36 Une société affaiblie 36. 0 Résumé de ce chapitre Le troisième volet de notre site a évoqué la gestion française de quatre grands domaines : l’éducation, l’emploi, les retraites et la santé. On tente ici une synthèse de ces quatre chapitres ; certaines affirmations, parfois tranchées, sont à nos yeux justifiées par les analyses contenues dans ces chapitres. La France de la Révolution opposait au monde des privilèges ceux du labeur et de la taille. Puis l’industrialisation fit s’affronter les propriétaires du capital productif aux prolétaires. La nécessité d’une protection sociale a grandi pour devenir criante lors de la crise économique des années trente. Il fallut cependant attendre la Libération pour que soit édifié notre État-providence. En couvrant le risque du chômage, en finançant les dépenses de santé et les retraites et en assurant une éducation poussée, la société française entendait prévenir les affrontements qui avaient ensanglanté son histoire et, au cours des « trente glorieuses », elle bénéficia de ces progrès qui avaient été tant souhaités : l’état de santé de la population comme le niveau d’éducation de la majorité s’améliorèrent ; le nombre de personnes âgées sans ressources chuta. Mais le dernier quart du XXe siècle fit apparaître de nouvelles fractures dans la société française. En tirant parti, au plan mondial, des activités de service comme des nouvelles technologies (voir le chapitre 21 de notre site), le capitalisme a connu une nouvelle vigueur. L’ouverture sur l’Europe et sur un monde très concurrentiel a plongé la France dans cet univers en mouvement et engendré des effets très positifs ; le produit national s’est accru et l’inflation a disparu. Le secteur privé s’est transformé. Profondément mais durement. Mobilité et flexibilité grandirent apportant progrès mais souffrances. Les relations d’emploi ont été fragilisées ; le nombre de postes au travail non qualifié a subi une réduction massive ; l’ascension sociale a été ralentie ; le chômage de longue durée s’est développé. Une large fraction des immigrés des années soixante et de ceux qui avaient connu l’échec scolaire, a été comme exclue de notre société et souvent reléguée dans des quartiers urbains que le reste de la population abandonnait. En même temps, et comme en réaction en face du torrent qui dévalait, les Français devenaient plus autonomes tout en s’accrochant, dans leur majorité, aux concepts propres au « modèle français » (voir le chapitre 11), qui donne à l’État un rôle prééminent. Or, face à un monde en mouvement, notre État peinait à évoluer. Sa direction a fini par être dominée par une société trop fermée, les deux grands partis de gouvernement étant contrôlés par un nombre limité de hauts fonctionnaires. Son aggiornamento était également freiné par des formations syndicales corporatistes, dont la fragmentation poussait aux surenchères plus qu’aux négociations. Au lieu d’engager un débat sur les finalités qui, dans des circonstances tout à fait nouvelles par rapport à celles des années cinquante, devenaient celles de notre énorme appareil social, nos gouvernants ont utilisé les ressources de ce dernier pour développer une culture d’assistance. Et ce ne sont pas les moins bien nantis qui en ont profité au premier chef mais ceux dont la sécurité de l’emploi était garantie ou ceux qui, ayant reçu une bonne formation, s’adaptaient au monde contemporain. Ces catégories ont été les plus grands bénéficiaires des prestations de l’État-providence qu’il s’agisse de la santé (chapitre 34), des retraites (33) de l’éducation (31) voire de l’emploi (32). Des corporations, dans le secteur public mais aussi dans le corps médical ou chez les agriculteurs, ont profité d’une gestion soumise à un fort clientélisme pour accroître leurs revenus. Davantage résignés à la construction européenne que convaincus de sa nécessité, les gestionnaires de l’État sont restés par trop jacobins et, tandis que les vertus de la décentralisation étaient redécouvertes par les entreprises, elles ne furent, au sein du secteur public, reconnues que tardivement et partiellement. Dans la plupart des domaines, la vie sociale reste administrée ; les citoyens, leurs associations ou les syndicats ne sont associés ni à la conception ni à la gestion. Rigide, cette dernière, s’adapte mal aux besoins changeants des citoyens et gaspille souvent les moyens qui lui sont confiés. Si les auteurs de ce site croient à la nécessité absolue d’un État respecté, ils protestent contre la « défense du service public » lorsqu’elle ne couvre que le conservatisme ou les gaspillages. Distribution mal contrôlée de prestations - dont le tableau de la page 13 donne les montants - et gestion inefficace : la France s’est distinguée de la plupart de ses partenaires européens, y compris des plus « sociaux » d’entre eux, en ne parvenant pas à freiner l’accroissement des prestations sociales en proportion du PIB. Éducation et aide au logement comprises, elles absorbent près de 40 % du PIB. En dépit de ces ressources considérables, l’État-providence n’est pas parvenu à résorber l’exclusion. Pire, il a favorisé son extension. La multitude de mesures prises en faveur de l’emploi, fort coôteuse, en fournit une accablante illustration ; bon an mal an, le chômage a grandi, faute de s’attaquer franchement à sa cause essentielle : le manque d’instruction de base comme de formation professionnelle et continue d’un très grand nombre de nos concitoyens. La France n’a pas su élaborer et appliquer les politiques - qu’il s’agisse de l’éducation, du logement, de la sécurité et de la représentation - qui auraient permis au plus grand nombre des immigrés et de leurs familles de s’intégrer dans la collectivité française. Est-il vraiment trop tard pour entreprendre ces politiques et proposer aux minorités des contrats d’intégration ? L’État n’a pas davantage aidé les citoyens et leurs systèmes de protection à affronter l’autre grand phénomène du demi-siècle écoulé : le formidable effet d’accordéon de la démographie. Nous n’avons pas su constituer des réserves collectives pendant la période de « vaches grasses » (économiques et démographiques) au sein de systèmes de capitalisation gérés de façon prudente de façon à préparer la phase de « vaches maigres » (croissance ralentie, davantage de retraités, moins de cotisants). L’épargne française, très abondante, a servi à financer les déficits résultant de la mauvaise gestion du secteur public. Pendant ce temps, les fonds de pension anglo-saxons, éléments clefs du capitalisme conquérant, prenaient de fortes positions dans le capital de maintes de nos grandes firmes. Il est également frappant de voir que la fraction des Français qui ont un emploi a été réduite à moins de 40 % de la population, un quart de ceux qui travaillent relevant du secteur public. Au total, en refusant de faire face aux évolutions qui la touchaient, la société française s’est affaiblie. Oui, la conception et les termes du Contrat-social qui lie les Français entre eux méritent d’être repensés.

