| Que de changements dans notre vision de la nation
et notre conception de lÉtat ! 1989 aura vu à la
fois célébrer le bicentenaire de la Révolution
et samorcer leffondrement du système commu-niste.
LÉtat régissant léconomie notamment
par la nationalisation des entreprises, qui y croit désormais ?
Par contre lÉtat-providence est bien là, essentiel,
considérable et défectueux. Il a complété légalité des
droits, proclamée en 1789, par une solidarité consistante
si imparfaite. Est-on parvenu à établir entre les citoyens
ces liens quen 1900 le patriotisme maintenait en dépit
de clivages sociaux ou religieux accentués ? Éducation
et revenus accrus, comme le courant favorable à lindividualisme,
ont, dans tout lOccident, renforcé lautonomie des
personnes. En France ces phénomènes se sont greffés
sur une société dans laquelle, depuis la Révolution,
les corps intermédiaires sont faibles. Que lépoque
des embrigadements totalitaires semble lointaine ! Dans le même
temps, phénomène stupéfiant, la société trop
homogène par sa formation, son parcours professionnel et ses
origines sociales, qui a pris le contrôle des partis de gouvernement,
des postes ministériels, de la haute administration et de nombreuses
grandes entreprises a, sans sen rendre compte, marché contre
ces courants qui affectaient la société. Nos dirigeants
sont les héritiers de puissantes et anciennes traditions nationales :
la France, contrairement à la Grande-Bretagne na pas une
pratique de contre-pouvoirs efficaces. En mettant fin
aux guerres de religion, Henri IV, Louis XIII et leurs ministres avaient édifié un
pouvoir dit absolu, réduit les protestants et limité les
prérogatives non seulement des anciens féodaux mais aussi
de lÉglise. Louis XIV et ses descendants, en exaltant la
nation et lÉtat, préparèrent bien involontairement
la République jacobine. Or, en 2003, notre République est devenue décentralisée aux termes de sa constitution tandis quun projet, lui aussi constitutionnel, était élaboré par une convention européenne. Déjà, maintes missions sont confiées aux régions ou aux départements tandis que dautres, comme la politique monétaire ou la négociation des accords commerciaux avec des pays tiers, nappartiennent plus aux états européens. LÉtat-nation centralisé, socle du modèle français traditionnel, est bien en question. Cependant, les leaders qui nous gouvernent, nont montré denthousiasme ni pour une décentralisation efficace ni pour une Europe fédérale. Ils ont préféré gérer limmédiat et garder le maximum de pouvoirs ; celui de nommer des responsables qui auraient dô lêtre par les conseils dadministration ou autres instances appropriées mais qui, du coup, ont perdu leur autorité. La façon dont fonctionne notre État fait passer au second plan les préoccupations stratégiques. Des slogans électoraux simplistes la retraite à 60 ans, les 35 heures ont conduit à des mesures aberrantes compte tenu soit des perspectives démographiques soit de la concurrence que nous font des voisins qui gèrent leurs affaires de façon moins démagogique. Cet État brouillon multiplie lois et décrets mais réagit avec un retard considérable aux phénomènes de notre époque et notamment aux changements de tendances. Il aura fallu attendre 2003 pour que des ministres reconnaissent que lintégration des immigrés avait été très insuffisante et que notre taux dillettrisme était inacceptable pour lépoque. Finalement, la gestion de lÉtat-providence, en dépit des énormes progrès accomplis au cours du dernier demi-siècle, na pas été capable denrayer lexclusion. Cest dire que, dans le champ oò il continue à disposer de larges pouvoirs, son efficacité est loin dêtre démontrée. Nexiste-t-il pas un lien entre une gestion à court terme, au souffle court, et labsence de débats publics ? Une démocratie qui agit pour le peuple, ne doit-elle pas y procéder, aussi, par le peuple ? Or, lorsquon examine les grands domaines de notre vie commune léducation, la santé ou lemploi on relève que peu de réflexions approfondies ont été conduites au cours des dernières décennies sur les finalités des actions publiques. ( ) Si des débats sérieux avaient lieu, leurs conclusions constitueraient les exposés des motifs des mesures dont les objectifs seraient clairement énoncés. Cest bien ce que prévoit la nouvelle procédure budgétaire instaurée par la loi organique du 1er aoôt 2001 qui, si elle est menée à bien, provoquera une profonde transformation de la façon dont notre État est géré et redonnera au Parlement le rôle qui devrait être le sien dans une démocratie. Cette réforme visionnaire sera-t-elle menée à bien et dune manière autre que formelle ? Nos inquiétudes sont à la hauteur de nos espoirs. Si une définition approfondie et claire des objectifs est effectuée, alors lÉtat peut décentraliser la réalisation. Déléguer, contracter avec des agences ou opérateurs extérieurs aux administrations centrales : entités publiques souvent locales ou privées disposant dune large autonomie de gestion et notamment de celle de leur personnel, point crucial à nos yeux. Il reste du ressort de lÉtat central de fixer les normes à respecter par les opérateurs comme les critères qui permettront dévaluer a posteriori leurs prestations. Les autorités de contrôle devraient disposer dune indépendance déterminée par la loi mais aussi, comme maints exemples en ont montré la nécessité, dun recrutement nettement différencié de celui des gestionnaires. Ceux qui dirigent notre État, après avoir abusé de slogans puisés dans des manuels dhistoire, ont dô, soit en 1983 soit en 1995, virer de bord mais sans le reconnaître ni, a fortiori, expliciter les raisons de ces mouvements. Les citoyens ont senti la duperie et leur confiance à légard du pouvoir sest effritée. Les votes du printemps de 2002 exprimaient sans doute le dépit de citoyens déçus par limpuissance de lÉtat sur lequel ils avaient trop compté mais aussi leur rejet dune société politique qui ne les représente plus de façon fidèle et constructive. Le vote a été davantage vécu comme un mode de protestation que comme un processus normal de délégation. Les deux obstacles que rencontre dans notre pays le jeu dune démocratie efficiente une élite politique plus fermée que chez nos voisins et des citoyens plus individualistes que jamais ont-ils quelque chance de satténuer ? Nous lespérons. Dans des entreprises mondialisées nos grandes écoles ne détiennent plus les pouvoirs qui étaient devenus les leurs et la perte de ces débouchés est en passe de remettre en cause le système élitiste français voir le graphique 1 en fin de document. Certes, il faudra beaucoup de temps pour que le monde de la politique, celui de la haute administration et des entreprises participent dune société plus ouverte, mais le mouvement est sans doute amorcé. Du côté des citoyens, la réalité est à la fois inquiétante et pleine de promesses. Dans nombre de catégories sociales, la désaffection pour le syndicalisme a grandi mais, en même temps, on voit fleurir un très grand nombre dinitiatives y compris dans les secteurs de notre vie publique les plus dégradés. Nest-ce pas par lassociation des citoyens quil faut rebâtir le contrat social ? Par un mouvement de bas en haut prenant la relève du vieux trajet hiérarchique ? Nest-ce pas ainsi que la République, qui a donné un contenu de plus en plus riche aux deux premiers termes de sa devise, la liberté et légalité, trouvera un sens au troisième, bien négligé, la fraternité ? 