et à lalcool Les Français, restés longtemps indifférents aux effets du tabagisme et de lalcoolisme, ont pris conscience des ravages quils provoquent. Au demeurant, la collectivité a intérêt pour freiner laugmentation des dépenses de santé quelle finance, à lutter toujours plus énergiquement contre ces deux fléaux qui, en France plus quailleurs , ruinent la santé et, tout particulièrement, celle des moins favorisés (voir le chapitre 34 de notre site sur la santé). Si des progrès ont été réalisés dans la lutte contre le tabac, à légard de lalcoolisme ils ont été tardifs et restent insuffisants voire menacés. Des parlementaires freinent ladoption de dispositions contraignantes tandis que des associations créées par des familles de victimes daccidents de la route ont fait beaucoup pour que 1Thierry Le Pesant, Sociétal,1er trimestre 2001 la lég islation française soit renforcée et leur persévérance a payé: législation, peur du gendarme et du radar aidant, le comportement des conducteurs à légard de lalcool et de la vitesse change. Les difficultés actuelles des viticulteurs sont dailleurs, pour une part, liées à cette évolution des murs. Après une longue période qui, pour beaucoup de producteurs de vin, aura été très favorable, ces difficultés serviront-elles de mauvaise justification à un nouveau laxisme? En ce qui concerne le tabac, en septembre2004, le ministère américain de la justice a réclamé aux entreprises américaines concernées des sommes gigantesques pour avoir, «depuis 1953, sciemment trompé le public sur les risques présentés par les cigarettes». La majorité des Amér icains, loin dêtre favorable à ce que les entreprises agissent à leur guise, souhaite que leurs pouvoirs soient réduits. Lancien Vice-président et candidat, Al Gore, ayant affirmé que ses concitoyens doivent tenir tête au «big tobacco, big oil, big polluters comme aux sociétés pharmaceutiques», avait été approuvé par les trois-quarts des Américains. Les Européens se rendent mal compte de cette attitude et des succès que certaines camp agnes dassociations ont rencontrés en menaçant de boycotter des producteurs de matériaux de construction en bois (Home Depot) ou l a restauration rapide (McDonald) par exemple. Des enquêtes montrent que, dune manière générale dans le monde occidental, maints consommateurs deviennent plus attentifs, plus subtils et plus sélectifs. Chez beaucoup, la fidélité aux marques ne simpose plu s et une fraction des acheteurs est susceptible de se détourner dun produit ou dune firme qui met en danger la santé, lenvironnement ou le respect des droits de lhomme. La fin de la suprématie blanche en Afrique du Sud a été hâtée par les consommateurs américains sanctionnant les firmes de leur pays qui ne luttaient pas contre lapartheid. Il nest donc pas utopique de prévoir que les citoyens électeurs et consommateurs seront de plus en plus nombreux à adopter lattitude que la charte de lenviron nement française en-courage: «toute personne a le droit de participer à lélaboration des décisions publiques ayant une incidence sur lenvironnement.» Si nos sociétés ont été habituées à ce que les impulsions allant de haut en bas soient dominantes, « bottom up is on its way up.» ( 1) 2212.2 Fausser la compétition Les entreprises subissent la concurrence et cherchent à léviter, soit en éliminant leurs concurrents soit en sentendant avec eux. Très tôt, les États-Unis ont initié une politique antitrustqui nest pas une simple gesticulation: les actions intentées aboutissent, chaque année, à des amendes qui peuvent être énormes voire à des peines de prison. Maintes très grandes entreprises, comme A T & T ou IBM, ont été poursuivies et contraintes de prendre des mesures radicales pour réduire leur emprise sur leurs marchés. Toutefois, tout en proclamant leur attachement à la tradition libérale, certains nhésitent pas à faire intervenir lÉtat à lavantage de secteurs dactivité ou de firmes; on a vu ladministration de George W.Bush protéger la sidérurgie américaine et renoncer à des mesures sérieuses à légard de Microsoft dont la position et les comportements dominants sont pourtant établis. Par ailleurs, de grandes sociétés exportatrices, qui ont de fortes positions sur le marché mondial, ont été autorisées à utiliser des paradis fiscaux et, du coup, à bénéficier ind ô-ment dune fiscalité allégée. 1David Kirkpatrick, Fortun |
| 22 - l'entreprise capitaliste, ses actionnaires
et salaries 22.0 resume du chapitre et pistes de recherche
jusqu'a nouvel ordre, l'economie de marche s'est imposee.