36.1 Trop peu d’actifs dans la population page 36.2 Un système qui exclut est-il « social » ? page 136.3 Une démocratie au rabais page 236 - Graphiques page 336 - Table des matières page 3

La table des matières détaillée et, pour des raisons techniques, les graphiques sont rejetés à la fin du chapitre. Nous suggérons fortement à nos visiteurs d’avoir les graphiques sous les yeux lorsqu’ils liront le texte.

36.1 Trop peu d’actifs : l’économie est affaiblie Les adultes d’aujourd’hui ont fréquenté une école qui ne les a guère préparés à l’observation des faits et, notamment, des faits de société ; la perception qu’ils ont des réalités économiques et démographiques est limitée. Par ailleurs, le « modèle français » encombre nos esprits de références historiques. On y puise volontiers pour justifier des prises de position passionnelles. Ainsi la France a-t-elle du mal à comprendre et à accepter des évolutions qui commandent aussi bien le financement des retraites que la montée du chômage. La majorité des Français ne croit-elle pas que le travail est rare, qu’il faut donc le partager et que l’État se doit de présider à ce partage (chapitre 32 de notre site) ? Cette conception explique, pensons-nous, que la proportion des Français actifs dans le secteur privé soit une des plus faibles du monde occidental et que les allocations se soient développées au détriment des revenus de l’activité ; elle gêne ceux de nos gouvernements qui ont la volonté d’adapter notre système social aux réalités de notre temps. Elle rend la France peu attractive pour ceux qui veulent entreprendre.

Évolution 1975-2000 (1) Population Emploi États-Unis + 28 % + 57% France + 12 % + 11% 36.1.1 Trop peu d’actifs dans la population La structure de la population française a été largement déformée par les politiques menées. 36.1.1.1 Entrée tardive des jeunes au travail Certains jeunes suivent des formations longues dont l’adaptation à leurs personnalités et au marché du travail est problématique. C’est tardivement que beaucoup d’entre eux entreront souvent dans la vie active après avoir connu un chômage prolongé. Très nombreux sont d’autres jeunes qui cherchent un emploi sans avoir de réelle formation. C’est en effet avec un grand retard que les responsables de l’éducation nationale se disent décidés à lutter contre l’illettrisme, obstacle évidemment rédhibitoire à l’obtention de la plupart des emplois. En outre, les filières créées dans nos collèges et lycées - corollaire de sélections trop précoces - ont absorbé les quatre-cinquièmes du nouveau public des collèges. On peut donc se demander si elles n’ont pas été le moyen de maintenir les enfants les plus défavorisés à l’écart de l’enseignement « haut de gamme » qui leur avait été en principe ouvert (voir sur ces questions le chapitre 31 de notre site). Enfin l’État a financé la création de 350 000 emplois-jeunes qui, trop souvent, ont différé l’accès des intéressés à de vrais emplois. 36.1.1.2 Départ précoce en retraite Une combinaison malencontreuse de facteurs a généralisé le départ en retraite à soixante ans, voire avant cet âge. Primo, on ne dit pas assez que la généralisation de l’enseignement secondaire a été tardive en France et que notre formation continue bénéficie rarement aux peu qualifiés. Ainsi, lorsque des technologies nouvelles apparaissent, les salariés sans formation suffisante ont des difficultés à s’adapter. Secundo, dans certaines branches en croissance mais oò la compétition est forte - c’est le cas de l’automobile par exemple - la productivité a été recherchée avec tant de vigueur que les effectifs ont été réduits en commençant par les plus âgés. L’idée s’est répandue dans notre pays, chez les employeurs comme chez les demandeurs d’emploi, qu’un quinquagénaire était difficilement embauchable. Tertio, maints ouvriers ayant travaillé dur depuis leur plus jeune âge, leur légitime désir de partir en retraite avant d’être trop âgé est devenu une revendication populaire. Finalement, l’évolution a été la suivante :

