33 Des régimes de retraite en difficulté Près d’un Français sur cinq est un retraité et plus de 1 000 milliards de francs sont versés chaque année par la collectivité au titre des retraites soit 13 % du produit national. Ce pourcentage dépassera 20 % avant 2020 si les règles actuelles ne sont pas modifiées. Au lendemain de la dernière guerre, la France a édifié de puissants régimes de retraite qui, couvrant une très large part de la population, fonctionnent par répartition. (1) À la différence de la plupart des autres pays, la France a, non seulement, un régime « de base » obligatoire mais un « deuxième étage », constitué par des régimes complémentaires, eux aussi obligatoires et qui prélèvent des cotisations élevées. « La répartition colle admirablement avec notre métaphysique politique. Organisation d’État, cotisations obligatoires, le tout affermé aux syndicats, syndicats patronaux compris. Vous ne trouverez pas beaucoup de plaidoyer du CNPF-MEDEF en faveur des fonds de pension avant 1990. » (2) Notre système, complété par le minimum vieillesse a, certes, produit à l’égard des personnes âgées, dont les revenus s’étaient sensiblement améliorés, un réel effet de redistribution. Il a cependant été très défectueux. Au regard de phénomènes démographiques parfaitement prévisibles, les gestionnaires et l’État ont commis des fautes stratégiques. La plus monstrueuse a été, en 1 981, d’édicter que l’âge de la retraite serait de 60 ans. La France est le pays oò la diminution du taux d’emploi masculin des 55-64 ans a été la plus marquée et moins de 40 % de la population supporte par son activité plus de 60 % de leurs concitoyens. C’est sans posséder de réserve que le système est sorti d’une période vache grasse - démographique et économique - pour faire face à la période de vache maigre qui s’annonce (rechute des naissances intervenue depuis 1960 même si elle a fait place, dans les années récentes, à un certain redressement, allongement de la durée de la vie humaine, croissance moins forte). Le refus d’instaurer une large capitalisation collective alors que les circonstances étaient exceptionnellement favorables à une telle opération, a été justifié par une rhétorique archaïque au moment oò, précisément, les fonds de pension poussaient l’Amérique à un nouveau dynamisme. L’épargne française abondante a été attirée, par des avantages fiscaux exorbitants, vers les obligations d’État au sein d’une énorme capitalisation individuelle - 4 000 milliards de FF - accumulée dans le cadre de contrats d’assurance-vie ; c’est ainsi que furent financés les déficits mitterrandiens. L’épargne américaine, plus faible, a été largement investie en actions ; elle a non seulement prospéré mais fini par détenir, par le biais des fonds de pension, des positions clef dans le capital des grandes entreprises françaises. Dans les années récentes, la capitalisation à l’américaine a exigé des cotisations nettement plus faibles que la répartition à la française et avantagé, dans la compétition, les firmes qui l’ont pratiquée. Du point de vue de l’équité sociale, des générations favorisées par le montant de leurs retraites vont être suivies par des générations qui le seront nettement moins. De surcroît, ceux qui ont reçu une éducation poussée vivent plus longtemps que les travailleurs manuels et bénéficient d’une retraite pendant un plus grand nombre d’années sans que les mécanismes de la répartition tiennent compte de ce phénomène. Plus généralement, la retraite à 60 ans relève de la société d’hier oò les archétypes étaient la fonction publique et le monde ouvrier. La société d’aujourd’hui est beaucoup plus diverse et demande des solutions plus flexibles et résultant de choix personnels. Depuis 1 990, la quasi totalité des pays européens a réformé ses régimes de retraite pour tenir compte d’un contexte nouveau à tant d’égards : démographie, économie et société. Dans le secteur privé, la France a, en 1 993, amorcé un redressement mais ses gouvernements successifs n’ont pas pu ou pas voulu réformer les retraites du secteur public. Une décennie a été perdue et la fonction de stratège reniée. Le budget va supporter une charge très accrue et la France commence à être montrée du doigt par ses partenaires qui la jugent trop laxiste. Faute d’un travail d’information et d’un débat public, une large part de l’opinion reste fidèle à de vieux rêves et à des conceptions démodées. Un énorme chantier est à ouvrir. Après un passé d’imprévoyance, il faut préparer le futur.

33.1 Un passé d’imprévoyance page 33.2 Données pour l’avenir page 33.3 Préparer le futur page

Les graphiques mentionnés dans le texte ainsi qu’une table des matières détaillée se trouvent à la fin du chapitre.

1 les pensions des retraités sont financées par les cotisations de ceux qui travaillent. 2 Le nouveau système-monde, Entretien avec Michel Albert, Le Débat, novembre 1997.

33.1 Un passé d’imprévoyance Pendant les trente glorieuses, les retraités étaient peu nombreux, l’effectif des cotisants s’accroissait rapidement, les salaires augmentaient, entraînant la hausse du montant des cotisations perçues : la situation des régimes de retraite était florissante. Endormie par cette aisance, la France, loin de regarder en face des prévisions de plus en plus inquiétantes, est tombée dans le piège grossier que lui tendait sa démographie.