l'entreprise capitaliste
a su tirer parti de l'ouverture des frontieres, du developpement
des services et des nouvelles technologies. les succes
emportes a la fin
du siecle passe ont, comme il arrive souvent, accentue
des derives anciennes et en ont suscite de nouvelles.
les etats nationaux ont ete debordes
tandis que les organisations internationales, l'union
europeenne notamment, ne sont parvenues que partiellement
a reguler ces phenomenes. la france,
membre fondateur de l'union europeenne, a ouvert ses
frontieres; elle est un grand exportateur, ses entreprises
se sont vigoureusement implantees
a l'exterieur tandis qu'une fraction tres substantielle
du capital de ses plus grandes firmes passait entre des
mains etrangeres. a ces evolutions
une large partie de sa population reste hostile. elle
minimise les baisses de prix et les ameliorations dont
profitent les consommateurs pour souligner
les contraintes du capita-lisme: vulne rabilite des emplois,
faible progression des salaires et stress accru. deux
questions principales sont abordees dans ce chapitre.
primo , on peut s'etonner
qu'un mecanisme
essentiel de la vie politique dont les anglo-saxons ont
ete les pionniers, celui du contre-pouvoir, ne joue que
tres faiblement au sein de la grande
entreprise capitaliste. des lors que celle-ci a cesse,
dans le plus grand nombre des cas, d'etre familiale,
l es actionnaires et le conseil
d'administration lui-meme sont de peu de poids par rapport
aux dirigeants. certes, les salaries (ou les salaries
en retraite) des lors qu'ils sont
tres majoritaires dans notre societe, possedent l'essentiel
du capital des firmes cotees, directement ou, de plus
en plus, a travers des fonds.
au sein de ces fonds un mouvement s'est amorce qui en
est venu a contester certaines decisions des entreprises.
mais ce mouvement, bien que grandissant,
n'a encore qu'une influence limitee. secundo , en europe continentale,
des solutions diverses (cogestion en allemagne, comites
d'entreprise en france) ont donne aux salaries certains
pouvoirs organiques au sein
de l'entreprise. le capitalisme a l'anglo-saxonne qui
les refuse gagne du terrain et tire parti de la grande
masse des travailleurs de l'europe
de l'est ou de l'asie qui, peu payes, sont en train de
migrer des campagnes vers les villes. en meme temps,
en occident, la majorite des salaries
tend a operer dans des unites industrielles ou commerciales
de petite taille ou le syndicalisme a du mal a s'implanter.
tant que la situation
demographique ne se sera pas retournee non seulement
dans nos pays ( 1) mais pour partie sans doute en asie,
tant que des majorites de droite
controleront le parlement de strasbourg, la commission
de bruxelles et la plupart des gouvernements europeens,
les institutions representat
ives des sal aries seront en danger dans l'union. contre-pouvoirs
sans efficacite du cote des actionnaires et menaces du
cote des salaries eu-ropeens: l'absence de processus
democratiques contribue, pour l'heure,
a creuser le fosse qui existe entre les di rigeants des
entreprises occidentales et la societe. 1michel godet,
le choc de 2006
, odile jacob,
2003. plan du corps du texte de ce chapitre 22.1vigueur
et derives du capitalisme page2 22.2l'entreprise, objectifs
et exercice du pouvoir
page12 22.3les salaries dans l'entreprise privee page28
graphiques page37 annexes a partir de la page page39
table des matieres detaillee page48 22.1 vigueur et derives du capitalisme dans les dernieres decennies, innovations technologiques, mondialisation et croissance soutenue sont allees de pair. la competition pousse les entreprises a tirer parti des innovations (dont traite le chapitre 21 de notre site) et a ameliorer la productivite - voir le graphique 1 en fin de document. la france des corporations comme la russie des soviets avaient bien montre que les situations de monopole encouragent le conservatisme voire l'endormissement et "il est vrai qu'il n'y a pas de contre-modele credible a opposer au capitalisme aujourd'hui." ( 1) 221.1 vagues de la croissance et de la mondialisation pour un consommateur du monde occidental, que son pays importe des fours a micro-ondes et des t-shirts en exportant des airbus a constitue un progres. (2) progres aux facettes