% d’hommes âgés de 55 à 64 ans au travail (2) 1 971 995 France 74Allemagne 655 États-Unis 76Japon 85 85 36.1.1.3 Beaucoup de consommateurs et peu de producteurs Si l’on considère l’ensemble des actifs, la fraction de la population française effectivement au travail a régressé tandis qu’elle augmentait aux États-Unis. Voir le graphique 1. De surcroît, nous avons continué à accroître la place de l’emploi public alors que les pays similaires au nôtre la limitaient. Voir le graphique 2. Dans nombre de villes françaises les plus gros employeurs sont la municipalité et l’hôpital. Aussi, les Français qui, déclarés, travaillent dans le secteur privé représentent-ils moins de 30 % de l’ensemble de la population totale ! Certains départements, notamment dans le midi de la France ou certaines villes comme Marseille accentuent encore ces tendances. La vulnérabilité de notre situation a été accrue par la réduction des horaires hebdomadaires (les 35 heures) et l’allongement du temps de vacances. Les Français sont, dans le monde occidental ceux qui ont le temps de travail le plus réduit. Dans le même temps, mais nous ne sommes pas le seul pays à aller dans cette voie, en abaissant les charges sociales sur les bas salaires (ce qui conduit à les augmenter sur les autres) nous avons fait subventionner le travail non qualifié par les emplois plus qualifiés. Au nom d’objectifs sociaux, furent développées des allocations de natures diverses de sorte que des esprits qui sont loin d’être rétrogrades se sont interrogés : « croit-on qu’une société puisse maintenir sa protection sociale en l’état avec une frange réduite d’actifs prise entre deux cohortes grandissantes, celle des jeunes poursuivant tard leurs études, et celle des personnes dites âgées, prenant tôt leur retraite, vivant de plus en plus vieilles, exigeant des soins coôteux dans les dernières années de leur vie ? » (3) Grand nombre d’allocataires et peu d’actifs : est-il étonnant que ces derniers ressentent le poids des prélèvements fiscaux et sociaux ? On se souvient que la hausse des impôts de l’été 1995 a provoqué une chute brutale de la popularité du tandem Chirac-Juppé qui ne faisait pourtant qu’arriver au pouvoir (voir le graphique 3 en fin de document). Parallèlement à la déformation de la population active a eu lieu celle des revenus 36.1.2 Moins de salaire, plus d’allocations Dans les années quatre-vingt, c’est moins comme salariés qu’en tant qu’assurés sociaux, retraités ou allocataires que les Français ont vu leurs ressources augmenter. Les prestations sociales se sont accrues de 2 % en 2000, 4 % en 2001 et 5 % en 2002. Voir le graphique 4. 36.1.2.1 Travail et salaire vs allocations « Pour près de 70 % de la population - ouvriers, employés, inactifs - les prestations sociales sont supérieures aux rémunérations du travail ou du capital. » (4) De 1970 à 1995, la population couverte par les « minima sociaux » est passée de 3 à plus de 5 millions de personnes. Parallèlement si, au début des années quatre-vingt, à 100 francs de salaire correspondaient 50 FF de cotisations et impôts, ce total atteint voire dépasse aujourd’hui 100 francs. Le niveau artificiellement relevé du SMIC explique sans doute, pour une bonne part, que notre productivité horaire soit l’une des plus fortes du monde occidental. Cependant, comme nous travaillons peu d’heures dans la semaine, dans l’année et dans une vie, notre PIB par tête qui, au début des années quatre-vingt-dix était supérieur au PIB moyen de l’Europe, lui est désormais inférieur. (5) Notre place dans les exportations de la zone euro s’effrite. Ministre de l’Économie, Pierre Bérégovoy écrivait : « Le traitement social du chômage, dont le coôt budgétaire est considérable, aboutit finalement à une réduction de l’activité économique, génératrice de chômeurs nouveaux. » (6) Concernant la prime pour l’emploi (ou l’impôt négatif sur le revenu) nous dirons ici nos doutes. Il s’agit toujours de subventionner, pour améliorer les statistiques, des emplois peu valorisés au lieu de s’attaquer aux vraies causes : illettrisme et formation professionnelle insuffisante. Oui, handicap économique et inefficacité sociale se sont conjugués. « La France est en haut du classement pour le prélèvement mais non pour la redistribution aux plus pauvres. » (7) « Toutes les statistiques montrent que les inégalités ne régressent malheureusement plus » reconnaît un autre ministre de l’économie socialiste. (8) Nos analyses des mesures sociales confirment que, loin de privilégier les catégories sociales les plus défavorisées, elles bénéficient largement aux personnes les mieux éduquées. Les prélèvements collectifs ont eu un autre effet : le développement du travail « au noir ». TVA, SMIC et cotisations sociales comme l’existence d’un grand nombre de chômeurs, de RMistes, et de quelque 200 000 à 300 000 « sans papiers » ont encouragé ou permis le travail non déclaré. Les services de la Commission européenne estiment que cette activité excéderait 10 % de notre PIB (9) ce qui correspondrait à une fraction considérable de la production privée même si certaines baisses de taux de la TVA ont, heureusement, commencé à lutter contre ce phénomène. En réalité toute l’Europe occidentale est confrontée aux mêmes phénomènes. Sa population vieillit et son système de protection sociale aussi de sorte que les plus âgés et les plus habiles demandent des prestations croissantes au moment oò la compétitivité et la croissance, dans une économie très concurrentielle, diminuent. La révision du système s’est donc imposée partout. Notre pays aura été un de ceux qui ont réagi le plus tardivement. C’est-à-dire avec le moins de courage. 36.1.2.2 Une orientation malencontreuse de l’épargne Fait frappant, l’épargne française est restée une des plus forte du monde occidental. Mais les conceptions qui conduisirent à développer les allocations au détriment des revenus d’activité ont également inspiré la façon dont les pouvoirs publics ont, par la fiscalité et leurs propres opérations, orienté cette épargne. Les rentes ont été encouragées et non la prise de risque. « La hiérarchie des avantages consentis aux diverses formes d’épargne est, dans l’ensemble, inverse de leur intérêt économique. De ce point de vue, ce sont les fonds propres qui présentent la plus grande importance. Ils sont les plus nécessaires aux gestions innovatrices et dynamiques. L’épargne liquide, en revanche, ne présente qu’un intérêt médiocre. » (10) Or, bien qu’une part prépondérante des capitaux déposés sur le livret A appartienne à des personnes aux revenus élevés, ce livret a été considéré comme une vache sacrée tant en ce qui concerne son exonération fiscale que son taux. On a rappelé, au chapitre 12, les faveurs excessives accordées par l’État à ses propres titres, sans risque, notamment lorsqu’ils étaient logés dans le cadre de contrats d’assurance-vie. Cet énorme placement des fonds - plus de 3000 milliards de FF, près de 500 milliards d’euros - n’était-il pas indispensable pour financer les déficits publics ? Pendant ce temps, les États-Unis invitaient leurs citoyens à préparer leurs retraites dans le cadre de fonds de pension qui ont été un des grands moteurs du sursaut capitaliste de la fin du XXe siècle. Très bénéfiques à long terme, les placements de ces fonds ont, certes, connu, à plusieurs reprises des phases de baisse prononcées. Parmi ces placements figurent désormais des positions clefs dans le capital des grandes sociétés françaises. Notre fiscalité et nos comportements n’avaient pas incité nos institutions d’épargne ou les individus à opérer une telle réorientation. 36.1.3 État et protection sociale en porte à faux Notre gestion collective a laissé se créer des déficits très excessifs par leur niveau et leur continuité ; elle n’a pas su contrôler les dépenses et les ajuster aux recettes. 36.1.3.1 Des déficits plus élevés qu’on ne le dit Accepter le déficit des finances publiques - celles de l’État stricto sensu ou, ce qui a plus de sens, l’ensemble des dépenses collectives, Sécurité sociale comprise - signifie que les parents transfèrent à leurs enfants le soin d’acquitter l’excédent de charges qu’ils n’ont pas le courage de solder. C’est ce que nous avons fait. Et la gestion des affaires publiques a été plus laxiste que les chiffres habituellement cités ne le disent. Aux déficits répétés et visibles de l’État et de la Sécurité Sociale et à l’endettement qui en a été la contrepartie obligée, il faut, en effet, ajouter la dette afférente aux pensions de retraite promises mais non provisionnées. Grosso modo, cet ajout a pour effet de doubler notre dette publique (chapitres 12 et 33). 36.1.3.2 Des dépenses mal contrôlées Qu’il s’agisse de la santé publique, des retraites financées par des systèmes obligatoires ou des mesures prises en faveur de l’emploi, les chapitres qui traitent de ces questions montrent que la France dépense globalement beaucoup et parfois inutilement. Plus que la majorité de ses partenaires. Dans les dix dernières années elle n’a pas mené avec la même énergie que la plupart d’entre eux une révision des objectifs et des méthodes de l’État-providence (11) :