33.1.1 Un système social, laxiste et piégé Après avoir attribué généreusement des droits à pension à des personnes qui avaient peu cotisé et largement pratiqué la retraite anticipée, nous n’avons pas eu le courage de tirer les conséquences d’un double processus démographique : - creux et boom des naissances suivi d’une rechute de ces dernières, et - allongement de la durée de la vie. 33.1.1.1 La retraite à 60 voire à 55 ans Si l’on songe aux manœuvres de l’agriculture, du bâtiment ou de l’industrie exerçant des activités fatigantes, qui ont quitté l’école très tôt pour travailler et dont la durée de vie est la plus brève, la retraite à soixante ans était pleinement justifiée. Mais, en 1981, leur nombre était en train de diminuer rapidement tandis que se développaient des emplois qui, impliquant un bon niveau d’éducation et une entrée tardive dans la vie active, correspondaient à des durées de vie plus longues. À 60 ans, de nos jours, la majorité des membres des classes moyennes ou aisées sont en pleine forme et, dans l’activité professionnelle, leur expérience peut être un atout. La mesure qui consacrait, il est vrai, une évolution en cours, en étendant à tous le départ à 60 ans, n’était égalitaire qu’en apparence : les plus favorisés allaient en profiter le plus. « La retraite à 60 ans » était, pour partie, justifiée par une conception totalement erronée du chômage partagée par la majorité de la population et encouragée par les leaders politiques de tous bords (voir le chapitre 32 sur l’emploi) : le travail étant sensément rare, il fallait le partager. Entre 1985 et 1995 plus d’un million de personnes ont été placées en retraite anticipée, ce mouvement étant fortement encouragé par des aides publiques (Voir le graphique 1 en fin de document). Les enquêtes internationales montrent que la progression des rémunérations à l’ancienneté, rendant l’emploi des « vieux » plus onéreux que celui des jeunes, explique en partie cette tendance. Mais, la France souffrait surtout des graves défauts de son système éducatif (retard mis à généraliser l’enseignement secondaire, illetrisme trop répandu, exclusions dès le collège, formation professionnelle traitée en parent pauvre et formation continue très négligée, surtout pour les moins qualifiés). Au lieu de remédier à ces défauts, on prit des mesures palliatives très coôteuses et inefficaces qui accrurent le poids des charges sociales, rendant plus difficiles les embauches. La retraite à 60 ans pour tous fut l’une de ces mesures néfastes. Certes, tout le monde occidental a connu, les mêmes phénomènes : une vie de travail plus courte, une durée de vie totale plus longue. Le graphique 2, en fin de document illustre, de façon frappante, l’exemple de la Grande-Bretagne. Mais les tendances ont été beaucoup plus marquées en France. L’Europe préconise aujourd’hui que 70 % des citoyens âgés de 20 à 65 ans travaillent. Cette proportion est, en France, de 60 % ce qui, pour l’équilibre des régimes de retraite fait une énorme différence : pas assez de cotisants, trop de prestataires (graphiques 4 et 6). Sur la période 1971-1991, en Europe, la France est le pays oò la diminution du taux d’emploi masculin des 55-64 ans a été la plus forte, sans marquer, comme aux Pays-Bas notamment, de redressement. Taux d’emploi des hommes de 55-64 ans (1 ) En % 1 971 991 99France 743Pays-Bas 744États-Unis 766En une génération, dans cette tranche d’âge, la proportion des hommes adultes au travail aura chuté de près de moitié pour devenir une des plus faibles du monde occidental ce que confirme le graphique 5. « Aujourd’hui 38 % seulement de la population sont actifs et supportent les autres 62 % de la population totale. » (2) Le rapport entre les actifs et ceux qui ne le sont pas est ainsi de 0,6 (38/62). Sans être aussi défavorable, le rapport entre actifs et retraités, en approchant de 1,5 puis de 1 va devenir redoutable. Un calcul simple montre en effet que, dans une population qui comptera moins d’un retraité pour 1,5 actif, pour assurer un remplacement du salaire par la retraite au taux de 75 %, il faut que le taux de cotisation pour la retraite atteigne plus de 50 % du salaire (contre 20 % environ aujourd’hui) ! C’est évidemment impensable. Dès 1991, un « Livre blanc » exposait clairement les difficultés prévisibles de nos régimes, mais le gouvernement socialiste, au lieu de donner l’exemple de ce qu’un État stratège doit faire, ne prit aucune mesure. Comme dans le domaine des retraites des mesures telles que l’augmentation du nombre d’années de cotisations doivent être très progressives, tout retard pris, sous prétexte qu’il n’y a pas d’urgence, sera à terme très dommageable. Il fallut attendre qu’Édouard Balladur devienne Premier ministre pour que, en 1993 et dans le seul secteur privé, des correctifs partiels soient apportés à l’imprévoyance passée. 33.1.1.2. Droits extensifs d’un système très social Primo, en France, fait rare en Europe, la couverture des salariés par un régime complémentaire procurant des prestations substantielles est quasiment générale. En Allemagne ou aux Pays-Bas, la fraction de la population bénéficiant d’une retraite complémentaire est de l’ordre des trois quarts ; elle n’atteint qu’un peu plus de la moitié en Grande-Bretagne. Secundo, le « taux de remplacement » du dernier salaire par la retraite est élevé. La fonction publique a, comme dans maints domaines, été le modèle : un droit à pension égal à 2 % du salaire par année de travail, soit, pour 37,5 ans de cotisation, 75 % (la référence est d’ailleurs illusoire car les primes perçues par les fonctionnaires, très variables d’un titulaire à l’autre, n’ouvrent pas droit à la retraite). Compte tenu de l’incidence de l’impôt sur le revenu et de la disparition des frais liés à l’activité, l’objectif était que, lors du départ en retraite, la diminution du pouvoir d’achat soit faible. Le taux de remplacement est d’autant plus fort que le salaire est plus bas ; c’est la contrepartie de ce qui reste du plafonnement des cotisations et un autre aspect social de notre système. Tertio, « Un climat de facilité a favorisé l’accumulation de mesures en faveur des personnes âgées dont le coôt immédiat était facilement couvert par les hausses constantes de pouvoir d’achat, mais dont la charge ultérieure a été confiée aux bons soins des générations futures. » (3) Cette politique, combinée avec le développement de l’allocation vieillesse, a permis au nombre de ménages âgés et pauvres de chuter de manière spectaculaire dans les années soixante-dix : voir le graphique 3 en fin de document. Quarto, dans le secteur privé, la gestion des caisses est « paritaire ». ce qui est rare en Europe et remarquable dans notre pays oò le dialogue entre syndicalistes et patrons a été difficile. La retraite est un domaine oò, après que les représentants patronaux eurent participé à un grand laxisme, des décisions paritaires, tardives et insuffisantes mais néanmoins énergiques, ont été prises. Observons, aussi, que notre dispositif assure sécurité et solidarité. La faillite d’une firme comme le