42.1 Les missions de notre temps page 4 42.2 Une gestion modernisée page 13 42.3 La décentralisation et la fédération européenne page 21 42.4 À la tête de lÉtat page 25 42.5 Pour un contrat social rénové page 27 42. Annexes, graphique et table des matières détaillée page 35 Pour des raisons techniques, la table des matières détaillée et les graphiques sont rejetés à la fin du chapitre. Nous insistons auprès de nos visiteurs pour quils aient les graphiques sous les yeux lorsquils liront les textes correspondants. 42.1 Les missions de notre temps 42.1.1 Du pouvoir « absolu » à lÉtat-providence Pour les auteurs du site < contrat-social.com > un État respecté a toujours été indispensable à une société qui se veut civilisée. Louis Veuillot affirmait : « Entre le fort et le faible, cest la liberté qui opprime et la loi qui protège. » Lactualité montre en effet, en Russie, en Colombie et en tant dautres lieux, ce quil advient lorsque la loi nest pas appliquée. Un État national efficace dans les domaines qui restent les siens est dautant plus nécessaire que les instances européennes ou mondiales sont, du point de vue de Sirius, récentes et à maints égards peu assurées. Mais le rôle de lÉtat a connu, au fil des siècles, une extraordinaire évolution. Cest en assurant finalement la paix civile entre des citoyens meurtris par dinterminables guerres de religion que la monarchie française a pu asseoir un pouvoir baptisé de façon quelque peu excessive dabsolu. Elle se dégagea de lemprise des féodaux comme de la tutelle de lÉglise ; Mazarin disparu, Louis XIV entendit être son propre premier ministre. La monarchie française affirma le rôle de lÉtat et établit le culte de la nation qui conduisit au sacrifice de tant de vies. Elle affirma ainsi son emprise sur les individus et sa posture face à lÉglise. Ces personnes morales lÉtat et la nation exaltées par les rois, la République sen saisit, les détrôna et, grâce à eux, se construisit. ( ) Au terme dun processus très long, la séparation des pouvoirs religieux et civil, un des apports essentiels du christianisme finit par se réaliser. Progressivement, les desiderata des gouvernés durent être pris en compte par le pouvoir toujours tenté de se magnifier. À « lÉtat cest moi » finit par succéder un État-providence à lappellation fort suggestive. LÉtat ne prétendit plus à cette forme de transcendance qui avait permis aux totalitarismes de prévaloir. Lautonomie des individus put saffirmer ; son principe était posé par les religions qui affirment la relation personnelle de lindividu avec Dieu mais il aura fallu des siècles, aussi, pour quelle soit vraiment reconnue et que lEurope continentale comprenne lattitude des Anglo-saxons ; ils entendent, avant tout, que lÉtat respecte lhabeas corpus, le droit de pratiquer la religion de son choix, les droits de propriété et toutes les libertés qui garantissent les moyens de mener la vie quon souhaite. ( ) Aussi bien deux tendances contradictoires animent-elles les Français daujourdhui. Dun côté ils attendent toujours beaucoup de leur État auquel ils attribuent une omnipotence de moins en moins vraisemblable ; de lautre, ils refusent les interventions qui mettent en cause leur liberté dindividus voire, plus prosaïquement, leurs intérêts. Les individus nont plus une vision commune de leur destinée ; ils ne révèrent plus des institutions qui ont perdu leur caractère quasiment sacré lécole, la médecine, la Justice. Ils cherchent leur avenir en tâtonnant. On ne croit plus que la collectivité puisse marcher vers un Eldorado mais on souhaite atteindre un mieux-être collectif laissant aux personnes une large liberté de conscience et daction. Cest par le débat et la réflexion des plus sages ( ), que les règles de la vie en société semblent devoir émerger et évoluer. Par les élections du printemps de 2002, la collectivité, après que nombre de ses membres en aient douté, na-t-elle pas fortement exprimé, entre autres, son désir que des règles communes soient respectées ? ( ) Alors que notre État est en pleine phase de transition vers une régionalisation/décentralisation, dune part, et vers un fédéralisme européen qui transfère de larges pouvoirs aux instances fédérales dautre part, nest-il pas souhaitable de réexaminer ses trois missions principales : sécurité extérieure et intérieure, régulation des forces économiques et cohérence sociale ? Nest-ce pas un préalable à cette mise à jour du contrat social qui lie les citoyens entre eux et qui est le propos de notre site ? 42.1.2 La sécurité Protéger les Français contre les violences intérieures les guerres de religion notamment mais aussi contre celles venues de lextérieur a été la raison dêtre du Royaume de France. Des factions faisant alliance avec des puissances étrangères, un lien a bien souvent existé entre les menaces endogènes et exogènes. Au total, les armes nont guère cessé de jouer un rôle primordial dans notre histoire : « LÉtat fut dabord un stratège militaire et cest lart de la guerre qui prima sur les autres. » ( ) Les temps oò, en France, un Maréchal puis un Général prenaient la tête du pays ne sont pas si lointains. 