Dépenses publiques en % du PIB France Zone euro Écart 19850 % 47 % 3 % 19954 % 50 % 4 % 20051 % 45 % 6 % 36.1.3.3 Des recettes qui n’ont plus cours Voici plus de vingt ans, en mars 1983, la France, après s’être voulue terre d’un socialisme à la française, faisait un choix décisif : elle insérait décidément son économie et, par conséquent ses finances publiques, dans l’espace européen. Mais, aujourd’hui encore, elle est loin d’avoir tiré toutes les conséquences de ce choix. Il est clair, pourtant, qu’on ne peut plus utiliser les vieilles « recettes » - au double sens du mot - qui permettaient de combler nos déficits : - L’inflation qui réduisait la valeur des dettes, et son corollaire la dévaluation ? Le traité de Maastricht et l’euro ont, normalement, mis un terme à ces pratiques, traditionnelles dans le Royaume de France. - L’endettement ? peut-on y recourir alors que, formellement, nous sommes proches de la limite fixée par le traité de Maastricht et que notre endettement réel, en y comprenant les engagements non provisionnés pris à l’égard des futurs retraités, a atteint un niveau record en Europe ? - Les cotisations et des taxes ? Peut-on relever substantiellement leur niveau qui est déjà l’un des plus hauts d’Europe et dont le rendement - phénomène classique lorsque la pression fiscale devient forte - baisse. Et les citoyens acceptent fort mal les relèvements substantiels des prélèvements obligatoires. Revoir le graphique 3. En ne parvenant pas à conduire les indispensables réformes de l’État-providence et en ayant recours à la vieille arme régalienne - la hausse des prélèvements - la droite s’était usée. La « gauche plurielle » n’a pas su profiter de la croissance retrouvée entre 1997 et 2000 pour alléger le poids de la dépense collective. 36.1.4 La collectivité française est-elle compétitive ? Que les relations entre pays occidentaux et, particulièrement entre nations européennes, soient devenues pacifiques ne supprime pas la compétition. Le champ a été déplacé. Si un pays veut améliorer le sort de ses habitants il doit être aussi habile que ses voisins, en particulier dans la manière dont il gère ses affaires communes. Si les services collectifs sont médiocres ou trop chers ils serviront de repoussoir pour les individus et les entreprises. Les arrivées d’étrangers, individus ou capitaux ne compenseront pas les départs de nationaux. On peut débattre de la proportion du PIB qu’une nation doit consacrer à l’éducation et à la protection sociale des citoyens. Les Suédois ne se portent-ils pas mieux que les Grecs ? Mais, dès lors que la protection sociale cesse d’être assurée par des mécanismes d’assurance professionnels pour être financée par l’impôt, les services publics sont tenus de justifier leur qualité et de la rapprocher du montant des prélèvements. On peut être cher mais compétitif si l’on est excellent. Si l’on est médiocre il ne faut pas être trop onéreux. L’émigration des Français s’était arrêtée avec la fin de notre empire colonial mais le phénomène a commencé à se manifester à nouveau et trois facteurs permettent de penser qu’il pourrait s’amplifier dans les années à venir. Primo, pour les jeunes, l’Europe se banalise. Voyages rapides, monnaie commune, usage des langues étrangères, échanges universitaires : partir pour Londres, Dublin ou Berlin devient courant. Or, secundo, maints pays européens, et nos voisins les plus proches notamment, ont connu un effondrement de leur natalité. Les enfants du baby boom arrivant à l’âge de la retraite, la demande de main d’œuvre va grandir dans toute l’Europe et sera difficile à satisfaire dans une conjoncture économique convenable. (12) Tertio, le poids des prélèvements qu’on a rappelé, incitera maints jeunes à miser sur un revenu net immédiat quitte à bénéficier d’une couverture-maladie ou retraite moins généreuse, considérations qu’on minimise à cet âge. Une étude du bureau Francis Lefebvre pour Paris Europlace montre que pour offrir à un couple marié avec deux enfants un revenu annuel net de 70 000 euros (450 000 francs), l’employeur débourse 175 000 euros en France et à peine plus de 100 000 en Angleterre. L’économie française risque de perdre des jeunes dynamiques dont l’éducation a été onéreuse, dans une phase de leur existence oò ils coôtent peu à la nation. En 1989, les prélèvements obligatoires étaient aux Pays-Bas supérieurs de deux points aux nôtres ; dix ans plus tard, ils étaient inférieurs de près de six points. Quelle perte de compétitivité fiscale ! Émigrer : n’est-ce pas également ce que les entreprises françaises sont en train de faire ? L’expansion internationale de nos firmes, elle aussi conforme aux tendances de notre époque, limite la création d’emplois chez nous. Les investissements de nos entreprises sur notre sol ont été médiocres pour être, hors de France, au cours des dernières années, considérables, excédant, de plus en plus les investissements étrangers chez nous.