déclin d’une profession ou d’une région ne mettent pas en cause les pensions. Enfin, les droits à retraite sont « portables » : qui change d’emploi ne les voit pas réduits. Quinque, dans le secteur public, l’État loin de surmonter les résistances corporatistes et de procéder par étapes, comme le secteur privé l’a largement fait, à une harmonisation des régimes de retraite puis à un rapprochement de leurs règles avec celles du secteur privé, a maintenu en place la grande hétérogénéité régnant entre les régimes. Leurs singularités, notamment en ce qui concerne l’âge de départ à la retraite, avaient, à l’origine, certaines justifications, mais, beaucoup ont disparu. Or, les fonctionnaires qui ont une durée de vie supérieure à la moyenne partent en retraite encore jeunes ce qui, comme on l’a déjà relevé, alourdira doublement le coôt de leurs pensions. Il est probable que ces départs précoces en retraite sont la contrepartie de la très grande rigidité des carrières publiques. Alors que dans le secteur privé, la mobilité est devenue courante, elle n’est guère pratiquée chez les fonctionnaires oò elle est rarement la voie qui facilite la promotion. Les instituteurs prennent leur retraite, en moyenne, à 56 ans. Que, dans nombre de ménages, les deux époux soient enseignants explique en partie ce phénomène : le second part lorsque le premier atteint ses droits à retraite. Or, les enseignants représentent, à eux seuls, 40 % des effectifs de la fonction publique. Il est compréhensible qu’un métier qui demande beaucoup engendre, in fine, de la lassitude. Ne pourrait-on y remédier en proposant aux intéressés un autre poste en fin de carrière ? On peut, de même, trouver normal qu’un conducteur de bus ou un pompier n’exerce plus leur fonction au-delà de 55 ans. À cet âge, sont-ils, pour autant, inapte à tout travail ? Au total et en dépit de la « crise », nos régimes de répartition français, sans en avoir vraiment les moyens à long terme, ont été très généreux : le pouvoir d’achat des retraites s’est accru beaucoup plus fortement que celui des salaires : (4)

Revenu moyen 1 971 995 variation Actifs 104 00138 00+ 33 % Inactifs âgés 60 00143 00+138 % 33.1.1.2. Génération dorée des « vieux » et frustration des jeunes Que les retraités d’aujourd’hui soient, dans leur ensemble, plus à l’aise que les jeunes, les retraités récents le reconnaissent. (5) Leur revenu a progressé, jusqu’en 1994, beaucoup plus vite que celui des « actifs » pour devenir, souvent, plus élevé et, en tout cas, plus sôr. Le revenu des jeunes couples ayant des enfants est, très souvent, moins élevé que celui d’un ménage de retraités récents ayant deux pensions. Dans les années d’après guerre, il était usuel que les adultes viennent en aide aux plus âgés. Il est fréquent que ce soit aujourd’hui l’inverse. Les retraités, qui possèdent 70 % du patrimoine des ménages, ont fini de rembourser les crédits attachés à leur logement. Créanciers, les taux d’intérêt, dès lors qu’ils sont redevenus positifs au regard de l’inflation, les favorisent tandis que les jeunes, emprunteurs, ne bénéficient plus, comme leurs aînés l’avaient fait, de l’érosion de leur dette. Depuis 1954, les montants en francs courants des allocations familiales n’ont pas été totalement revalorisés et leur pouvoir d’achat a été fortement réduit de sorte que le centre de gravité des allocations sociales s’est déplacé des jeunes vers les vieux. Prestations de la Sécurité sociale Répartition en % 1 961 99allocations familiales 31santé 345 retraites 345 C’est bien la « génération dorée » qui, née dans les années qui précédèrent la deuxième guerre, aura été la grande bénéficiaire de ce changement de pied : elle aura été aidée par les allocations familiales lorsqu’elle était jeune puis, devenue âgée, par des retraites généreuses. La génération du baby boom, a-t-elle craint que les processus qui permettaient aux enfants de vivre mieux que leurs parents ne soient enrayés ? Faut-il, comme certains démographes, voir dans les changements de comportement des plus jeunes une réplique inconsciente à la politique menée par la génération dorée ? Les mariages sont devenus moins nombreux, plus tardifs et moins féconds de sorte que la chute de la natalité, si le redressement amorcé ne s’amplifie pas et ne se prolonge pas, compromet, à terme, le versement de pensions élevées aux plus âgés. Une autre réaction s’amorce : l’exil. Le montant des prélèvements obligatoires fait partie d’un ensemble, avec le petit nombre de stocks options accordé à des jeunes, qui diminue l’intérêt de la société française aux yeux de jeunes ingénieurs, techniciens ou financiers qui choisissent de travailler à Londres ou en Californie. 33.1.1.3. Bosses et creux démographiques Ayant lourdement chargé la barque, même après que les trente glorieuses furent terminées, les Français prirent lentement conscience de phénomènes démographiques qu’il eut été aisé de leur exposer. Dès les années soixante-dix, en effet, le paysage démographique était clair. Deux phénomènes Les enfants nés entre 1920 et 1942, peu nombreux - un creux - furent suivis, de 1943 à la fin des années soixante, par la vague du baby boom - une bosse - qui, précédait elle-même des cohortes limitées d’enfants - une rechute. Conséquence inéluctable de cette succession de phases : le flux annuel des personnes atteignant 60 ans, égal à moins de 600 000 jusqu’en 2 005 va s’élever, brutalement, à 800 000. Une augmentation d’un tiers qui se répercutera, massivement sur les régimes de retraite. À cette première évolution s’est superposée celle de la mortalité. L’espérance de vie à 60 ans qui, pour les hommes, était, dans les années cinquante, de 15 ans en moyenne est, aujourd’hui, de plus de 20 ans. Or, l’effet de l’allongement de la vie sur les prestations de retraite est bien plus que proportionnel : Augmentation de la durée de la vie 5 ans/75 = 6 % du service de la retraite 5 ans/15 = 33 % La régularité avec laquelle la durée de vie s’est accrue contraste ainsi avec les fluctuations de la natalité, difficiles à prévoir lorsqu’elles se produisent. C’est en 1943, année redoutable s’il en fut, que la reprise des naissances s’est amorcée en France et, après que le nombre de ces dernières eut fortement fléchi, il a connu, depuis 1996, une timide reprise alors que la morosité des Français était grande. Pour autant, les responsables des régimes de retraite n’auraient pas dô être désarmés. En effet, à la différence des variations de la conjoncture économique qui, parfois brusques, ont des effets rapprochés, celles de la démographie sont lentes et ont des conséquences très différées. Aussi bien, même si la petite reprise récente de la natalité devait s’amplifier dans les années qui viennent, ce phénomène n’aurait pas d’effet marqué sur les régimes de retraite avant de très longues années. La démographie et les régimes de retraite Jusqu’aux années quatre-vingt, le rapport entre les actifs et les retraités, qui commande celui des cotisations aux prestations, a été exceptionnellement favorable : près de 4 actifs pour un retraité. Il chutera, à terme, au-dessous de 1,5 et dans un peu plus de dix ans années de multiples régimes de retraite connaîtront un nombre de pensionnés supérieur à celui des cotisants. (6) Voir, à nouveau, le graphique 6 en fin de document. Nous n’avons pas du tout tenu compte (dans le secteur public) ou pas assez (dans le secteur privé) de ces données démographiques, ni du fait que notre ouverture, sur l’Europe et sur le monde, exigeait que nos régimes sociaux contribuent à rendre la France compétitive et, par la, créatrice d’emplois. Les Français savent que nous avons été imprévoyants : 80 % d’entre eux pensent que les retraités de demain auront un niveau de vie inférieur à celui des pensionnés d’aujourd’hui. (7) L’avenir aurait été moins préoccupant si nous n’avions pas, en outre, refusé la capitalisation collective. 