42.1.2.1 Sécurité extérieure Ayant réuni des forces armées consistantes, nos souverains ont pu asseoir leur pouvoir, leurs sujets ayant fini par accepter un « monopole de la force légitime » qui comportait des contreparties positives. Cependant, de la défense du territoire national on en est venu à chercher son extension et à accomplir des actes belliqueux sans justification sérieuse. Aussi bien, renoncer aux massacres et à lemploi de la force à légard des pays voisins a-t-il constitué la tardive mais grande novation européenne, le volet économique étant le moyen de faire progresser la construction. Mais, dès lors, conduire des actions militaires dans un cadre national nest-il pas devenu une mission quasiment impossible ? En effet, préparer la défense dune collectivité contre son « ennemi héréditaire » était un but simple qui aura longtemps mobilisé lensemble des Français. Puis, de 1948 à 1990, lEurope occidentale a connu une menace évidente aux yeux de la majorité des citoyens, celle de lUnion soviétique qui occupait tout lEst du vieux continent. Face à cette menace les États-Unis constituaient un rempart qui semblait essentiel en dépit des ambiguïtés que comportait leur « parapluie nucléaire » (voir le chapitre 23 de notre site). Depuis que lUnion soviétique sest effondrée, dune part lEurope na plus connu, venant dun État, de menace comparable par sa permanence et son poids et, dautre part, la puissance économique et technologique des États-Unis sest affirmée. A contrario, le propos ultime de lEurope « une union toujours plus étroite » est par nature mal défini. Le nombre de participants à cette aventure na cessé de sétendre. Les premiers associés étaient à peine parvenus à un accord quil leur a fallu discuter avec de nouveaux partenaires dont les histoires, les cultures, les voisins et les tropismes étaient différents. Ainsi, depuis le désastre de Suez la Grande-Bretagne ne sefforce-t-elle pas de « coller » aux États-Unis ? Une grande partie des Européens, dans les nations les plus petites au premier chef, donne la priorité à ce qui est, effectivement, lessence même de lEurope : un vrai contrat social entre les citoyens, contrat entre eux et avec les pouvoirs. La défense nest pas leur priorité et reconnaître à lAmérique le rôle du gendarme leur convient. Les Européens ne demandent pas à leur Union de les préparer à la bataille, mais de façon moins emphatique, de consolider la paix. Or, en Bosnie et au Kosovo, les Européens nauraient pas atteint ce but sans laide américaine. Pourtant, les marches orientales de lUnion européenne ne sont pas si rassurantes. Elles sont truffées darmes nucléaires et de centrales atomiques terrifiantes. La Russie regrette une décolonisation autrement douloureuse que la nôtre : elle a perdu son empire sur des terres quelle avait mis des siècles à rassembler et, pour certaines à peupler. LUkraine ne fait-elle pas partie de son histoire la plus ancienne ? Léconomie sest effondrée, les épargnants ont été spoliés et les Russes, qui nont jamais pratiqué la démocratie, connaissent la pauvreté. Sous de multiples formes, en Tchétchénie au premier chef, la violence prévaut ; létat de droit demeure fragmentaire et le nationalisme comme le racisme sexprime avec virulence. Et le reste du monde est loin de nêtre peuplé que de forces pacifiques ; le terrorisme est une monstrueuse réalité. Aussi bien, au sein des pays qui, il y a peu, furent puissants, Allemagne, Grande-Bretagne et France, on est convaincu quune collectivité, quelle que soit la qualité du lien social qui la constitue, doit être en mesure de se défendre et quil faut consacrer des ressources suffisantes pour être prêt à faire face à des conflits dont les formes sont difficiles à prévoir. Des missions qui seraient irréalisables par un État isolé peuvent être à la portée dune coalition. Cette préoccupation des trois anciens « grands » rencontre plusieurs obstacles. Primo, maints pays de moindre population gardent une réelle méfiance à légard de ceux qui, Français et Allemands au premier chef, ne se privèrent pas de les malmener en les attaquant ou, au contraire, en ne les secourant pas. Secundo, les anciennes puissances peinent à se défaire de leurs vielles postures. Le général de Gaulle, qui avait été un exceptionnel prophète dans le domaine de la stratégie, nétait pas parvenu à adapter sa vision au phénomène européen et ses successeurs auront longtemps gardé de vaines nostalgies. Oui, si elles veulent entraîner leurs partenaires dans des opérations quelles jugent nécessaires, les anciennes grandes puissances devront, sans vaine grandiloquence, leur donner de solides justifications. Tertio, les moyens militaires de lEurope sont faibles et fragmentés ; ceux dun nain en face du géant américain dont le budget de « recherche et développement militaires », va approcher de 50 milliards de $, celui des Européens se chiffrant à 10 milliards de $ et étant fractionné. Les capacités opérationnelles de lensemble des Européens natteindraient pas 10 % de celles des Américains. ( ) Si lEurope fait des progrès pour se doter de forces cohérentes, équipées de matériels dont certains deviennent identiques, voire de forces intégrées, ces processus sont lents, les crédits sont limités et les adhérences aux pratiques nationales fortes. LAmérique qui a longtemps favorisé lunité de lEurope et le renforcement de ses institutions est aujourdhui plus que réservée à légard des projets de création dune organisation militaire européenne distincte de celle de lOTAN. Mais ce changement dattitude ne confirme-t-il pas que lEurope sort de lenfance ? Elle est, depuis longtemps, capable de conduire efficacement des négociations commerciales internationales. Elle va se doter dune constitution et dune organisation moins floue. Si la guerre en Irak la divisée, elle parvient à sentendre sur des sujets difficiles comme lIran, la Palestine, ou, dans certains cas, lAfrique. Reste à convaincre lensemble des membres de lUnion qu« on na jamais fait aucune politique si on renonce à être fort. » ( ) De son côté, en dépit des défauts que montre aujourdhui sa construction, lONU, elle aussi, sest affirmée. Certes, leffondrement de lURSS et le rebond du capitalisme aux USA ont créé cette hyperpuissance américaine qui, après avoir accueilli et soutenu lONU a contesté, pour un temps au moins, son rôle. Inversement, le temps est loin oò la France, bardée de ses traditions nationales, brocardait les organisations internationales. LAmérique dont léconomie est devenue si largement imbriquée avec celle du monde entier, et qui, depuis fort longtemps, vit au-dessus de ses moyens redécouvrira, tôt ou tard, que son intérêt, voire la nécessité, lui commande de revenir vers lONU et le multilatéralisme. La mission de sécurité extérieure dun État européen va donc continuer à glisser aux mains, encore tremblantes, des organisations européennes, internationales (OTAN) ou mondiales. La France gardera des recours : larme nucléaire et le droit de veto au Conseil de sécurité de lONU mais leur usage sera de moins en moins crédible ; sa population représente 1 % de celle du monde et, dans le domaine international, isolée, la France na plus que des capacités très limitées. « Si lon veut être efficace et peser sur le cours des choses, les politiques à mettre en uvre et les régulations à construire se