diverses qui ne va pas sans de severes contreparties. l'arme essentielle des transporteurs aeriens americains qui a permis, en vingt ans, de tripler le traficfut bien une baisse des tarifs de moitie et c'est dix ans plus tard que l'europe a decouvert, avec ryanair et easyjet notamment, le transport aerien bon marche. un systeme qui combinait monopoles et ententes entre compagnies avait longtemps permis de maintenir des tarifs et des salaires eleves. la concurrence des nouveaux venus, s'ajoutant a celle des trains rapides, a fini par briser ce regime malthusien. en realite le phenomene est quasiment gen eral: tandis que les consommateurs des pays industrialises profitaient de fortes baisses de prix et/ou des ameliorations de qualite, maints salaries de firmes privees souffraient - emploi dev enant precaire, stress accru et salaires augmentant faiblement . dans ce basculement, certains, a la fois consommateurs et salaries, ont connu un reel mieux etre, l'inverse en affectant d'autres, les moins qualifies notamment pouvant, a la limite, connaitre l'exclusion. examinons d'abord cet aspect si rebattu de l'economie de notre temps: la mondialisation. si le concept est imprecis, le mouv e-ment, incontes table et puissant, est alle en s'intensifiant. 1bernard thibault, secretaire general de la cgt, ma voix ouvriere, stock, 2004. 2pascal lamy, haut commissaire europeen au commerce, le monde , 6 novembre 2001. 2211.1 la mondialisation en marche les firmes internationales de l'occident ont ete les moteurs du commerce mondial. on peut, par exemple, les voir "acheter des tissus simples dans les pays de l'est de l'europe, les faire confe ctionner dans les pays du maghreb et les faire styliser et distribuer en europe" (1). specialisant leurs usines, elles font circuler leurs produits pour disposer, partout, d'une gamme adaptee aux besoins locaux. les pays industrialises ont donc pousse a la liberation des echanges et les droits de douane, meme s'ils ne sont pas le seul obstacle au commerce mondial, ont connu, dans le cadre de l'organisation mondiale du commerce (omc), d'enormes reductions: dans les pays industriali ses, s'ils atteignaient 40% en moyenne vers 1930, ils sont desormais tombes a 3%. aux yeux de ses opposants mais aussi de nombreux citoyens, la mondialisation se manifeste par la concurrence des pays a bas salaires, des fermetures d'usines ou le triomphe de firmes americaines qui imposent dans le monde entier l eurs marques au detriment des produits locaux et des salaries qui les fabriquent.produit typique - voire caricatural - du xxesiecle, le coca-cola, qui etait accessible a 2milliards de consommateurs il y a 20 ans, l'est, aujourd'hui, a plus de 5milliard s. 2211.2 la mondialisation et les pays developpes, dont la france le developpement du commerce s'accompagne d'implantations a l'etranger. les investissements "directs" - foreign direct investments ouf di - hors du pays d'origine ont connu une fantastique progression passant de quelque 50milliards de dollars par an au debut des annees quatre-vingt a plus de 1000milliards en 2000. si les pays en voie de developpement ne recoivent que le quart des fdi (2), dans les annees recentes, une fraction accrue a ete dirigee vers l'extreme-orient, et, au premier chef, vers la chine. "de 30 a 1, c'est grosso modo le fosse qui separe, en termes de cout salarial moyen" la chine des etats-unis (3). certains produits chinois etant bon marche, les distributeurs occidentaux dont l'argument de vente est le prix bas, en acquierent des quantites considerables. quant aux industriels, ils font construire ou, en tout cas, assembler en chine des materiels qui leur reviennent ainsi meilleur marche. et les chinois utilisent de plus en plus les produits etrangers. dans une version nouvelle du fordisme, maintes firmes occidentales sont en passe d'avoir a la fois plus de salaries mais aussi plus de clients dans les pays qualifies de pauvres que dans les pays r i ches. les firmes fran caises vivent la mondialisation de ces diverses facons. la france est un des pays d'europe ou les firmes etrangeres se sont le plus implantees. elles emploieraient environ 1,7million de salaries. (4) en europe, c'est en france aussi que les investisseurs etrangers detie nnent une des parts du capital des societes les plus fortes. en 20 ans leur participation est passee de moins de 10% a quelque 40% pendant que celle de l'etat tombait de pres de 75% a moins du quart. dans le meme temps, c'est a l'etranger plus qu'en france que nos grandes entreprises ont cherche leur expansion, fait le plus gros de leurs investis sements et cree le plus d'emplois: 1guillaume sarkozy, societal, 4e trimestre 2004. 