33.1.1.4. Le refus de la capitalisation collective Les Français, patronat compris, n’ont pas voulu compléter leur système de retraite par des fonds de pension conséquents. Ils ont même fait pire. Dans le cadre d’un système de répartition, il eut été possible de créer des réserves substantielles, notamment pour pallier, en partie du moins, ces bosses et ces creux démographiques qu’on a évoqués. États-Unis, Allemagne, Suède et Japon ont mené cette politique mais la France s’y est refusée. Pourtant l’AGIRC (régime des cadres du secteur privé), notamment, l’aurait pu ne serait-ce qu’en appelant les cotisations au taux qu’elle pratique aujourd’hui et qui est supérieur d’un tiers à celui qu’elle a longtemps utilisé. Cependant, c’est bien par le développement de régimes de capitalisation spécifiques que les États-Unis et les pays de l’Europe du Nord, celle des frimas et des marchands, ont préparé l’avenir tandis que l’Europe du soleil et des souverains catholiques se montrait plus insouciante. « Nos compatriotes n’aiment guère que leurs institutions sociales soient prospères ; tout excédent leur est suspect. D’oò le terme de « cagnotte » pour désigner un déficit moins élevé que prévu. » (8) En outre, cette Europe du Sud a été très longtemps rétive aux placements en actions. Des expériences de capitalisation ont bien été tentées en France mais les fonds, gérés selon des formules fallacieuses ou placés en obligations, ont été dévastés par de mauvais calculs ou par l’inflation. Un fonds de retraite complémentaire des fonctionnaires, le CREF, avait cru judicieux d’adopter des formules originales qui ont été par la suite condamnées et qui l’ont conduit à réduire les pensions qu’il versait de quelque 16 % ! On démontre, cependant que le rendement de dotations aux retraites est égal - dans le cadre de la répartition, au taux de croissance de l’économie, - dans celui de la capitalisation, au rendement du capital, (9) et que - « règle d’or » - les deux systèmes donnent des résultats équivalents lorsque le taux de croissance de l’économie et celui du rendement du capital sont égaux ce qui, à très long terme, est sensé se vérifier. Mais à très long terme seulement. La gauche française est, depuis fort longtemps, hostile à la capitalisation dont le terme même évoque par trop, à ses yeux, celui de capitalisme. Les syndicats de salariés sont, de surcroît, cogérants des régimes de répartition. Ce n’est que très récemment qu’au sein du Parti Socialiste, Laurent Fabius a œuvré pour élargir la place encore modeste de la capitalisation. C’est Georges Pompidou qui, en 1967, avait instauré la participation du personnel aux bénéfices des entreprises, laquelle aboutit à une forme intéressante de capitalisation collective que nous l’examinerons au ¤ 33.3. Cependant, les quelque 400 milliards de FF qui, à ce jour, ont été collectés dans ce cadre ne représentent que le dixième des montants recueillis par l’assurance-vie. La réalité, en effet, n’est nullement conforme aux affirmations péremptoires de ceux qui sont hostiles à la capitalisation : en France, répétons-le, celle-ci a, bel et bien, été fortement encouragée et, qui plus est, dans la forme la plus inégalitaire qu’on puisse imaginer. Les versements effectués dans le cadre des contrats d’assurance-vie - 50 000 FF par souscripteur et par an en moyenne - ont, pendant des années, absorbé la moitié de l’épargne financière des ménages français. Un tiers d’entre eux a un tel contrat (près de la moitié des cadres, des professions libérales et des agriculteurs). Or les revenus de ces patrimoines sont capitalisés en franchise d’impôt et la transmission du capital a été exonérée d’impôt sur les successions. Alors que les revenus des retraités devenaient moins inégalitaires, les différences des patrimoines se sont, au contraire, accrues (10), l’assurance-vie contribuant largement à ce phénomène. Tandis que l’assurance-vie finançait, par la souscription aux obligations émises par l’État, l’essentiel du déficit public français, se produisait, dans le monde, une révolution : la création puis l’énorme développement des pension funds investis en actions. Elle a, notamment, provoqué une seconde jeunesse du capitalisme américain. 33.1.2 L’explosion des pension funds Si le leadership des États-Unis s’est manifesté à la fin du XXe siècle, ce fut, certes, en raison de leurs découvertes technologiques comme de l’effet de puissance dont le $ et eux-mêmes ont bénéficié, notamment en raison d’une incontestable supériorité militaire. Les fonds de pension auront fortement contribué à établir ce leadership. 33.1.2.1 Rôle des fonds dans l’économie Créés dans les années cinquante, aux USA, les fonds
 
33 des regimes de retraite en difficulte pres d'un francais sur cinq est un retraite et plus de 1 000 milliards de francs sont verses chaque annee par la collectivite au titre des retraites soit 13 % du produit national. ce pourcentage depassera 20 % avant 2020 si les regles actuelles ne sont pas modifiees. au lendemain de la derniere guerre, la france a edifie de puissants regimes de retraite qui, couvrant une tres large part de la population, fonctionnent par repartition. (1) a la difference de la plupart des autres pays, la france a, non seulement, un regime "de base" obligatoire mais un "deuxieme etage", constitue par des regimes complementaires, eux aussi obligatoires et qui prelevent des cotisations elevees. "la repartition colle admirablement avec notre metaphysique politique. organisation d'etat, cotisations obligatoires, le tout afferme aux syndicats, syndicats patronaux compris. vous ne trouverez pas beaucoup de plaidoyer du cnpf-medef en faveur des fonds de pension avant 1990." (2) notre systeme, complete par le minimum vieillesse a, certes, produit a l'egard des personnes agees, dont les revenus s'etaient sensiblement ameliores, un reel effet de redistribution. il a cependant ete tres defectueux. au regard de phenomenes demographiques parfaitement previsibles, les gestionnaires et l'etat ont commis des fautes strategiques. la plus monstrueuse a ete, en 1 981, d'edicter que l'age de la retraite serait de 60 ans. la france est le pays ou la diminution du taux d'emploi masculin des 55-64 ans a ete la plus marquee et moins de 40 % de la