situent désormais à léchelle des continents et du monde. » ( ) La France peut affirmer ce qui lui paraît légitime mais doit-elle sen contenter ? Ne doit-elle pas rechercher, patiemment et avec discernement, à élaborer avec des partenaires, en Europe mais aussi dans le monde, des politiques de long terme tenant compte des réalités ? Le « couple franco-allemand » des années soixante, celles de lEurope à six, na plus au sein dune Europe à vingt-cinq, le pouvoir dimposer des solutions. Cherchant à le faire il indisposera, mais il jouera un rôle positif sil formule, sans emphase excessive, des propositions. Ce pourrait être le cas, par exemple, de la politique aux frontières de lUnion. La pression des immigrants, renforcée par le rôle des passeurs, restera considérable tandis que des courants dimmigration deviendront indispensables à une Europe qui vieillit. Lélaboration et la mise en uvre dune gestion ferme mais intelligente des flux seront donc nécessaires, y compris pour protéger la sécurité intérieure. Comme leuro ou lespace Schengen le montrent, il nest pas nécessaire que tous les États de lUnion participent pour que des réalisations collectives majeures soient menées à bien. Il est probable que, pour de longues années, les interventions impliquant les forces armées ne feront pas lunanimité des Européens. Elles seront le fait de pionniers volontaires. Cest ainsi que fonctionne lEurope. 42.1.2.2 Sécurité intérieure La mission de sécurité comporte le versant externe quon vient dévoquer et un versant interne. Le chapitre 35 de notre site sur la justice, en cours de rédaction au moment oò le présent chapitre était mis en ligne, abordera ce point et il ne sera pas développé ici. On rappellera simplement une des conclusions du chapitre 36. Une des sources essentielles de linsécurité se trouve dans les quartiers défavorisés. « La France na pas réussi lintégration des populations issues de limmigration. » ( ) On ne réduira pas, par les seules mesures répressives, la violence intérieure, devenue le sujet de préoccupation numéro un des Français. Ne faut-il pas, de façon beaucoup plus résolue, chercher à résorber lexclusion qui touche quelque 10 % de la population française et, pour y parvenir, faire évoluer avant tout, graduellement mais en profondeur, notre système de formation ? Lampleur de lillettrisme ayant été reconnue ( ) , ne doit-on pas, au sein du collège, renoncer aux processus de classement prématurés et remédier enfin aux carences de notre formation professionnelle et de notre formation continue ? De telles politiques nauront deffets quà long terme. En attendant, justice et forces de lordre doivent accomplir leurs missions ; nous renvoyons à nouveau à ce chapitre 35 en cours de rédaction. 42.1.3 Croissance et compétitivité Face à léconomie quelle est, désormais, la mission de lÉtat ? Dans les années cinquante, les idées des hommes au pouvoir comme de redoutables pénuries poussaient à des interventions énergiques. LÉtat national ne devait-il pas maîtriser la production et exercer sa tutelle sur ces entreprises dont les chefs avaient été pendant la guerre en majorité favorables à Vichy ? Les schémas dans lesquels une économie étatisée nétait pas exclue ont perduré. François Furet a expliqué ce Passé dune illusion. Mais des projets étatistes correspondaient aussi aux vux de lalliance de la haute administration et des leaders politiques qui dirige le pays. Elle sest accrochée à ces schémas tandis que ses pouvoirs réels seffritaient. La France aura, par exemple, défendu bec et ongle une politique agricole devenue anachronique et notre chapitre 32 rappelle lampleur et linefficacité des mesures qui, fondées sur une méconnaissance de ce qui crée les emplois, furent prises pour lutter contre le chômage. Ne peut-on, aujourdhui, mettre le pays daccord sur des missions étatiques qui tiendraient compte des réalités de notre temps ? Un État national ne saurait décréter la croissance mais il peut contribuer à ce que la compétitivité du pays soit préservée et améliorée. Le champ que lÉtat pouvait diriger se réduit ; celui de la « régulation » cet ensemble des mécanismes correcteurs qui tend à ramener des systèmes instables à un équilibre dynamique peut grandir. La réglementation quelle suppose est inséparable du contrôle de lexécution. LÉtat qui opte pour cette conduite, ne pouvant décider des investissements, des prix ou autres paramètres, fixe un cadre de référence et institue, souvent, une autorité jouissant dune large indépendance qui veille à ce que les opérateurs restent dans le cadre de la régulation. Diriger est souvent illusoire mais réguler est indispensable au double sens « micro » et « macro » du terme. 42.1.3.1 LÉtat et la micro-économie Sagissant des entreprises, le temps des nationalisations et des champions nationaux nest plus. LAérospatiale elle-même appartient d ésormais au secteur privé que tôt ou tard EdF rejoindra. |
| que de changements dans notre vision de la nation
et notre conception de l'etat! 1989 aura vu a la fois
celebrer le bicentenaire de la revolution et s'amorcer l'effondrement
du systeme commu-niste.
l'etat regissant l'economie notamment par la nationalisation
des entreprises, qui y croit desormais? par contre l'etat-providence
est bien la, essentiel,
considerable et defectueux. il a complete l'egalite des
droits, proclamee en 1789, par une solidarite consistante si imparfaite.
est-on parvenu
a etablir entre les citoyens ces liens qu'en 1900 le
patriotisme maintenait en depit de clivages sociaux ou religieux accentues?
education et revenus
accrus, comme le courant favorable a l'individualisme,
ont, dans tout l'occident, renforce l'autonomie des personnes. en france
ces phenomenes
se sont greffes sur une societe dans laquelle, depuis
la revolution, les corps intermediaires sont faibles. que l'epoque des
embrigadements
totalitaires semble lointaine! dans le meme temps, phenomene
stupefiant, la societe trop homogene par sa formation, son parcours
professionnel
et ses origines sociales, qui a pris le controle des
partis de gouvernement, des postes ministeriels, de la haute administration
et de nombreuses
grandes entreprises a, sans s'en rendre compte, marche
contre ces courants qui affectaient la societe. nos dirigeants sont
les heritiers de puissantes
et anciennes traditions nationales: la france, contrairement
a la grande-bretagne n'a pas une pratique de contre-pouvoirs efficaces.
en mettant fin aux
guerres de religion, henri iv, louis xiii et leurs ministres
avaient edifie un pouvoir dit absolu, reduit les protestants et limite
les prerogatives
non seulement des anciens feodaux mais aussi de l'eglise.