2conference des nations unies sur le commerce et le developpement, rapport, octobre 2000. 3erik izraelewicz, quand la chine change le monde, grasset, 2005. 4 mondialisation et recomposition du capital des entreprises europeennes,la doct.ion francaise, 2003. lafarge, devenu le leader mondial des materiaux de construction, est present dans 75 pays, realise moins de 15% de son activite en france et ses actionnaires sont en majorite non francais. (2) si la plupart des americains ont une attitude positive a l'egard de la mondialisation, deux francais sur trois lui sont hostiles et, avec les grecs, ils sont seuls a avoir cette attitude en europe. (3) pour eux elle signifie, avant tout, delocalisation et fermeture d'usines, meme s'il est trop simple d'opposer delocalisation et emplois nationaux: une analyse de l'emploi dans de grandes societes francaises montre que les delocalisations, en contribuant au developpement global de ces entreprises, lim itent les reductions d'emploi en france. (4) un citoyen francais est plus sensible a une delocalisation ou a la presence d'un produit etranger sur son sol qu'a la creation d'emplois dus a l'exportation. mais il y a plus: la mondial isation cree chez nous u ne veritable crainte identitaire; les francais sont d'autant plus attaches a certains traits d'un modele de societe qui leur vient de leur histoire particuliere que les politiques sui vies ne les ont pas assez incites a s'adapter franchement a un monde nou veau. un pays comme le notre n'est-il pas "condamne" a importer des biens dont la production est intensive en travail non qualifie et a miser sur les biens et services a forte valeur ajoutee et a contenu en travail qualifie eleve? ne doit-il pas, des l ors, moderniser de facon beaucoup plus energique son systeme de formation? formation initiale, bien sur, mais aussi professionnelle et continue. le chapitre 31 de notre site montre que nous l'avons fait de facon tout a fait insuff isante. beaucoup trop de jeunes sortent de nos ecoles voire de nos universites sans formation suff isante. l'enseignement superieur et la recherche francais, volens nolens et non sans que ceci comporte de reelles difficultes, sont devenus des acteurs d'une competition internationale et, pour l'heure, tout montre que, dans maints domaines, nous perdons du terrain. recherche, innovation et role du "modele francais" sont abo rdes dans le chapitre 24 (nouveau) de notre site. 2211.3 la mondialisation et les pays en developpement les cri tiques qu'attire la mondialisation ne doivent pas occulter les fantastiques progres qu'elle a provoques dans les pays qui ont depasse un certain stade de developpement: ce sont eux qui, globalement, profitent le plus de ce phenomene. dans les annees recentes, la chine et l'inde, les deux pays les plus peuples au monde, ont connu des croissances de leur economie qui sont parmi les 1i nsee /suse et c gp . 2bertrand collomb, president de lafarge, societal, 4e trimestre 2004. 3michel brule, qui a peur de la mondialisation, societal, 4e trimestre 2004. 4boston consulting group, cite par conjoncture , bnp-paribas, aout 2004. plus fortes au monde. le niveau de vie moyen de ces pays a progresse plus vite que celui des nations occidentales. mais, il est vrai que, dans ces deux nations, de vastes zones sont restees a l'ecart des progres et que les inegalites entre les habitants de ces zones et la minorite la plus fav o-risee se sont accrues, phenomene frequent dans les phases de mutation rapide. il est vrai, aussi, que des travaux recents montrent que l'ouverture a la concurrence mondiale n'est favorable qu'a partir d'un certain stade de developpement et que des pays qui ne l'ont pas atteint peuvent etre accables par l'ouverture de leurs frontieres. (1) de surcroit, les occidentaux ont maintenu des discriminations choquantes a l'egard des pays en voie de developpement et, notamment, de leurs produits agricoles et textiles. la prote ction accordee il y a 40 ans par l'accord multifibres a expire a fin 2004 mais, chez les pays industrialises, les aides publiques a l'agriculture demeurent massives. une minorite de grandes explo itations en tire de grands profits alors qu'elles poussent a la surproduction et a la chute des prix. les exportations subventionnees ont accelere les difficultes de l'agriculture de maints pays du proche-orient ou de l'afrique. 