population supporte par son activite plus de 60 % de leurs concitoyens. c'est sans posseder de reserve que le systeme est sorti d'une periode vache grasse - demographique et economique - pour faire face a la periode de vache maigre qui s'annonce (rechute des naissances intervenue depuis 1960 meme si elle a fait place, dans les annees recentes, a un certain redressement, allongement de la duree de la vie humaine, croissance moins forte). le refus d'instaurer une large capitalisation collective alors que les circonstances etaient exceptionnellement favorables a une telle operation, a ete justifie par une rhetorique archaique au moment ou, precisement, les fonds de pension poussaient l'amerique a un nouveau dynamisme. l'epargne francaise abondante a ete attiree, par des avantages fiscaux exorbitants, vers les obligations d'etat au sein d'une enorme capitalisation individuelle - 4 000 milliards de ff - accumulee dans le cadre de contrats d'assurance-vie; c'est ainsi que furent finances les deficits mitterrandiens. l'epargne americaine, plus faible, a ete largement investie en actions; elle a non seulement prospere mais fini par detenir, par le biais des fonds de pension, des positions clef dans le capital des grandes entreprises francaises. dans les annees recentes, la capitalisation a l'americaine a exige des cotisations nettement plus faibles que la repartition a la francaise et avantage, dans la competition, les firmes qui l'ont pratiquee. du point de vue de l'equite sociale, des generations favorisees par le montant de leurs retraites vont etre suivies par des generations qui le seront nettement moins. de surcroit, ceux qui ont recu une education poussee vivent plus longtemps que les travailleurs manuels et beneficient d'une retraite pendant un plus grand nombre d'annees sans que les mecanismes de la repartition tiennent compte de ce phenomene. plus generalement, la retraite a 60 ans releve de la societe d'hier ou les archetypes etaient la fonction publique et le monde ouvrier. la societe d'aujourd'hui est beaucoup plus diverse et demande des solutions plus flexibles et resultant de choix personnels. depuis 1 990, la quasi totalite des pays europeens a reforme ses regimes de retraite pour tenir compte d'un contexte nouveau a tant d'egards: demographie, economie et societe. dans le secteur prive, la france a, en 1 993, amorce un redressement mais ses gouvernements successifs n'ont pas pu ou pas voulu reformer les retraites du secteur public. une decennie a ete perdue et la fonction de stratege reniee. le budget va supporter une charge tres accrue et la france commence a etre montree du doigt par ses partenaires qui la jugent trop laxiste. faute d'un travail d'information et d'un debat public, une large part de l'opinion reste fidele a de vieux reves et a des conceptions demodees. un enorme chantier est a ouvrir. apres un passe d'imprevoyance, il faut preparer le futur.

33.1 un passe d'imprevoyance page 33.2 donnees pour l'avenir page 33.3 preparer le futur page

les graphiques mentionnes dans le texte ainsi qu'une table des matieres detaillee se trouvent a la fin du chapitre.

1 les pensions des retraites sont financees par les cotisations de ceux qui travaillent. 2 le nouveau systeme-monde, entretien avec michel albert, le debat, novembre 1997.

33.1 un passe d'imprevoyance pendant les trente glorieuses, les retraites etaient peu nombreux, l'effectif des cotisants s'accroissait rapidement, les salaires augmentaient, entrainant la hausse du montant des cotisations percues: la situation des regimes de retraite etait florissante. endormie par cette aisance, la france, loin de regarder en face des previsions de plus en plus inquietantes, est tombee dans le piege grossier que lui tendait sa demographie.

33.1.1 un systeme social, laxiste et piege apres avoir attribue genereusement des droits a pension a des personnes qui avaient peu cotise et largement pratique la retraite anticipee, nous n'avons pas eu le courage de tirer les consequences d'un double processus demographique: - creux et boom des naissances suivi d'une rechute de ces dernieres, et - allongement de la duree de la vie. 33.1.1.1 la retraite a 60 voire a 55 ans si l'on songe aux manoeuvres de l'agriculture, du batiment ou de l'industrie exercant des activites fatigantes, qui ont quitte l'ecole tres tot pour travailler et dont la duree de vie est la plus breve, la retraite a soixante ans etait pleinement justifiee. mais, en 1981, leur nombre etait en train de diminuer rapidement tandis que se developpaient des emplois qui, impliquant un bon niveau d'education et une entree tardive dans la vie active, correspondaient a des durees de vie plus longues. a 60 ans, de nos jours, la majorite des membres des classes moyennes ou aisees sont en pleine forme et, dans l'activite professionnelle, leur experience peut etre un atout. la mesure qui consacrait, il est vrai, une evolution en cours, en etendant a tous le depart a 60 ans, n'etait egalitaire qu'en apparence: les plus favorises allaient en profiter le plus. "la retraite a 60 ans" etait, pour partie, justifiee par une conception totalement erronee du chomage partagee par la majorite de la population et encouragee par les leaders politiques de tous bords (voir le chapitre 32 sur l'emploi): le travail etant sensement rare, il fallait le partager. entre 1985 et 1995 plus d'un million de personnes ont ete placees en retraite anticipee, ce mouvement etant fortement encourage par des aides publiques (voir le graphique 1 en fin de document). les enquetes internationales montrent que la progression des remunerations a l'anciennete, rendant l'emploi des "vieux" plus onereux que celui des jeunes, explique en partie cette tendance. mais, la france souffrait surtout des graves defauts de son systeme educatif (retard mis a generaliser l'enseignement secondaire, illetrisme trop repandu, exclusions des le college, formation professionnelle traitee en parent pauvre et formation continue tres negligee, surtout pour les moins qualifies). au lieu de remedier a ces defauts, on prit des mesures palliatives tres couteuses et inefficaces qui accrurent le poids des charges sociales, rendant plus difficiles les embauches. la retraite a 60 ans pour tous fut l'une de ces mesures nefastes. certes, tout le monde occidental a connu, les memes phenomenes: une vie de travail plus courte, une duree de vie totale plus longue. le graphique 2, en fin de document illustre, de facon frappante, l'exemple de la grande-bretagne. mais les tendances ont ete beaucoup plus marquees en france. l'europe preconise aujourd'hui que 70 % des citoyens ages de 20 a 65 ans travaillent. cette proportion est, en france, de 60 % ce qui, pour l'equilibre des regimes de retraite fait une enorme difference: pas assez de cotisants, trop de prestataires (graphiques 4 et 6). sur la periode 1971-1991, en europe, la france est le pays ou la diminution du taux d'emploi masculin des 55-64 ans a ete la plus forte, sans marquer, comme aux pays-bas notamment, de redressement. taux d'emploi des hommes de 55-64 ans (1 ) en % 1 971 991 99france 743pays-bas 744etats-unis 766en une generation, dans cette tranche d'age, la proportion des hommes adultes au travail aura chute de pres de moitie pour devenir une des plus faibles du monde occidental ce que confirme le graphique 5. "aujourd'hui 38 % seulement de la population sont actifs et supportent les autres 62 % de la population totale." (2) le rapport entre les actifs et ceux qui ne le sont pas est ainsi de 0,6 (38/62). sans etre aussi defavorable, le rapport entre actifs et retraites, en approchant de 1,5 puis de 1 va devenir redoutable. un calcul simple montre en effet que, dans une population qui comptera moins d'un retraite pour 1,5 actif, pour assurer un remplacement du salaire par la retraite au taux de 75 %, il faut que le taux de cotisation pour la retraite atteigne plus de 50 % du salaire (contre 20 % environ aujourd'hui)! c'est evidemment impensable. des 1991, un "livre blanc" exposait clairement les difficultes previsibles de nos regimes, mais le gouvernement socialiste, au lieu de donner l'exemple de ce qu'un etat stratege doit faire, ne prit aucune mesure. comme dans le domaine des retraites des mesures telles que l'augmentation du nombre d'annees de cotisations doivent etre tres progressives, tout retard pris, sous pretexte qu'il n'y a pas d'urgence, sera a terme tres dommageable. il fallut attendre qu'edouard balladur devienne premier ministre pour que, en 1993 et dans le seul secteur prive, des correctifs partiels soient apportes a l'imprevoyance passee. 33.1.1.2. droits extensifs d'un systeme tres social primo, en france, fait rare en europe, la couverture des salaries par un regime complementaire procurant des prestations substantielles est quasiment generale. en allemagne ou aux pays-bas, la fraction de la population beneficiant d'une retraite complementaire est de l'ordre des trois quarts; elle n'atteint qu'un peu plus de la moitie en grande-bretagne. secundo, le "taux de remplacement" du dernier salaire par la retraite est eleve. la fonction publique a, comme dans maints domaines, ete le modele: un droit a pension egal a 2 % du salaire par annee de travail, soit, pour 37,5 ans de cotisation, 75 % (la reference est d'ailleurs illusoire car les primes percues par les fonctionnaires, tres variables d'un titulaire a l'autre, n'ouvrent pas droit a la retraite). compte tenu de l'incidence de l'impot sur le revenu et de la disparition des frais lies a l'activite, l'objectif etait que, lors du depart en retraite, la diminution du pouvoir d'achat soit faible. le taux de remplacement est d'autant plus fort que le salaire est plus bas; c'est la contrepartie de ce qui reste du plafonnement des cotisations et un autre aspect social de notre systeme. tertio, "un climat de facilite a favorise l'accumulation de mesures en faveur des personnes agees dont le cout immediat etait facilement couvert par les hausses constantes de pouvoir d'achat, mais dont la charge ulterieure a ete confiee aux bons soins des generations futures." (3) cette politique, combinee avec le developpement de l'allocation vieillesse, a permis au nombre de menages ages et pauvres de chuter de maniere spectaculaire dans les annees soixante-dix: voir le graphique 3 en fin de document. quarto, dans le secteur prive, la gestion des caisses est "paritaire". ce qui est rare en europe et remarquable dans notre pays ou le dialogue entre syndicalistes et patrons a ete difficile. la retraite est un domaine ou, apres que les representants patronaux eurent participe a un grand laxisme, des decisions paritaires, tardives et insuffisantes mais neanmoins energiques, ont ete prises. observons, aussi, que notre dispositif assure securite et solidarite. la faillite d'une firme comme le declin d'une profession ou d'une region ne mettent pas en cause les pensions. enfin, les droits a retraite sont "portables": qui change d'emploi ne les voit pas reduits. quinque, dans le secteur public, l'etat loin de surmonter les resistances corporatistes et de proceder par etapes, comme le secteur prive l'a largement fait, a une harmonisation des regimes de retraite puis a un rapprochement de leurs regles avec celles du secteur prive, a maintenu en place la grande heterogeneite regnant entre les regimes. leurs singularites, notamment en ce qui concerne l'age de depart a la retraite, avaient, a l'origine, certaines justifications, mais, beaucoup ont disparu. or, les fonctionnaires qui ont une duree de vie superieure a la moyenne partent en retraite encore jeunes ce qui, comme on l'a deja releve, alourdira doublement le cout de leurs pensions. il est probable que ces departs precoces en retraite sont la contrepartie de la tres grande rigidite des carrieres publiques. alors que dans le secteur prive, la mobilite est devenue courante, elle n'est guere pratiquee chez les fonctionnaires ou elle est rarement la voie qui facilite la promotion. les instituteurs prennent leur retraite, en moyenne, a 56 ans. que, dans nombre de menages, les deux epoux soient enseignants explique en partie ce phenomene: le second part lorsque le premier atteint ses droits a retraite. or, les enseignants representent, a eux seuls, 40 % des effectifs de la fonction publique. il est comprehensible qu'un metier qui demande beaucoup engendre, in fine, de la lassitude. ne pourrait-on y remedier en proposant aux interesses un autre poste en fin de carriere? on peut, de meme, trouver normal qu'un conducteur de bus ou un pompier n'exerce plus leur fonction au-dela de 55 ans. a cet age, sont-ils, pour autant, inapte a tout travail? au total et en depit de la "crise", nos regimes de repartition francais, sans en avoir vraiment les moyens a long terme, ont ete tres genereux: le pouvoir d'achat des retraites s'est accru beaucoup plus fortement que celui des salaires: (4)

revenu moyen 1 971 995 variation actifs 104 00138 00+ 33 % inactifs ages 60 00143 00+138 % 33.1.1.2. generation doree des "vieux" et frustration des jeunes que les retraites d'aujourd'hui soient, dans leur ensemble, plus a l'aise que les jeunes, les retraites recents le reconnaissent. (5) leur revenu a progresse, jusqu'en 1994, beaucoup plus vite que celui des "actifs" pour devenir, souvent, plus eleve et, en tout cas, plus sur. le revenu des jeunes couples ayant des enfants est, tres souvent, moins eleve que celui d'un menage de retraites recents ayant deux pensions. dans les annees d'apres guerre, il etait usuel que les adultes viennent en aide aux plus ages. il est frequent que ce soit aujourd'hui l'inverse. les retraites, qui possedent 70 % du patrimoine des menages, ont fini de rembourser les credits attaches a leur logement. creanciers, les taux d'interet, des lors qu'ils sont redevenus positifs au regard de l'inflation, les favorisent tandis que les jeunes, emprunteurs, ne beneficient plus, comme leurs aines l'avaient fait, de l'erosion de leur dette. depuis 1954, les montants en francs courants des allocations familiales n'ont pas ete totalement revalorises et leur pouvoir d'achat a ete fortement reduit de sorte que le centre de gravite des