louis xiv et ses descendants, en exaltant la nation et l'etat, preparerent
bien
involontairement la republique jacobine. or, en 2003, notre republique est devenue decentralisee aux termes de sa constitution tandis qu'un projet, lui aussi constitutionnel, etait elabore par une convention europeenne. deja, maintes missions sont confiees aux regions ou aux departements tandis que d'autres, comme la politique monetaire ou la negociation des accords commerciaux avec des pays tiers, n'appartiennent plus aux etats europeens. l'etat-nation centralise, socle du modele francais traditionnel, est bien en question. cependant, les leaders qui nous gouvernent, n'ont montre d'enthousiasme ni pour une decentralisation efficace ni pour une europe federale. ils ont prefere gerer l'immediat et garder le maximum de pouvoirs; celui de nommer des responsables qui auraient du l'etre par les conseils d'administration ou autres instances appropriees mais qui, du coup, ont perdu leur autorite. la facon dont fonctionne notre etat fait passer au second plan les preoccupations strategiques. des slogans electoraux simplistes - la retraite a 60 ans, les 35 heures - ont conduit a des mesures aberrantes compte tenu soit des perspectives demographiques soit de la concurrence que nous font des voisins qui gerent leurs affaires de facon moins demagogique. cet etat brouillon multiplie lois et decrets mais reagit avec un retard considerable aux phenomenes de notre epoque et notamment aux changements de tendances. il aura fallu attendre 2003 pour que des ministres reconnaissent que l'integration des immigres avait ete tres insuffisante et que notre taux d'illettrisme etait inacceptable pour l'epoque. finalement, la gestion de l'etat-providence, en depit des enormes progres accomplis au cours du dernier demi-siecle, n'a pas ete capable d'enrayer l'exclusion. c'est dire que, dans le champ ou il continue a disposer de larges pouvoirs, son efficacite est loin d'etre demontree. n'existe-t-il pas un lien entre une gestion a court terme, au souffle court, et l'absence de debats publics? une democratie qui agit pour le peuple, ne doit-elle pas y proceder, aussi, par le peuple? or, lorsqu'on examine les grands domaines de notre vie commune - l'education, la sante ou l'emploi - on releve que peu de reflexions approfondies ont ete conduites au cours des dernieres decennies sur les finalites des actions publiques. ( ) si des debats serieux avaient lieu, leurs conclusions constitueraient les exposes des motifs des mesures dont les objectifs seraient clairement enonces. c'est bien ce que prevoit la nouvelle procedure budgetaire instauree par la loi organique du 1er aout 2001 qui, si elle est menee a bien, provoquera une profonde transformation de la facon dont notre etat est gere et redonnera au parlement le role qui devrait etre le sien dans une democratie. cette reforme visionnaire sera-t-elle menee a bien et d'une maniere autre que formelle? nos inquietudes sont a la hauteur de nos espoirs. si une definition approfondie et claire des objectifs est effectuee, alors l'etat peut decentraliser la realisation. deleguer, contracter avec des agences ou operateurs exterieurs aux administrations centrales: entites publiques - souvent locales - ou privees disposant d'une large autonomie de gestion et notamment de celle de leur personnel, point crucial a nos yeux. il reste du ressort de l'etat central de fixer les normes a respecter par les operateurs comme les criteres qui permettront d'evaluer a posteriori leurs prestations. les autorites de controle devraient disposer d'une independance determinee par la loi mais aussi, comme maints exemples en ont montre la necessite, d'un recrutement nettement differencie de celui des gestionnaires. ceux qui dirigent notre etat, apres avoir abuse de slogans puises dans des manuels d'histoire, ont du, soit en 1983 soit en 1995, virer de bord mais sans le reconnaitre ni, a fortiori, expliciter les raisons de ces mouvements. les citoyens ont senti la duperie et leur confiance a l'egard du pouvoir s'est effritee. les votes du printemps de 2002 exprimaient sans doute le depit de citoyens decus par l'impuissance de l'etat sur lequel ils avaient trop compte mais aussi leur rejet d'une societe politique qui ne les represente plus de facon fidele et constructive. le vote a ete davantage vecu comme un mode de protestation que comme un processus normal de delegation. les deux obstacles que rencontre dans notre pays le jeu d'une democratie efficiente - une elite politique plus fermee que chez nos voisins et des citoyens plus individualistes que jamais - ont-ils quelque chance de s'attenuer? nous l'esperons. dans des entreprises mondialisees nos grandes ecoles ne detiennent plus les pouvoirs qui etaient devenus les leurs et la perte de ces debouches est en passe de remettre en cause le systeme elitiste francais - voir le graphique 1 en fin de document. certes, il faudra beaucoup de temps pour que le monde de la politique, celui de la haute administration et des entreprises participent d'une societe plus ouverte, mais le mouvement est sans doute amorce. du cote des citoyens, la realite est a la fois inquietante et pleine de promesses. dans nombre de categories sociales, la desaffection pour le syndicalisme a grandi mais, en meme temps, on voit fleurir un tres grand nombre d'initiatives y compris dans les secteurs de notre vie publique les plus degrades. n'est-ce pas par l'association des citoyens qu'il faut rebatir le contrat social? par un mouvement de bas en haut prenant la releve du vieux trajet hierarchique? n'est-ce pas ainsi que la republique, qui a donne un contenu de plus en plus riche aux deux premiers termes de sa devise, la liberte et l'egalite, trouvera un sens au troisieme, bien neglige, la fraternite? 42.1 les missions de notre temps page 4 42.2 une gestion modernisee page 13 42.3 la decentralisation et la federation europeenne page 21 42.4 a la tete de l'etat page 25 42.5 pour un contrat social renove page 27 42. annexes, graphique et table des matieres detaillee page 35 pour des raisons techniques, la table des matieres detaillee et les graphiques sont rejetes a la fin du chapitre. nous insistons aupres de nos visiteurs pour qu'ils aient les graphiques sous les yeux lorsqu'ils liront les textes correspondants. 