221.2 de multiples derives < contrat-social. com >est convaincu qu'il importe de rechercher un equilibre entre le dyn amisme des entreprises et le respect de l'etat de droit comme de regles de vie en societe, mi ssions qui incombent notamment aux puissances publiques nationales ou supranationales. pour qu'un equilibre dynamique existe encore faut-il etre attentif aux derives auxquelles des entreprises peuvent se laisser aller. nous releverons ici celles qui appartiennent a quatre categories et d'abord celles qui peuvent nuire aux consommateurs ou a l'environnement. 2212.1 des consommateurs et un environnement malmenes l'entreprise soucieuse de se developper est attentive aux reactions de ses clients et, jusqu'a un certain point, interets du vendeur et de l'acheteur se rejoignent. ce sont les "bons" produits qui se vendent longtemps. reste que le producteur en sait beaucoup plus sur ses produits que le conso mmateur, pilonne par des informations biaisees. pres de 750milliards de dollars de public ite, d'un i veau informatif souvent faible, ont ete depenses dans le monde en 2003. (2) les autorites americaines n'accusent-elles pas les fabricants de cigarettes d'avoir ajoute a celles-ci des substances destinees a accroitre la dependance des fumeurset les producteurs de certaines boissons gazeuses de favoriser le developpement de l'obesite? comme, par ailleurs, le producteur peut causer des dommages a l'environnement, les conflits potentiels sont nombreux entre les objectifs fixes aux firmes capitalistes - une rentabilite elevee et des profits croissants - et la sante des consomma teurs ou le developpement durable. notre site n'ayant pas la pretention d'etre exhaustif, nous n'aborderons que trois aspects essentiels du developpement durable et de la sante publique: rechauffement de la planete, pollution 1rubens ricardo, cnuced, mai 2004. 2the future of advertising, the economist, 26 juin 2004. de l'eau (le passage relatif a ce sujet constitue l'annexe 2 de ce chapitre) et, enfin, tabagisme et al coolisme. le rechauff ement de la planete et la pollution de l'air meme si les modeles climatologiques ne permettent pas encore de faire des previsions fiables a moyen terme ( 1), meme si l'on peine a demeler effets des actions humaines et evolutions climatiques de tres long ter me, les raisons d'etre inquiet sont bien connues. la population du globe va continuer a s'accroitre pendant plusieurs dizaines d'annees en tout cas. le revenu moyen s'eleve et, avec lui, la consommation d'energie et, notamment la production du dioxyde de carbone ou 2.. un "effet de serre" tend a elever la temperature constatee et risque de provoquer des phenomenes tres graves: tempetes, raz de maree, elevation du niveau des oceans. on redoute que cette elevation de la temperature ne fasse fondre des materiaux organiques aujourd'hui geles et ne libere le me thane qui s'y trouve emprisonne, ce qui accelererait fortement l'effet de serre. la pollution s'accroit dans les villes, or la fraction de la population qui est urbanisee est devenue majoritaire et c ontinue a augmenter. la pollution devient une des preoccupations majeures de sante publique. maire de shanghai, zhu rongji, en devenant premier ministre en residence a beijing, savait qu'il prenait le risque de vivre cinq ans de moins tant la seconde ville est plus pol luee que la premiere. (2) pour stabiliser la concentration des gaz a effets de serre il ne suffit pas de limiter leur production a leur niveau actuel. selon de nombreux experts, il faudrait, pour y parvenir que les pays les plus developpes "divisent par quatre les emissions au cours des trente prochaines annees" (3) le protocole