allocations sociales s'est deplace des jeunes vers les vieux. prestations de la securite sociale repartition en % 1 961 99allocations familiales 31sante 345 retraites 345 c'est bien la "generation doree" qui, nee dans les annees qui precederent la deuxieme guerre, aura ete la grande beneficiaire de ce changement de pied: elle aura ete aidee par les allocations familiales lorsqu'elle etait jeune puis, devenue agee, par des retraites genereuses. la generation du baby boom, a-t-elle craint que les processus qui permettaient aux enfants de vivre mieux que leurs parents ne soient enrayes? faut-il, comme certains demographes, voir dans les changements de comportement des plus jeunes une replique inconsciente a la politique menee par la generation doree? les mariages sont devenus moins nombreux, plus tardifs et moins feconds de sorte que la chute de la natalite, si le redressement amorce ne s'amplifie pas et ne se prolonge pas, compromet, a terme, le versement de pensions elevees aux plus ages. une autre reaction s'amorce: l'exil. le montant des prelevements obligatoires fait partie d'un ensemble, avec le petit nombre de stocks options accorde a des jeunes, qui diminue l'interet de la societe francaise aux yeux de jeunes ingenieurs, techniciens ou financiers qui choisissent de travailler a londres ou en californie. 33.1.1.3. bosses et creux demographiques ayant lourdement charge la barque, meme apres que les trente glorieuses furent terminees, les francais prirent lentement conscience de phenomenes demographiques qu'il eut ete aise de leur exposer. des les annees soixante-dix, en effet, le paysage demographique etait clair. deux phenomenes les enfants nes entre 1920 et 1942, peu nombreux - un creux - furent suivis, de 1943 a la fin des annees soixante, par la vague du baby boom - une bosse - qui, precedait elle-meme des cohortes limitees d'enfants - une rechute. consequence ineluctable de cette succession de phases: le flux annuel des personnes atteignant 60 ans, egal a moins de 600 000 jusqu'en 2 005 va s'elever, brutalement, a 800 000. une augmentation d'un tiers qui se repercutera, massivement sur les regimes de retraite. a cette premiere evolution s'est superposee celle de la mortalite. l'esperance de vie a 60 ans qui, pour les hommes, etait, dans les annees cinquante, de 15 ans en moyenne est, aujourd'hui, de plus de 20 ans. or, l'effet de l'allongement de la vie sur les prestations de retraite est bien plus que proportionnel: augmentation de la duree de la vie 5 ans/75 = 6 % du service de la retraite 5 ans/15 = 33 % la regularite avec laquelle la duree de vie s'est accrue contraste ainsi avec les fluctuations de la natalite, difficiles a prevoir lorsqu'elles se produisent. c'est en 1943, annee redoutable s'il en fut, que la reprise des naissances s'est amorcee en france et, apres que le nombre de ces dernieres eut fortement flechi, il a connu, depuis 1996, une timide reprise alors que la morosite des francais etait grande. pour autant, les responsables des regimes de retraite n'auraient pas du etre desarmes. en effet, a la difference des variations de la conjoncture economique qui, parfois brusques, ont des effets rapproches, celles de la demographie sont lentes et ont des consequences tres differees. aussi bien, meme si la petite reprise recente de la natalite devait s'amplifier dans les annees qui viennent, ce phenomene n'aurait pas d'effet marque sur les regimes de retraite avant de tres longues annees. la demographie et les regimes de retraite jusqu'aux annees quatre-vingt, le rapport entre les actifs et les retraites, qui commande celui des cotisations aux prestations, a ete exceptionnellement favorable: pres de 4 actifs pour un retraite. il chutera, a terme, au-dessous de 1,5 et dans un peu plus de dix ans annees de multiples regimes de retraite connaitront un nombre de pensionnes superieur a celui des cotisants. (6) voir, a nouveau, le graphique 6 en fin de document. nous n'avons pas du tout tenu compte (dans le secteur public) ou pas assez (dans le secteur prive) de ces donnees demographiques, ni du fait que notre ouverture, sur l'europe et sur le monde, exigeait que nos regimes sociaux contribuent a rendre la france competitive et, par la, creatrice d'emplois. les francais savent que nous avons ete imprevoyants: 80 % d'entre eux pensent que les retraites de demain auront un niveau de vie inferieur a celui des pensionnes d'aujourd'hui. (7) l'avenir aurait ete moins preoccupant si nous n'avions pas, en outre, refuse la capitalisation collective. 33.1.1.4. le refus de la capitalisation collective les francais, patronat compris, n'ont pas voulu completer leur systeme de retraite par des fonds de pension consequents. ils ont meme fait pire. dans le cadre d'un systeme de repartition, il eut ete possible de creer des reserves substantielles, notamment pour pallier, en partie du moins, ces bosses et ces creux demographiques qu'on a evoques. etats-unis, allemagne, suede et japon ont mene cette politique mais la france s'y est refusee. pourtant l'agirc (regime des cadres du secteur prive), notamment, l'aurait pu ne serait-ce qu'en appelant les cotisations au taux qu'elle pratique aujourd'hui et qui est superieur d'un tiers a celui qu'elle a longtemps utilise. cependant, c'est bien par le developpement de regimes de capitalisation specifiques que les etats-unis et les pays de l'europe du nord, celle des frimas et des marchands, ont prepare l'avenir tandis que l'europe du soleil et des souverains catholiques se montrait plus insouciante. "nos compatriotes n'aiment guere que leurs institutions sociales soient prosperes; tout excedent leur est suspect. d'ou le terme de "cagnotte" pour designer un deficit moins eleve que prevu." (8) en outre, cette europe du sud a ete tres longtemps retive aux placements en actions. des experiences de capitalisation ont bien ete tentees en france mais les fonds, geres selon des formules fallacieuses ou places en obligations, ont ete devastes par de mauvais calculs ou par l'inflation. un fonds de retraite complementaire des fonctionnaires, le cref, avait cru judicieux d'adopter des formules originales qui ont ete par la suite condamnees et qui l'ont conduit a reduire les pensions qu'il versait de quelque 16 %! on demontre, cependant que le rendement de dotations aux retraites est egal - dans le cadre de la repartition, au taux de croissance de l'economie, - dans celui de la capitalisation, au rendement du capital, (9) et que - "regle d'or" - les deux systemes donnent des resultats equivalents lorsque le taux de croissance de l'economie et celui du rendement du capital sont egaux ce qui, a tres long terme, est sense se verifier. mais a tres long terme seulement. la gauche francaise est, depuis fort longtemps, hostile a la capitalisation dont le terme meme evoque par trop, a ses yeux, celui de capitalisme. les syndicats de salaries sont, de surcroit, cogerants des regimes de repartition. ce n'est que tres recemment qu'au sein du parti socialiste, laurent fabius a oeuvre pour elargir la place encore modeste de la