Investissements directs à l’étranger Milliards $ (1
 
36 une societe affaiblie 36. 0 resume de ce chapitre le troisieme volet de notre site a evoque la gestion francaise de quatre grands domaines: l'education, l'emploi, les retraites et la sante. on tente ici une synthese de ces quatre chapitres; certaines affirmations, parfois tranchees, sont a nos yeux justifiees par les analyses contenues dans ces chapitres. la france de la revolution opposait au monde des privileges ceux du labeur et de la taille. puis l'industrialisation fit s'affronter les proprietaires du capital productif aux proletaires. la necessite d'une protection sociale a grandi pour devenir criante lors de la crise economique des annees trente. il fallut cependant attendre la liberation pour que soit edifie notre etat-providence. en couvrant le risque du chomage, en financant les depenses de sante et les retraites et en assurant une education poussee, la societe francaise entendait prevenir les affrontements qui avaient ensanglante son histoire et, au cours des "trente glorieuses", elle beneficia de ces progres qui avaient ete tant souhaites: l'etat de sante de la population comme le niveau d'education de la majorite s'ameliorerent; le nombre de personnes agees sans ressources chuta. mais le dernier quart du xxe siecle fit apparaitre de nouvelles fractures dans la societe francaise. en tirant parti, au plan mondial, des activites de service comme des nouvelles technologies (voir le chapitre 21 de notre site), le capitalisme a connu une nouvelle vigueur. l'ouverture sur l'europe et sur un monde tres concurrentiel a plonge la france dans cet univers en mouvement et engendre des effets tres positifs; le produit national s'est accru et l'inflation a disparu. le secteur prive s'est transforme. profondement mais durement. mobilite et flexibilite grandirent apportant progres mais souffrances. les relations d'emploi ont ete fragilisees; le nombre de postes au travail non qualifie a subi une reduction massive; l'ascension sociale a ete ralentie; le chomage de longue duree s'est developpe. une large fraction des immigres des annees soixante et de ceux qui avaient connu l'echec scolaire, a ete comme exclue de notre societe et souvent releguee dans des quartiers urbains que le reste de la population abandonnait. en meme temps, et comme en reaction en face du torrent qui devalait, les francais devenaient plus autonomes tout en s'accrochant, dans leur majorite, aux concepts propres au "modele francais" (voir le chapitre 11), qui donne a l'etat un role preeminent. or, face a un monde en mouvement, notre etat peinait a evoluer. sa direction a fini par etre dominee par une societe trop fermee, les deux grands partis de gouvernement etant controles par un nombre limite de hauts fonctionnaires. son aggiornamento etait egalement freine par des formations syndicales corporatistes, dont la fragmentation poussait aux surencheres plus qu'aux negociations. au lieu d'engager un debat sur les finalites qui, dans des circonstances tout a fait nouvelles par rapport a celles des annees cinquante, devenaient celles de notre enorme appareil social, nos gouvernants ont utilise les ressources de ce dernier pour developper une culture d'assistance. et ce ne sont pas les moins bien nantis qui en ont profite au premier chef mais ceux dont la securite de l'emploi etait garantie ou ceux qui, ayant recu une bonne formation, s'adaptaient au monde contemporain. ces categories ont ete les plus grands beneficiaires des prestations de l'etat-providence qu'il s'agisse de la sante (chapitre 34), des retraites (33) de l'education (31) voire de l'emploi (32). des corporations, dans le secteur public mais aussi dans le corps medical ou chez les agriculteurs, ont profite d'une gestion soumise a un fort clientelisme pour accroitre leurs revenus. davantage resignes a la construction europeenne que convaincus de sa necessite, les gestionnaires de l'etat sont restes par trop jacobins et, tandis que les vertus de la decentralisation etaient redecouvertes par les entreprises, elles ne furent, au sein du secteur public, reconnues que tardivement et partiellement. dans la plupart des domaines, la vie sociale reste administree; les citoyens, leurs associations ou les syndicats ne sont associes ni a la conception ni a la gestion. rigide, cette derniere, s'adapte mal aux besoins changeants des citoyens et gaspille souvent les moyens qui lui sont confies. si les auteurs de ce site croient a la necessite absolue d'un etat respecte, ils protestent contre la "defense du service public" lorsqu'elle ne couvre que le conservatisme ou les gaspillages. distribution mal controlee de prestations - dont le tableau de la page 13 donne les montants - et gestion inefficace: la france s'est distinguee de la plupart de ses partenaires europeens, y compris des plus "sociaux" d'entre eux, en ne parvenant pas a freiner l'accroissement des prestations sociales en proportion du pib. education et aide au logement comprises, elles absorbent pres de 40 % du pib. en depit de ces ressources considerables, l'etat-providence n'est pas parvenu a resorber l'exclusion. pire, il a favorise son extension. la multitude de mesures prises en faveur de l'emploi, fort couteuse, en fournit une accablante illustration; bon an mal an, le chomage a grandi, faute de s'attaquer franchement a sa cause essentielle: le manque d'instruction de base comme de formation professionnelle et continue d'un tres grand nombre de nos concitoyens. la france n'a pas su elaborer et appliquer les politiques - qu'il s'agisse de l'education, du logement, de la securite et de la representation - qui auraient permis au plus grand nombre des immigres et de leurs familles de s'integrer dans la collectivite francaise. est-il vraiment trop tard pour entreprendre ces politiques et proposer aux minorites des contrats d'integration? l'etat n'a pas davantage aide les citoyens et leurs systemes de protection a affronter l'autre grand phenomene du demi-siecle ecoule: le formidable effet d'accordeon de la demographie. nous n'avons pas su constituer des reserves collectives pendant la periode de "vaches grasses" (economiques et demographiques) au sein de systemes de capitalisation geres de facon prudente de facon a preparer la phase de "vaches maigres" (croissance ralentie, davantage de retraites, moins de cotisants). l'epargne francaise, tres abondante, a servi a financer les deficits resultant de la mauvaise gestion du secteur public. pendant ce temps, les fonds de pension anglo-saxons, elements clefs du capitalisme conquerant, prenaient de fortes positions dans le capital de maintes de nos grandes firmes. il est egalement frappant de voir que la fraction des francais qui ont un emploi a ete reduite a moins de 40 % de la population, un quart de ceux qui travaillent relevant du secteur public. au total, en refusant de faire face aux evolutions qui la touchaient, la societe francaise s'est affaiblie. oui, la conception et les termes du contrat-social qui lie les francais entre eux meritent d'etre repenses.

36.1 trop peu d'actifs dans la population page 36.2 un systeme qui exclut est-il "social"? page 136.3 une democratie au rabais page 236 - graphiques page 336 - table des matieres page 3

la table des matieres detaillee et, pour des raisons techniques, les graphiques sont rejetes a la fin du chapitre. nous suggerons fortement a nos visiteurs d'avoir les graphiques sous les yeux lorsqu'ils liront le texte.

36.1 trop peu d'actifs: l'economie est affaiblie les adultes d'aujourd'hui ont frequente une ecole qui ne les a guere prepares a l'observation des faits et, notamment, des faits de societe; la perception qu'ils ont des realites economiques et demographiques est limitee. par ailleurs, le "modele francais" encombre nos esprits de references historiques. on y puise volontiers pour justifier des prises de position passionnelles. ainsi la france a-t-elle du mal a comprendre et a accepter des evolutions qui commandent aussi bien le financement des retraites que la montee du chomage. la majorite des francais ne croit-elle pas que le travail est rare, qu'il faut donc le partager et que l'etat se doit de presider a ce partage (chapitre 32 de notre site)? cette conception explique, pensons-nous, que la proportion des francais actifs dans le secteur prive soit une des plus faibles du monde occidental et que les allocations se soient developpees au detriment des revenus de l'activite; elle gene ceux de nos gouvernements qui ont la volonte d'adapter notre systeme social aux realites de notre temps. elle rend la france peu attractive pour ceux qui veulent entreprendre.