de tokyo ne va pas si loin et les etats-unis ont refuse d'y adherer or, selon certains calculs, ils produisent, par tete d'habitant, dix fois trop de co2, les francais 4 fois trop et les chinois sont de ja au-dessus du niveau qui serait admissible. certes, dans les dernieres annees, des firmes telles que united technologies, intel, dupont ou bp se sont ouvertement ralliees aux mesures de lutte contre l'effet de serre et le president de bp affirme que sa societe a trouve dans les economies realisees les ressources qui ont finance ses efforts de lutte contre les emissions nuisibles. reste que les grandes industries americaines disposent de groupes de pression qui, par des campagnes televisees et un intense lobbying, ont lutte contre la ratification du traite de kyoto par le congres. l'emission de co2, presque stabilisee en europe, continue a progresser aux etats-unis. "entoure d'anciens dirigeants de firmes petrolieres qui tra itent les questions d'environnement par le mepris" (4), george w.bush approuve le cri lance par son pere au sommet de rio: "l'american way of life is not up for negociation ." un hab itat indiv iduel disperse, le recours a la climatisation et la faible taxation du petrole conduisent a un niveau eleve de consommation de ce dernier. les pays les plus industrialises ne parviennent pas a mener des politiques qui y repondraient vraiment. la hausse du prix du petrole sera-t-elle le seul regulateur de leu r consommation d'energie fossile? les etats-unis ou l'administration au pouvoir depuis l'an 2000 est parfaite- 1claude allegre, le debat, janvier 2005. 2erik izraelewicz, opus cite. 3francis mer, vous le s politiques , albin michel, 2004. 4 the economist, 24 mai 2003. ment au fait des realites sont irresponsables. ils consomment le quart de la production de petrole du monde, ne disposent que de 3% des reserves et ne conduisent pas une politique energetique credi ble. il est donc tentant de charger les usa de tous les peches environnementaux. mais 80% des americains sont conscients des risques lies a l'effet de serre et des observateurs (1) soulignent aussi le f ait que les europeens n'ont pas bien travaille: le president americain a ete place en 2000 en face d'accords qu'il n'aurait jamais pu, l'eut-il voulu, faire ratifier par le congres. les delais prevus pour realiser de facon economique une reduction des emissions de gaz etaient sans doute trop courts et, tandis que les europeens reglementent et taxent, les americains conduisent des recherches sur des sources alternatives d'energie de facon sans doute plus intense que les europeens. ils ont aussi fini par con vaincre le vieux continent qu'un marche des droits a pollution etait une facon efficace de reduire les emissions: a partir de janvier2005 ce marche fonctionnera en europe. les accords de kyoto vont, en effet, pouvoir entrer en vigueur, la russie y ayant adhere; elle y trouvera son interet car elle pourra vendre a l'ouest des droits d'emission dont elle disposera du fait de l'effondrement de son indus trie lourde qui etait fortement polluante. freiner les emissions de gaz a effets de serre sans brider ind ument la croissance n'est pas impossible mais y parvenir au plan mondial restera un reel defi. comment tenir compte d'affirmations egalement exactes: celles des pays developpes qui montrent que la progression de leurs emissions est desormais inferieure a celles de leur pib; celles des pays en voie de developpement qui reconnaissent que leur progression est forte (la chine a, en cinquante ans, plus que decuple sa consommation d'energie) mais que leur niveau absolu et leur part dans les emissions mondiales sont faibles? voir le graphique2 . de facon de plus en plus insistante sans doute, l'opinion demandera des mesures qui, face a un danger planetaire, ne peuvent etre qu'internationales. l'union europeenne parviendra-t-elle a unir ses voix autour de propositions realistes? l'onu, en arbitrant entre pays developpes et les autres, etablira-t-elle son autorite? en soulignant l'insuffisante efficacite des organisations inte r-nationales et en se satisfaisant de sarcasmes on fait, a nos yeux, fausse route: les institutions supranationales sont seules en mesure d'eviter la ruine de la planete et