capitalisation. c'est georges pompidou qui, en 1967, avait instaure la participation du personnel aux benefices des entreprises, laquelle aboutit a une forme interessante de capitalisation collective que nous l'examinerons au ¤ 33.3. cependant, les quelque 400 milliards de ff qui, a ce jour, ont ete collectes dans ce cadre ne representent que le dixieme des montants recueillis par l'assurance-vie. la realite, en effet, n'est nullement conforme aux affirmations peremptoires de ceux qui sont hostiles a la capitalisation: en france, repetons-le, celle-ci a, bel et bien, ete fortement encouragee et, qui plus est, dans la forme la plus inegalitaire qu'on puisse imaginer. les versements effectues dans le cadre des contrats d'assurance-vie - 50 000 ff par souscripteur et par an en moyenne - ont, pendant des annees, absorbe la moitie de l'epargne financiere des menages francais. un tiers d'entre eux a un tel contrat (pres de la moitie des cadres, des professions liberales et des agriculteurs). or les revenus de ces patrimoines sont capitalises en franchise d'impot et la transmission du capital a ete exoneree d'impot sur les successions. alors que les revenus des retraites devenaient moins inegalitaires, les differences des patrimoines se sont, au contraire, accrues (10), l'assurance-vie contribuant largement a ce phenomene. tandis que l'assurance-vie financait, par la souscription aux obligations emises par l'etat, l'essentiel du deficit public francais, se produisait, dans le monde, une revolution: la creation puis l'enorme developpement des pension funds investis en actions. elle a, notamment, provoque une seconde jeunesse du capitalisme americain. 33.1.2 l'explosion des pension funds si le leadership des etats-unis s'est manifeste a la fin du xxe siecle, ce fut, certes, en raison de leurs decouvertes technologiques comme de l'effet de puissance dont le $ et eux-memes ont beneficie, notamment en raison d'une incontestable superiorite militaire. les fonds de pension auront fortement contribue a etablir ce leadership. 33.1.2.1 role des fonds dans l'economie crees dans les annees cinquante, aux usa, les fonds de pension ont vu, dans les dernieres annees, leurs reserves bondir et depasser, a la fin de 1999, 80 000 milliards de ff (11) pour l'ensemble des pays industrialises dont les deux tiers aux etats-unis. voir le graphique 7 en fin de document. un placement majoritaire en actions ayant ete choisi par la plupart des fonds, ceux-ci ont ete favorises par la hausse des bourses - historiquement exceptionnelle - qui depuis 15 ans a procure des valorisations annuelles proches de 10 %, nets d'inflation. la france est restee a l'ecart de ce phenomene. les actifs des fonds francais representent moins de 10 % de notre pib alors qu'ils s'approchent de 100 % voire les excedent aux etats-unis, aux pays-bas et en suisse. ne caricaturons pas, pour autant, la situation: aux etats-unis, si les fonds de pension generent 60 % du montant des retraites, la social security, publique, qui fonctionne en repartition, en procure 40 %. reste que les grands fonds americains, dans le secteur public comme la calpers, ou prives, comme ceux des grandes societes, gerent chacun des centaines de milliards de ff de capitaux. il est frappant de voir que le fonds de pension de general motors avait, au printemps 2 002, une valeur de 70 milliards de $ qui etait le double de la capitalisation boursiere de la societe. il est vrai que, chez general motors, a chaque salarie en activite correspondent 2,5 retraites. puissants, les fonds sont des actionnaires autrement exigeants que les personnes physiques dont l'union, possible, est ephemere. aiguillonnant le capitalisme, ils l'ont pousse a s'internationaliser pour obtenir la rentabilite maximum. la gestion d'une large partie des fonds est deleguee a des organismes financiers et une concurrence intense existe entre eux pour seduire les fonds. sur ce marche, la performance boursiere immediate est devenue une obsession. des lors, le systeme ne va pas sans faire apparaitre des contradictions entre les interets des retraites, qui, passes dans le camp des "capitalistes", cherchent la valorisation maximum de leurs droits et ceux des salaries qui peuvent, notamment, etre touches par des "restructurations" brutales. les fonds auront, en tout cas, contribue a assurer, pour un temps au moins, la suprematie du capitalisme a l'anglo-saxonne sur la forme rhenane. 33.1.2.2 pension funds et marches financiers desormais, les fonds constituent le pilier essentiel des marches de capitaux et leur puissance est le premier des facteurs qui expliquent la force des places financieres anglo-saxonnes. en grande bretagne, les services financiers et la city jouent desormais un role economique aussi grand que l'industrie. beneficiant, pour financer leur expansion, des vastes ressources des fonds de capitalisation, les britanniques, mais aussi les hollandais ou les suisses ont vu se developper, relativement a la dimension de leurs pays surtout, des firmes plus internationales et plus puissantes que les notres: royal dutch et unilever, novartis ou nestle. l'etroitesse de notre marche d'actions a ete une des causes du faible nombre de nos entreprises geantes. a la fin de 2000 la premiere societe francaise par sa capitalisation boursiere, france telecom, ne se classait qu'au 36e rang mondial, suivie par totalfinaelf, 39e. dans ce classement, parmi les 100 premieres entreprises mondiales on ne trouvait que six francaises. 33.1.2.3 le controle des firmes francaises "l'ironie veut qu'en l'absence de fonds de pension, les profits des entreprises francaises alimentent en priorite les revenus des retraites americains." (12) l'absence de fonds de retraite francais explique, en effet, que les principaux actionnaires des grandes entreprises francaises soient devenus des fonds etrangers (et que les pme novatrices aient eu des difficultes a trouver des fonds propres). les francais, hostiles a la capitalisation, ont du constater que la collectivite des fonds anglo-saxons avait decide du changement de controle de plusieurs de leurs grandes societes. chez elf, par exemple. 33.1.2.4 capitalisation et conjoncture le succes, contingent, des fonds de pension a renforce l'optimisme et la consommation des americains. quand on observe, a la fois, le faible taux d'epargne et le deficit exterieur des usa, il est clair que leur exuberance est allee trop loin. a contrario, en europe et en france, les enquetes montrent que les gestionnaires des regimes de retraite et les hommes politiques, en differant les reformes, provoquent periodiquement l'inquietude des futurs retraites, consommateurs d'aujourd'hui. si les francais epargnent beaucoup, ils tirent des fruits mediocres d'une epargne dont une trop large part a finance les deficits publics. les fourmis francaises n'ont guere profite de la croissance fabuleuse des entreprises qui s'est acceleree dans les dernieres annees du xxe siecle. 33.1.2.5 capitalisation et concurrence mondiale dans la phase de hausse de la bourse, les mecanismes de la capitalisation ont pro