evolution 1975-2000 (1) population emploi etats-unis + 28 % + 57% france + 12 % + 11% 36.1.1 trop peu d'actifs dans la population la structure de la population francaise a ete largement deformee par les politiques menees. 36.1.1.1 entree tardive des jeunes au travail certains jeunes suivent des formations longues dont l'adaptation a leurs personnalites et au marche du travail est problematique. c'est tardivement que beaucoup d'entre eux entreront souvent dans la vie active apres avoir connu un chomage prolonge. tres nombreux sont d'autres jeunes qui cherchent un emploi sans avoir de reelle formation. c'est en effet avec un grand retard que les responsables de l'education nationale se disent decides a lutter contre l'illettrisme, obstacle evidemment redhibitoire a l'obtention de la plupart des emplois. en outre, les filieres creees dans nos colleges et lycees - corollaire de selections trop precoces - ont absorbe les quatre-cinquiemes du nouveau public des colleges. on peut donc se demander si elles n'ont pas ete le moyen de maintenir les enfants les plus defavorises a l'ecart de l'enseignement "haut de gamme" qui leur avait ete en principe ouvert (voir sur ces questions le chapitre 31 de notre site). enfin l'etat a finance la creation de 350 000 emplois-jeunes qui, trop souvent, ont differe l'acces des interesses a de vrais emplois. 36.1.1.2 depart precoce en retraite une combinaison malencontreuse de facteurs a generalise le depart en retraite a soixante ans, voire avant cet age. primo, on ne dit pas assez que la generalisation de l'enseignement secondaire a ete tardive en france et que notre formation continue beneficie rarement aux peu qualifies. ainsi, lorsque des technologies nouvelles apparaissent, les salaries sans formation suffisante ont des difficultes a s'adapter. secundo, dans certaines branches en croissance mais ou la competition est forte - c'est le cas de l'automobile par exemple - la productivite a ete recherchee avec tant de vigueur que les effectifs ont ete reduits en commencant par les plus ages. l'idee s'est repandue dans notre pays, chez les employeurs comme chez les demandeurs d'emploi, qu'un quinquagenaire etait difficilement embauchable. tertio, maints ouvriers ayant travaille dur depuis leur plus jeune age, leur legitime desir de partir en retraite avant d'etre trop age est devenu une revendication populaire. finalement, l'evolution a ete la suivante:

% d'hommes ages de 55 a 64 ans au travail (2) 1 971 995 france 74allemagne 655 etats-unis 76japon 85 85 36.1.1.3 beaucoup de consommateurs et peu de producteurs si l'on considere l'ensemble des actifs, la fraction de la population francaise effectivement au travail a regresse tandis qu'elle augmentait aux etats-unis. voir le graphique 1. de surcroit, nous avons continue a accroitre la place de l'emploi public alors que les pays similaires au notre la limitaient. voir le graphique 2. dans nombre de villes francaises les plus gros employeurs sont la municipalite et l'hopital. aussi, les francais qui, declares, travaillent dans le secteur prive representent-ils moins de 30 % de l'ensemble de la population totale! certains departements, notamment dans le midi de la france ou certaines villes comme marseille accentuent encore ces tendances. la vulnerabilite de notre situation a ete accrue par la reduction des horaires hebdomadaires (les 35 heures) et l'allongement du temps de vacances. les francais sont, dans le monde occidental ceux qui ont le temps de travail le plus reduit. dans le meme temps, mais nous ne sommes pas le seul pays a aller dans cette voie, en abaissant les charges sociales sur les bas salaires (ce qui conduit a les augmenter sur les autres) nous avons fait subventionner le travail non qualifie par les emplois plus qualifies. au nom d'objectifs sociaux, furent developpees des allocations de natures diverses de sorte que des esprits qui sont loin d'etre retrogrades se sont interroges: "croit-on qu'une societe puisse maintenir sa protection sociale en l'etat avec une frange reduite d'actifs prise entre deux cohortes grandissantes, celle des jeunes poursuivant tard leurs etudes, et celle des personnes dites agees, prenant tot leur retraite, vivant de plus en plus vieilles, exigeant des soins couteux dans les dernieres annees de leur vie?" (3) grand nombre d'allocataires et peu d'actifs: est-il etonnant que ces derniers ressentent le poids des prelevements fiscaux et sociaux? on se souvient que la hausse des impots de l'ete 1995 a provoque une chute brutale de la popularite du tandem chirac-juppe qui ne faisait pourtant qu'arriver au pouvoir (voir le graphique 3 en fin de document). parallelement a la deformation de la population active a eu lieu celle des revenus 36.1.2 moins de salaire, plus d'allocations dans les annees quatre-vingt, c'est moins comme salaries qu'en tant qu'assures sociaux, retraites ou allocataires que les francais ont vu leurs ressources augmenter. les prestations sociales se sont accrues de 2 % en 2000, 4 % en 2001 et 5 % en 2002. voir le graphique 4. 36.1.2.1 travail et salaire vs allocations "pour pres de 70 % de la population - ouvriers, employes, inactifs - les prestations sociales sont superieures aux remunerations du travail ou du capital." (4) de 1970 a 1995, la population couverte par les "minima sociaux" est passee de 3 a plus de 5 millions de personnes. parallelement si, au debut des annees quatre-vingt, a 100 francs de salaire correspondaient 50 ff de cotisations et impots, ce total atteint voire depasse aujourd'hui 100 francs. le niveau artificiellement releve du smic explique sans doute, pour une bonne part, que notre productivite horaire soit l'une des plus fortes du monde occidental. cependant, comme nous travaillons peu d'heures dans la semaine, dans l'annee et dans une vie, notre pib par tete qui, au debut des annees quatre-vingt-dix etait superieur au pib moyen de l'europe, lui est desormais inferieur. (5) notre place dans les exportations de la zone euro s'effrite. ministre de l'economie, pierre beregovoy ecrivait: "le traitement social du chomage, dont le cout budgetaire est considerable, aboutit finalement a une reduction de l'activite economique, generatrice de chomeurs nouveaux." (6) concernant la prime pour l'emploi (ou l'impot negatif sur le revenu) nous dirons ici nos doutes. il s'agit toujours de subventionner, pour ameliorer les statistiques, des emplois peu valorises au lieu de s'attaquer aux vraies causes: illettrisme et formation professionnelle insuffisante. oui, handicap economique et inefficacite sociale se sont conjugues. "la france est en haut du classement pour le prelevement mais non pour la redistribution aux plus pauvres." (7) "toutes les statistiques montrent que les inegalites ne regressent malheureusement plus" reconnait un autre ministre de l'economie socialiste. (8) nos analyses des mesures sociales confirment que, loin de privilegier les categories sociales les plus defavorisees, elles beneficient largement aux personnes les mieux eduquees. les prelevements collectifs ont eu un autre effet: le developpement du travail "au noir". tva, smic et cotisations sociales comme l'existence d'un grand nombre de chomeurs, de rmistes, et de quelque 200 000 a 300 000 "sans papiers" ont encourage ou permis le travail non declare. les services de la commission europeenne estiment que cette activite excederait 10 % de notre pib (9) ce qui correspondrait a une fraction considerable de la production privee meme si certaines baisses de taux de la tva ont, heureusement, commence a lutter contre ce phenomene. en realite toute l'europe occidentale est confrontee aux memes phenomenes. sa population vieillit et son systeme de protection sociale aussi de sorte que les plus ages et les plus habiles demandent des prestations croissantes au moment ou la competitivite et la croissance, dans une economie tres concurrentielle, diminuent. la revision du systeme s'est donc imposee partout. notre pays aura ete un de ceux qui ont reagi le plus tardivement. c'est-a-dire avec le moins de courage. 36.1.2.2 une orientation malencontreuse de l'epargne fait frappant, l'epargne francaise est restee une des plus forte du monde occidental. mais les conceptions qui conduisirent a developper les allocations au detriment des revenus d'activite ont egalement inspire la facon dont les pouvoirs publics ont, par la fiscalite et leurs propres operations, oriente cette epargne. les rentes ont ete encouragees et non la prise de risque. "la hierarchie des avantages consentis aux diverses formes d'epargne est, dans l'ensemble, inverse de leur interet economique. de ce point de vue, ce sont les fonds propres qui presentent la plus grande importance. ils sont les plus necessaires aux gestions innovatrices et dynamiques. l'epargne liquide, en revanche, ne presente qu'un interet mediocre." (10) or, bien qu'une part preponderante des capitaux deposes sur le livret a appartienne a des personnes aux revenus eleves, ce livret a ete considere comme une vache sacree tant en ce qui concerne son exoneration fiscale que son taux. on a rappele, au chapitre 12, les faveurs excessives accordees par l'etat a ses propres titres, sans risque, notamment lorsqu'ils etaient loges dans le cadre de contrats d'assurance-vie. cet enorme placement des fonds - plus de 3000 milliards de ff, pres de 500 milliards d'euros - n'etait-il pas indispensable pour financer les deficits publics? pendant ce temps, les etats-unis invitaient leurs citoyens a preparer leurs retraites dans le cadre de fonds de pension qui ont ete un des grands moteurs du sursaut capitaliste de la fin du xxe siecle. tres benefiques a long terme, les placements de ces fonds ont, certes, connu, a plusieurs reprises des phases de baisse prononcees. parmi ces placements figurent desormais des positions clefs dans le capital des grandes societes francaises. notre fiscalite et nos comportements n'avaient pas incite nos institutions d'epargne ou les individus a operer une telle reorientation. 36.1.3 etat et protection sociale en porte a faux notre gestion collective a laisse se creer des deficits tres excessifs par leur niveau et leur continuite; elle n'a pas su controler les depenses et les ajuster aux recettes. 36.1.3.1 des deficits plus eleves qu'on ne le dit accepter le deficit des finances publiques - celles de l'etat stricto sensu ou, ce qui a plus de sens, l'ensemble des depenses collectives, securite sociale comprise - signifie que les parents transferent a leurs enfants le soin d'acquitter l'excedent de charges qu'ils n'ont pas le courage de solder. c'est ce que nous avons fait. et la gestion des affaires publiques a ete plus laxiste que les chiffres habituellement cites ne le disent. aux deficits repetes et visibles de l'etat et de la securite sociale et a l'endettement qui en a ete la contrepartie obligee, il faut, en effet, ajouter la dette afferente aux pensions de retraite promises mais non provisionnees. grosso modo, cet ajout a pour effet de doubler notre dette publique (chapitres 12 et 33). 36.1.3.2 des depenses mal controlees qu'il s'agisse de la sante publique, des retraites financees par des systemes obligatoires ou des mesures prises en faveur de l'emploi, les chapitres qui traitent de ces questions montrent que la france depense globalement beaucoup et parfois inutilement. plus que la majorite de ses partenaires. dans les dix dernieres annees elle n'a pas mene avec la meme energie que la plupart d'entre eux une revision des objectifs et des methodes de l'etat-providence (11):