42.1 les missions de notre temps 42.1.1 du pouvoir "absolu" a l'etat-providence pour les auteurs du site < contrat-social.com > un etat respecte a toujours ete indispensable a une societe qui se veut civilisee. louis veuillot affirmait: "entre le fort et le faible, c'est la liberte qui opprime et la loi qui protege." l'actualite montre en effet, en russie, en colombie et en tant d'autres lieux, ce qu'il advient lorsque la loi n'est pas appliquee. un etat national efficace dans les domaines qui restent les siens est d'autant plus necessaire que les instances europeennes ou mondiales sont, du point de vue de sirius, recentes et a maints egards peu assurees. mais le role de l'etat a connu, au fil des siecles, une extraordinaire evolution. c'est en assurant finalement la paix civile entre des citoyens meurtris par d'interminables guerres de religion que la monarchie francaise a pu asseoir un pouvoir baptise de facon quelque peu excessive d'absolu. elle se degagea de l'emprise des feodaux comme de la tutelle de l'eglise; mazarin disparu, louis xiv entendit etre son propre premier ministre. la monarchie francaise affirma le role de l'etat et etablit le culte de la nation qui conduisit au sacrifice de tant de vies. elle affirma ainsi son emprise sur les individus et sa posture face a l'eglise. ces personnes morales - l'etat et la nation - exaltees par les rois, la republique s'en saisit, les detrona et, grace a eux, se construisit. ( ) au terme d'un processus tres long, la separation des pouvoirs religieux et civil, un des apports essentiels du christianisme finit par se realiser. progressivement, les desiderata des gouvernes durent etre pris en compte par le pouvoir toujours tente de se magnifier. a "l'etat c'est moi" finit par succeder un etat-providence a l'appellation fort suggestive. l'etat ne pretendit plus a cette forme de transcendance qui avait permis aux totalitarismes de prevaloir. l'autonomie des individus put s'affirmer; son principe etait pose par les religions qui affirment la relation personnelle de l'individu avec dieu mais il aura fallu des siecles, aussi, pour qu'elle soit vraiment reconnue et que l'europe continentale comprenne l'attitude des anglo-saxons; ils entendent, avant tout, que l'etat respecte l'habeas corpus, le droit de pratiquer la religion de son choix, les droits de propriete et toutes les libertes qui garantissent les moyens de mener la vie qu'on souhaite. ( ) aussi bien deux tendances contradictoires animent-elles les francais d'aujourd'hui. d'un cote ils attendent toujours beaucoup de leur etat auquel ils attribuent une omnipotence de moins en moins vraisemblable; de l'autre, ils refusent les interventions qui mettent en cause leur liberte d'individus voire, plus prosaiquement, leurs interets. les individus n'ont plus une vision commune de leur destinee; ils ne reverent plus des institutions qui ont perdu leur caractere quasiment sacre - l'ecole, la medecine, la justice. ils cherchent leur avenir en tatonnant. on ne croit plus que la collectivite puisse marcher vers un eldorado mais on souhaite atteindre un mieux-etre collectif laissant aux personnes une large liberte de conscience et d'action. c'est par le debat et la reflexion des plus sages ( ), que les regles de la vie en societe semblent devoir emerger et evoluer. par les elections du printemps de 2002, la collectivite, apres que nombre de ses membres en aient doute, n'a-t-elle pas fortement exprime, entre autres, son desir que des regles communes soient respectees? ( ) alors que notre etat est en pleine phase de transition vers une regionalisation/decentralisation, d'une part, et vers un federalisme europeen qui transfere de larges pouvoirs aux instances federales d'autre part, n'est-il pas souhaitable de reexaminer ses trois missions principales: securite exterieure et interieure, regulation des forces economiques et coherence sociale? n'est-ce pas un prealable a cette mise a jour du contrat social qui lie les citoyens entre eux et qui est le propos de notre site? 42.1.2 la securite proteger les francais contre les violences interieures - les guerres de religion notamment - mais aussi contre celles venues de l'exterieur a ete la raison d'etre du royaume de france. des factions faisant alliance avec des puissances etrangeres, un lien a bien souvent existe entre les menaces endogenes et exogenes. au total, les armes n'ont guere cesse de jouer un role primordial dans notre histoire: "l'etat fut d'abord un stratege militaire et c'est l'art de la guerre qui prima sur les autres." ( ) les temps ou, en france, un marechal puis un general prenaient la tete du pays ne sont pas si lointains. 42.1.2.1 securite exterieure ayant reuni des forces armees consistantes, nos souverains ont pu asseoir leur pouvoir, leurs sujets ayant fini par accepter un "monopole de la force legitime" qui comportait des contreparties positives. cependant, de la defense du territoire national on en est venu a chercher son extension et a accomplir des actes belliqueux sans justification serieuse. aussi bien, renoncer aux massacres et a l'emploi de la force a l'egard des pays voisins a-t-il constitue la tardive mais grande novation europeenne, le volet economique etant le moyen de faire progresser la construction. mais, des lors, conduire des actions militaires dans un cadre national n'est-il pas devenu une mission quasiment impossible? en effet, preparer la defense d'une collectivite contre son "ennemi hereditaire" etait un but simple qui aura longtemps mobilise l'ensemble des francais. puis, de 1948 a 1990, l'europe occidentale a connu une menace evidente aux yeux de la majorite des citoyens, celle de l'union sovietique qui occupait tout l'est du vieux continent. face a cette menace les etats-unis constituaient un rempart qui semblait essentiel en depit des ambiguites que comportait leur "parapluie nucleaire" (voir le chapitre 23 de notre site). depuis que l'union sovietique s'est effondree, d'une part l'europe n'a plus connu, venant d'un etat, de menace comparable par sa permanence et son poids et, d'autre part, la puissance economique et technologique des etats-unis s'est affirmee. a contrario, le propos ultime de l'europe - "une union toujours plus etroite" - est par nature mal defini. le nombre de participants a cette aventure n'a cesse de s'etendre. les premiers associes etaient a peine parvenus a un accord qu'il leur a fallu discuter avec de nouveaux partenaires dont les histoires, les cultures, les voisins et les tropismes etaient differents. ainsi, depuis le desastre de suez la grande-bretagne ne s'efforce-t-elle pas de "coller" aux etats-unis? une grande partie des europeens, dans les nations les plus petites au premier chef, donne la priorite a ce qui est, effectivement, l'essence meme de l'europe: un vrai contrat social entre les citoyens, contrat entre eux et avec les pouvoirs. la defense n'est pas leur priorite et reconnaitre a l'amerique le role du gendarme leur convient. les europeens ne demandent pas a leur union de les preparer a la bataille, mais de facon moins emphatique, de consolider la paix. or, en bosnie et au kosovo, les europeens n'auraient pas atteint ce but sans l'aide americaine. pourtant, les marches orientales de l'union europeenne ne sont pas si rassurantes. elles sont truffees d'armes nucleaires et de centrales atomiques terrifiantes. la russie regrette une decolonisation autrement douloureuse que la notre: elle a perdu son empire sur des terres qu'elle avait mis des siecles a rassembler et, pour certaines a peupler. l'ukraine ne fait-elle pas partie de son histoire la plus ancienne? l'economie s'est effondree, les epargnants ont ete spolies et les russes, qui n'ont jamais pratique la democratie, connaissent la pauvrete. sous