le maillon faible se trouve tres souvent non pas chez elles mais au sein des etats nationaux qui rechignent a appliquer des dec isions qu'ils ont approuvees; la france a souvent fait partie de ces etats indisciplines (ce point est mis en evidence dans l'annexe 2 consa cree a la pollution des eaux). la sante publique face au tabac et a l'alcool les francais, restes longtemps indifferents aux effets du tabagisme et de l'alcoolisme, ont pris conscience des ravages qu'ils provoquent. au demeurant, la collectivite a interet pour freiner l'augmentation des depenses de sante qu'elle finance, a lutter toujours plus energiquement contre ces deux fleaux qui, en france plus qu'ailleurs , ruinent la sante et, tout particulierement, celle des moins favorises (voir le chapitre 34 de notre site sur la sante). si des progres ont ete realises dans la lutte contre le tabac, a l'egard de l'alcoolisme ils ont ete tardifs et restent insuffisants voire menaces. des parlementaires freinent l'adoption de dispositions contraignantes tandis que des associations creees par des familles de victimes d'accidents de la route ont fait beaucoup pour que 1thierry le pesant, societal,1er trimestre 2001 la leg islation francaise soit renforcee et leur perseverance a paye: legislation, peur du gendarme et du radar aidant, le comportement des conducteurs a l'egard de l'alcool et de la vitesse change. les difficultes actuelles des viticulteurs sont d'ailleurs, pour une part, liees a cette evolution des moeurs. apres une longue periode qui, pour beaucoup de producteurs de vin, aura ete tres favorable, ces difficultes serviront-elles de mauvaise justification a un nouveau laxisme? en ce qui concerne le tabac, en septembre2004, le ministere americain de la justice a reclame aux entreprises americaines concernees des sommes gigantesques pour avoir, "depuis 1953, sciemment trompe le public sur les risques presentes par les cigarettes". la majorite des amer icains, loin d'etre favorable a ce que les entreprises agissent a leur guise, souhaite que leurs pouvoirs soient reduits. l'ancien vice-president et candidat, al gore, ayant affirme que ses concitoyens doivent tenir tete au "big tobacco, big oil, big polluters comme aux societes pharmaceutiques", avait ete approuve par les trois-quarts des americains. les europeens se rendent mal compte de cette attitude et des succes que certaines camp agnes d'associations ont rencontres en menacant de boycotter des producteurs de materiaux de construction en bois (home depot) ou l a restauration rapide (mcdonald) par exemple. des enquetes montrent que, d'une maniere generale dans le monde occidental, maints consommateurs deviennent plus attentifs, plus subtils et plus selectifs. chez beaucoup, la fidelite aux marques ne s'impose plu s et une fraction des acheteurs est susceptible de se detourner d'un produit ou d'une firme qui met en danger la sante, l'environnement ou le respect des droits de l'homme. la fin de la suprematie blanche en afrique du sud a ete hatee par les consommateurs americains sanctionnant les firmes de leur pays qui ne luttaient pas contre l'apartheid. il n'est donc pas utopique de prevoir que les citoyens - electeurs et consommateurs - seront de plus en plus nombreux a adopter l'attitude que la charte de l'environ nement francaise en-courage: "toute personne a le droit de participer a l'elaboration des decisions publiques ayant une incidence sur l'environnement." si nos societes ont ete habituees a ce que les impulsions allant de haut en bas soient dominantes, "bottom up is on its way up." ( 1) 2212.2 fausser la competition les entreprises subissent la concurrence et cherchent a l'eviter, soit en eliminant leurs concurrents soit en s'entendant avec eux. tres tot, les etats-unis ont initie une politique antitrustqui n'est pas une simple gesticulation: les actions intentees aboutissent, chaque annee, a des amendes qui peuvent etre enormes voire a des peines de prison. maintes tres grandes entreprises, comme a t & t ou ibm, ont ete poursuivies et contraintes de prendre des mesures radicales pour reduire leur emprise sur leurs marches. toutefois, tout en proclamant leur attachement a la tradition liberale, certains n'hesitent pas a faire intervenir l'etat a l'avantage de secteurs d'activite ou de firmes; on a vu l'administration de george w.bush proteger la siderurgie americaine et renoncer a des mesures serieuses a l'egard de microsoft dont la position et les comportements dominants sont pourtant etablis. par ailleurs, de grandes societes exportatrices, qui ont de fortes positions sur le marche mondial, ont ete autorisees a utiliser des paradis fiscaux et, du coup, a beneficier ind u-ment d'une fiscalite allegee. 