depenses publiques en % du pib france zone euro ecart 19850 % 47 % 3 % 19954 % 50 % 4 % 20051 % 45 % 6 % 36.1.3.3 des recettes qui n'ont plus cours voici plus de vingt ans, en mars 1983, la france, apres s'etre voulue terre d'un socialisme a la francaise, faisait un choix decisif: elle inserait decidement son economie et, par consequent ses finances publiques, dans l'espace europeen. mais, aujourd'hui encore, elle est loin d'avoir tire toutes les consequences de ce choix. il est clair, pourtant, qu'on ne peut plus utiliser les vieilles "recettes" - au double sens du mot - qui permettaient de combler nos deficits: - l'inflation qui reduisait la valeur des dettes, et son corollaire la devaluation? le traite de maastricht et l'euro ont, normalement, mis un terme a ces pratiques, traditionnelles dans le royaume de france. - l'endettement? peut-on y recourir alors que, formellement, nous sommes proches de la limite fixee par le traite de maastricht et que notre endettement reel, en y comprenant les engagements non provisionnes pris a l'egard des futurs retraites, a atteint un niveau record en europe? - les cotisations et des taxes? peut-on relever substantiellement leur niveau qui est deja l'un des plus hauts d'europe et dont le rendement - phenomene classique lorsque la pression fiscale devient forte - baisse. et les citoyens acceptent fort mal les relevements substantiels des prelevements obligatoires. revoir le graphique 3. en ne parvenant pas a conduire les indispensables reformes de l'etat-providence et en ayant recours a la vieille arme regalienne - la hausse des prelevements - la droite s'etait usee. la "gauche plurielle" n'a pas su profiter de la croissance retrouvee entre 1997 et 2000 pour alleger le poids de la depense collective. 36.1.4 la collectivite francaise est-elle competitive? que les relations entre pays occidentaux et, particulierement entre nations europeennes, soient devenues pacifiques ne supprime pas la competition. le champ a ete deplace. si un pays veut ameliorer le sort de ses habitants il doit etre aussi habile que ses voisins, en particulier dans la maniere dont il gere ses affaires communes. si les services collectifs sont mediocres ou trop chers ils serviront de repoussoir pour les individus et les entreprises. les arrivees d'etrangers, individus ou capitaux ne compenseront pas les departs de nationaux. on peut debattre de la proportion du pib qu'une nation doit consacrer a l'education et a la protection sociale des citoyens. les suedois ne se portent-ils pas mieux que les grecs? mais, des lors que la protection sociale cesse d'etre assuree par des mecanismes d'assurance professionnels pour etre financee par l'impot, les services publics sont tenus de justifier leur qualite et de la rapprocher du montant des prelevements. on peut etre cher mais competitif si l'on est excellent. si l'on est mediocre il ne faut pas etre trop onereux. l'emigration des francais s'etait arretee avec la fin de notre empire colonial mais le phenomene a commence a se manifester a nouveau et trois facteurs permettent de penser qu'il pourrait s'amplifier dans les annees a venir. primo, pour les jeunes, l'europe se banalise. voyages rapides, monnaie commune, usage des langues etrangeres, echanges universitaires: partir pour londres, dublin ou berlin devient courant. or, secundo, maints pays europeens, et nos voisins les plus proches notamment, ont connu un effondrement de leur natalite. les enfants du baby boom arrivant a l'age de la retraite, la demande de main d'oeuvre va grandir dans toute l'europe et sera difficile a satisfaire dans une conjoncture economique convenable. (12) tertio, le poids des prelevements qu'on a rappele, incitera maints jeunes a miser sur un revenu net immediat quitte a beneficier d'une couverture-maladie ou retraite moins genereuse, considerations qu'on minimise a cet age. une etude du bureau francis lefebvre pour paris europlace montre que pour offrir a un couple marie avec deux enfants un revenu annuel net de 70 000 euros (450 000 francs), l'employeur debourse 175 000 euros en france et a peine plus de 100 000 en angleterre. l'economie francaise risque de perdre des jeunes dynamiques dont l'education a ete onereuse, dans une phase de leur existence ou ils coutent peu a la nation. en 1989, les prelevements obligatoires etaient aux pays-bas superieurs de deux points aux notres; dix ans plus tard, ils etaient inferieurs de pres de six points. quelle perte de competitivite fiscale! emigrer: n'est-ce pas egalement ce que les entreprises francaises sont en train de faire? l'expansion internationale de nos firmes, elle aussi conforme aux tendances de notre epoque, limite la creation d'emplois chez nous. les investissements de nos entreprises sur notre sol ont ete mediocres pour etre, hors de france, au cours des dernieres annees, considerables, excedant, de plus en plus les investissements etrangers chez nous.