de multiples formes, en tchetchenie au premier chef, la violence prevaut; l'etat de droit demeure fragmentaire et le nationalisme comme le racisme s'exprime avec virulence. et le reste du monde est loin de n'etre peuple que de forces pacifiques; le terrorisme est une monstrueuse realite. aussi bien, au sein des pays qui, il y a peu, furent puissants, allemagne, grande-bretagne et france, on est convaincu qu'une collectivite, quelle que soit la qualite du lien social qui la constitue, doit etre en mesure de se defendre et qu'il faut consacrer des ressources suffisantes pour etre pret a faire face a des conflits dont les formes sont difficiles a prevoir. des missions qui seraient irrealisables par un etat isole peuvent etre a la portee d'une coalition. cette preoccupation des trois anciens "grands" rencontre plusieurs obstacles. primo, maints pays de moindre population gardent une reelle mefiance a l'egard de ceux qui, francais et allemands au premier chef, ne se priverent pas de les malmener en les attaquant ou, au contraire, en ne les secourant pas. secundo, les anciennes puissances peinent a se defaire de leurs vielles postures. le general de gaulle, qui avait ete un exceptionnel prophete dans le domaine de la strategie, n'etait pas parvenu a adapter sa vision au phenomene europeen et ses successeurs auront longtemps garde de vaines nostalgies. oui, si elles veulent entrainer leurs partenaires dans des operations qu'elles jugent necessaires, les anciennes grandes puissances devront, sans vaine grandiloquence, leur donner de solides justifications. tertio, les moyens militaires de l'europe sont faibles et fragmentes; ceux d'un nain en face du geant americain dont le budget de "recherche et developpement militaires", va approcher de 50 milliards de $, celui des europeens se chiffrant a 10 milliards de $ et etant fractionne. les capacites operationnelles de l'ensemble des europeens n'atteindraient pas 10 % de celles des americains. ( ) si l'europe fait des progres pour se doter de forces coherentes, equipees de materiels dont certains deviennent identiques, voire de forces integrees, ces processus sont lents, les credits sont limites et les adherences aux pratiques nationales fortes. l'amerique qui a longtemps favorise l'unite de l'europe et le renforcement de ses institutions est aujourd'hui plus que reservee a l'egard des projets de creation d'une organisation militaire europeenne distincte de celle de l'otan. mais ce changement d'attitude ne confirme-t-il pas que l'europe sort de l'enfance? elle est, depuis longtemps, capable de conduire efficacement des negociations commerciales internationales. elle va se doter d'une constitution et d'une organisation moins floue. si la guerre en irak l'a divisee, elle parvient a s'entendre sur des sujets difficiles comme l'iran, la palestine, ou, dans certains cas, l'afrique. reste a convaincre l'ensemble des membres de l'union qu'"on n'a jamais fait aucune politique si on renonce a etre fort." ( ) de son cote, en depit des defauts que montre aujourd'hui sa construction, l'onu, elle aussi, s'est affirmee. certes, l'effondrement de l'urss et le rebond du capitalisme aux usa ont cree cette hyperpuissance americaine qui, apres avoir accueilli et soutenu l'onu a conteste, pour un temps au moins, son role. inversement, le temps est loin ou la france, bardee de ses traditions nationales, brocardait les organisations internationales. l'amerique dont l'economie est devenue si largement imbriquee avec celle du monde entier, et qui, depuis fort longtemps, vit au-dessus de ses moyens redecouvrira, tot ou tard, que son interet, voire la necessite, lui commande de revenir vers l'onu et le multilateralisme. la mission de securite exterieure d'un etat europeen va donc continuer a glisser aux mains, encore tremblantes, des organisations europeennes, internationales (otan) ou mondiales. la france gardera des recours: l'arme nucleaire et le droit de veto au conseil de securite de l'onu mais leur usage sera de moins en moins credible; sa population represente 1 % de celle du monde et, dans le domaine international, isolee, la france n'a plus que des capacites tres limitees. "si l'on veut etre efficace et peser sur le cours des choses, les politiques a mettre en oeuvre et les regulations a construire se situent desormais a l'echelle des continents et du monde." ( ) la france peut affirmer ce qui lui parait legitime mais doit-elle s'en contenter? ne doit-elle pas rechercher, patiemment et avec discernement, a elaborer avec des partenaires, en europe mais aussi dans le monde, des politiques de long terme tenant compte des realites? le "couple franco-allemand" des annees soixante, celles de l'europe a six, n'a plus au sein d'une europe a vingt-cinq, le pouvoir d'imposer des solutions. cherchant a le faire il indisposera, mais il jouera un role positif s'il formule, sans emphase excessive, des propositions. ce pourrait etre le cas, par exemple, de la politique aux frontieres de l'union. la pression des immigrants, renforcee par le role des passeurs, restera considerable tandis que des courants d'immigration deviendront indispensables a une europe qui vieillit. l'elaboration et la mise en oeuvre d'une gestion ferme mais intelligente des flux seront donc necessaires, y compris pour proteger la securite interieure. comme l'euro ou l'espace schengen le montrent, il n'est pas necessaire que tous les etats de l'union participent pour que des realisations collectives majeures soient menees a bien. il est probable que, pour de longues annees, les interventions impliquant les forces armees ne feront pas l'unanimite des europeens. elles seront le fait de pionniers volontaires. c'est ainsi que fonctionne l'europe. 42.1.2.2 securite interieure la mission de securite comporte le versant externe qu'on vient d'evoquer et un versant interne. le chapitre 35 de notre site sur la justice, en cours de redaction au moment ou le present chapitre etait mis en ligne, abordera ce point et il ne sera pas developpe ici. on rappellera simplement une des conclusions du chapitre 36. une des sources essentielles de l'insecurite se trouve dans les quartiers defavorises. "la france n'a pas reussi l'integration des populations issues de l'immigration." ( ) on ne reduira pas, par les seules mesures repressives, la violence interieure, devenue le sujet de preoccupation numero un des francais. ne faut-il pas, de facon beaucoup plus resolue, chercher a resorber l'exclusion qui touche quelque 10 % de la population francaise et, pour y parvenir, faire evoluer avant tout, graduellement mais en profondeur, notre systeme de formation? l'ampleur de l'illettrisme ayant ete reconnue ( ) , ne doit-on pas, au sein du college, renoncer aux processus de classement prematures et remedier enfin aux carences de notre formation professionnelle et de notre formation continue? de telles politiques n'auront d'effets qu'a long terme. en attendant, justice et forces de l'ordre doivent accomplir leurs missions; nous renvoyons a nouveau a ce chapitre 35 en cours de redaction. 