1david kirkpatrick, fortune , juin 2004. en europe, la commission de bruxelles a eu fort a faire pour lutter contre les nombreuses remanences d'ent entes ou de situations de monopole. les grandes operations de fusion, susceptibles d'aboutir a des positions dominantes, sont desormais examinees par elle. ses pouvoirs n'affectent pas les seules firmes du vieux continent; la commission a ainsi bloque la fusion de general electric et d'honeywell. la commission a obtenu des resultats certains, notamment dans des pays comme le notre dont la culture est plus favorable au monopole qu'a la concurrence. 2212.3 doper les comptes sociaux la reussite d'un dirigeant d'entreprise est generalement le fruit d'une agressivite qui, policee, fait partie de sa personnalite. le succes satisfait legitimement son ego et il peut d'autant plus ais e-ment le pousser a la temerite que les phases d'exuberance sont propices a l'appari tion de mirages. on est alors tente de croire et de faire croire qu'on obtiendra en deux ans ce qui, en realite, va en demander six, sept ou plus et, comme dans toute competition mediatisee, le risque de fraude et de dopage existe. apres l'affichage de pre visions trop optimistes les realites se font jour et, pour que les cours de l'action, qui commandent notamment la valeur de leurs options, continuent a progresser, des dirigeants ont ete tentes de manipuler les resultats pour les faire apparaitre plus beaux ou moins mauvais qu'ils ne l'etaient en realite. au demeurant, depuis des annees, les societes americaines usaient de pratiques tres crit iquables. la non-comptabilisation des options accordees aux dirigeants et aux cadres figurait parmi ces pratiques defectueuses. maintes firmes, egalement, n'avaient pas assez souligne que la hausse de la bourse leur avait permis de ne pas faire de dotation a leur fonds de retraite, ce qui, ipso facto, am eliorait leurs resultats mais devait les reduire lorsqu'elles duren t recommencer a doter le fond. trop de banquiers ou de commissaires aux comptes ont ete complices de ces pratiques. ( 1) en decembre2001 la faillite d'enron a mis en evidence des malversations portant sur des montants se chiffrant en milliards de dollars. les dirigeants ont fini par reconnaitre que les comptes des dernieres annees avaient ete truques. le numero un de la firme qui avait beneficie, entre son salaire et les actions recues en option, de plus de 200millions de dollars a fait partie de ceux qui conseillaient d'acheter les titres de leur societe alors qu'ils vendaient ceux qu'ils possedaient. 20000 salaries d'enron ont perdu leur emploi et une large part de leur epargne placee dans le fonds de pension maison, lui-meme investi en actions de la s oci ete. ubs-warburg, goldman sachs et lehman, qui figurent parmi les banques les plus actives de wall street ont ete montrees du doigt: jusqu'a fin novembre2000, leurs analystes avaient recommande l'achat de l'action enron. les agences de notation sont pareillement accusees d'avoir succombe a la pression d'enron et de ses banques et de ne pas avoir donne en temps utile une ma uvaise note aux titres representatifs des dettes de cette societe. andersen, firme d'audit d'enron mais egalement consultant de la societe, n'a pas denonce ces pratiques. sa reputation a ete atteinte a un point tel qu'elle a du, finalement, etre liquidee. "entre janvier1997 et juin2002, pres de 1arthur levitt, jr in directorship , juillet 1999. 10% des societes nord-americaines cotees ont du corriger au moins une fois leurs comptes pour cause d'irregularites". ( 1) mais les systemes de controle americains ont, dans des delais courts, fonctionne. on n'aura pas cache sous le tapis tres longtemps, sous forme de creances bancaires notamment (comme on le fit au japon, |