investissements directs a l'etranger milliards $ (13) 1995 199199200200francais a l'etranger 131197etrangers en france 12455solde - 1- 75 - 35 - 1voir aussi le graphique 5 en fin de document et notre chapitre 23. certes, la france dispose a priori d'atouts pour attirer les etrangers et leurs implantations. elle reste l'un des pays ou il est le plus agreable de vivre. cependant, divers classements (14), dont la rigueur scientifique peut etre discutee mais que les investisseurs consultent, nous disent que le calcul economique place la france a un rang tres mediocre pour y investir. alors que les entreprises de notre temps doivent etre capables de s'adapter rapidement, notre legislation n'a cesse de proliferer ce que le vice-president du conseil d'etat a denonce avec force dans son allocution de rentree 2001: lois trop nombreuses, parfois improvisees pour faire face a des situations exceptionnelles mediatisees, textes d'application tardifs et mal rediges. "une certaine idee de l'etatisme a la francaise est aujourd'hui dans l'impasse: celle qui assimile le progres a un surplus d'etat." (15) "que ce soit l'impot sur les societes, l'impot sur le revenu, l'imposition du patrimoine (impot de solidarite sur la fortune, droits de mutation a titre gratuit, taxation des plus-values), l'imperatif est de revenir globalement vers la moyenne europeenne." (16) est-ce un hasard si la france qui, plus que ses voisins, tarde a reformer son systeme collectif connait depuis les annees quatre-vingt une croissance inferieure a la moyenne europeenne? (17) comme une bonne partie de l'europe la france ne se tourne pas assez vers les activites nouvelles, celles qui creent souvent le plus d'emplois. dans le domaine de la pharmacie, les groupes etrangers qui realisent plus de la moitie de la production francaise effectuent sur notre sol moins du tiers de leur effort de recherche. aventis realise pres des trois-quarts de sa recherche en allemagne et aux etats-unis. dans le secteur des biotechnologies, la france n'emploie que 4 500 personnes, les etats-unis plus de 150 000. (18) la france vieillit et, comme nombre de pays qui sont dans cette situation, elle laisse vieillir son appareil industriel. sa clientele, qui est au premier chef europeenne, vieillit davantage qu'elle. 36.2 un systeme qui exclut est-il "social"? en france, comme dans tout l'occident, l'autonomie des individus s'affirme (19), de facon acceleree depuis les annees soixante, avec les aspects tres positifs que ceci implique. est-il etonnant que ce phenomene provoque une crise de la prestation sociale d'autant plus serieuse que celle-ci a ete trop largement detournee de son propos.? 36.2.1 une societe plus inegalitaire qu'elle ne le proclame prestations sociales en 2001 (20) milliards d'euros emploi sante retraites & vieillesse allocations familiales logement total 211184141si l'on ajoute a ces sommes le budget de l'education nationale, on approche de 40 % du pib. au cours des vingt dernieres annees, les salaires ont cru, en moyenne, de 1,5 % par an, le pib de quelque 2 % et les prestations du regime general de la securite sociale de 3 %. or, notre enquete, que la page suivante resume, nous a progressivement convaincus que les plus favorises etaient ceux qui tiraient le plus grand parti de l'etat-providence et que maintes mesures, dites "sociales", se retournaient en realite contre les plus demunis. nos politiques sociales ont-elles ete capables d'enrayer l'exclusion? la france depense pour la sante 25 % de plus que la moyenne des pays de l'ocde. au nom du "dialogue singulier" avec les patients, les medecins ont resiste a l'introduction de normes et aux evaluations comme a l'informatisation qui risquaient de freiner le developpement des actes. notre consommation de produits pharmaceutiques comme notre densite d'officines est tres elevee. si l'etat de sante de la moyenne des francais est bon, il est tres variable selon la categorie socioprofessionnelle qui est la leur. notre corps medical, dont les revenus proviennent en majorite des caisses d'assurance maladie, a comporte de plus en plus de specialistes - plus que dans les pays voisins - a remunerations elevees. comme notre ticket moderateur est un des plus severes d'europe, les plus defavorises n'ont guere pu recourir a ces specialistes dont le nombre augmentait. les inegalites ont aussi ete accentuees par les insuffisances de la politique de prevention de sorte que nous battons encore, dans le domaine de l'alcoolisme, des records lamentables qui, eux aussi, frappent au premier chef les plus defavorises. le chapitre 34 de notre site explicite ce diagnostic et propose une reforme radicale pour rendre la couverture des soins a la fois plus equitable et, enfin, gerable. dans le domaine des retraites (chapitre 3