42.1.3 croissance et competitivite face a l'economie quelle est, desormais, la mission de l'etat? dans les annees cinquante, les idees des hommes au pouvoir comme de redoutables penuries poussaient a des interventions energiques. l'etat national ne devait-il pas maitriser la production et exercer sa tutelle sur ces entreprises dont les chefs avaient ete pendant la guerre en majorite favorables a vichy? les schemas dans lesquels une economie etatisee n'etait pas exclue ont perdure. francois furet a explique ce passe d'une illusion. mais des projets etatistes correspondaient aussi aux voeux de l'alliance de la haute administration et des leaders politiques qui dirige le pays. elle s'est accrochee a ces schemas tandis que ses pouvoirs reels s'effritaient. la france aura, par exemple, defendu bec et ongle une politique agricole devenue anachronique et notre chapitre 32 rappelle l'ampleur - et l'inefficacite - des mesures qui, fondees sur une meconnaissance de ce qui cree les emplois, furent prises pour lutter contre le chomage. ne peut-on, aujourd'hui, mettre le pays d'accord sur des missions etatiques qui tiendraient compte des realites de notre temps? un etat national ne saurait decreter la croissance mais il peut contribuer a ce que la competitivite du pays soit preservee et amelioree. le champ que l'etat pouvait diriger se reduit; celui de la "regulation" - cet ensemble des mecanismes correcteurs qui tend a ramener des systemes instables a un equilibre dynamique - peut grandir. la reglementation qu'elle suppose est inseparable du controle de l'execution. l'etat qui opte pour cette conduite, ne pouvant decider des investissements, des prix ou autres parametres, fixe un cadre de reference et institue, souvent, une autorite jouissant d'une large independance qui veille a ce que les operateurs restent dans le cadre de la regulation. diriger est souvent illusoire mais reguler est indispensable au double sens "micro" et "macro" du terme. 42.1.3.1 l'etat et la micro-economie s'agissant des entreprises, le temps des nationalisations et des champions nationaux n'est plus. l'aerospatiale elle-meme appartient desormais au secteur prive que tot ou tard edf rejoindra. l'etat doit-il, pour autant, se rallier au laisser-faire? qu'il s'agisse de france telecom ou d'alstom, l'etat peut-il ne pas intervenir? les etats-unis eux-memes n'ont-ils pas sauve continental illinois ou chrysler? l'etat a-t-il, pour autant, dans tous les domaines d'activite, les competences voulues pour prendre les bonnes decisions? de surcroit, les mesures qu'il prend doivent recevoir l'aval de bruxelles qui, fort legitimement, veille a ce que les etats ne faussent pas la concurrence au profit des firmes de leur pays. l'europe cherche, la aussi en tatonnant, a mieux distinguer les interventions "micro" legitimes - dans leurs mobiles et leurs modalites - de celles qui ne le sont pas. les tentatives de bruxelles pour promouvoir des politiques industrielles n'ayant guere ete concluantes., faut-il que l'europe se satisfasse de gestions menees dans la seule optique des "grands equilibres" pour necessaires qu'ils soient? ne faut-il pas proteger les citoyens-consommateurs? comment assurer le bon fonctionnement du transport maritime et eviter les pollutions qu'il provoque sans imposer des regles strictes aux compagnies de navigation et aux armateurs? ne devons-nous pas viser une croissance durable (respect de l'environnement) mais aussi promouvoir une legislation du travail respectueuse de la dignite des individus? les citoyens attendent clairement de leur etat que les services publics les protegent d'une partie des risques de l'existence - des epidemies ou des inondations par exemple - et que des agences de regulation encadrent les activites de la poste, des telecommunications, de la radio et de la television, de la production et de la distribution d'energie. notre conseil d'etat remarque que, les consommateurs etant tres divers, il est impossible, contrairement a ce que nous avons proclame si longtemps, de les traiter de facon egale. on doit tendre, estime-t-il, a ce qu'ils soient traites de facon equitable; il appartient aux operateurs de demontrer que c'est bien ce a quoi tend leur conduite. dans de nombreuses activites, les liberalisations, le developpement d'echanges transfrontaliers et de firmes installees dans de multiples pays a pour contrepartie l'elaboration de normes et la creation d'instances internationales qui les definissent puis s'efforcent de les faire respecter. comment garantir que la viande provenant de vaches contaminees par l'esb ne sera pas commercialisee sinon par des regles internationales? les comptes des entreprises doivent etre fiables et lisibles par les epargnants ou leurs mandants, les banques soumises a des ratios prudentiels. si, en micro-economie, le role de l'etat reste donc essentiel, c'est au sein d'organisations mondiales ou europeennes que se trouveront de plus en plus definis les objectifs et conduites les actions et controles appropries. 42.1.3.2 l'etat et la macro-economie dans ce domaine, contrairement aux chimeres du "modele francais", chapitre 11 de notre site, l'etat ne peut pas tout. mais il n'est pas impotent non plus. il doit d'autant plus agir que sa mission de solidarite ne pourra pas etre accomplie si la croissance n'est pas soutenue. en effet, le pays et le continent auquel il appartient vieillissent de sorte que certaines charges (sante, retraites, dependance) augmentent alors que le dynamisme des habitants risque de faiblir. il nous faudra retenir ou attirer non seulement les investissements des firmes francaises et etrangeres mais aussi les personnes car, dans les annees a venir, le contexte demographique devrait rendre imperatif une immigration substantielle. l'etat national, par sa politique fiscale et sociale, doit clairement y veiller. l'art de gouverner consistera bien a combiner une solidarite reelle et une solide croissance economique. tache difficile. il appartient a l'etat national de maintenir la competitivite du pays par rapport a des voisins qui sont aussi des concurrents; de veiller a ce que nos services publics aient un bon rapport cout/qualite (de superbes tgv, certes, mais moins onereux pour le pays); de redresser l'inquietant mouvement d'expatriation sans retour, vers les etats-unis surtout, de nombre de nos chercheurs. mais, pour favoriser la croissance globale, ne devons-nous pas nous preparer a franchir un autre pas? les etats-unis montrent que, pour que la croissance soit forte, il faut combiner la gestion de la monnaie et celle du budget. or, l'europe boite: sa jambe monetaire est europeenne; sa jambe budgetaire reste nationale. les gouvernements et administrations des pays europeens, francais parmi eux, ont eu tort de ne pas elaborer et en appliquer des regles moins "stupides", le qualificatif est du president de la commission europeenne, que la limitation a 3 % du deficit budgetaire. le gouvernement de lionel jospin aurait du etre rappel |