ŒÈé
Les graphiques mentionnés dans le texte ainsi qu’une table des
matières détaillée se trouvent à la fin du chapitre.43.1
Une Gauche encore divisée et toujours jacobine
«
La misère chargée d’une idée est le plus redoutable
des engins révolutionnaires » avait prophétisé Victor
Hugo. ([3]) Le socialisme n’avait-il pas grandi avec une classe ouvrière
dont l’existence était terrible ? Elle avait été convaincue
que l’appropriation collective des moyens de production serait bénéfique
et permettrait de faire disparaître la misère. Mais aujourd’hui,
ladite classe voit ses effectifs décliner et elle n’est plus rassemblée
dans de grands bassins industriels ; elle reconnaît, non sans peine,
que le collectivisme a échoué. Dans le même temps, les
minorités de notre époque, sociales mais aussi culturelles et
ethniques, ne sont pas parvenues à transformer leurs demandes en un
autre projet politique. Alain Touraine ([4]) a souligné le risque auquel
les démocraties de l’Union européenne ont été exposées
et qu’elles n’ont pas évité lorsqu’elles ont
eu des majorités de gauche (ce qui, en 1998 était le cas de onze
sur les quinze pays de l’Union) : être plus sensible aux intérêts
de la vaste classe moyenne qu’à la minorité des plus déshérités,
quelque dix pour cent en France. ([5])
En 1929, Sigmund Freud observe les élans quasiment religieux qui portent
les communistes, comme ils avaient porté les révolutionnaires
de 1789, et publie L’avenir d’une illusion. Une large partie de
la gauche européenne le rejoindra dans les doutes qu’il formule à l’égard
des utopies révolutionnaires ; les modérés de la gauche,
majoritaires en Europe, inventeront une social-démocratie qui acceptait
le capitalisme tout en entendant l’encadrer. La gauche française
continuera-t-elle à préférer ses rêves — le « socialisme à la
française » ou la « rupture avec le capitalisme » — à la
prise en compte des réalités ? Alors que l’Allemagne pratique
la cogestion dans l’entreprise, sa « seule évocation continue à hérisser
une partie de la gauche politique ou syndicale française. » ([6])
Du côté politique, on continue à miser sur les ruptures
par la loi plus que sur les négociations. « Le fond culturel de
la majorité plurielle ne la conduit pas à faire du développement
de la négociation collective un levier stratégique. Une telle
attitude favorise le développement des logiques catégorielles. » ([7])
Nombre de leaders socialistes — Lionel Jospin, Julien Dray, Harlem Désir,
Pierre Moscovici, Jean-Luc Mélanchon, Jean-Christophe Cambadélis
([8]) — ont connu une étape trostkyste plus ou moins longue. Du
côté syndical, le panorama français s’est encore
compliqué avec l’apparition des syndicats Sud à la fois
très contestataires et très corporatistes. Il est vrai, et on
l’a rappelé au chapitre 41, que du côté des entreprises
les blocages ne manquent pas non plus.
Croyant ou faisant semblant de croire aux vertus de l’appropriation collective
du capital, la gauche avait, lorsqu’elle était revenue au pouvoir,
massivement nationalisé. Dès 1983, les réalités
lui sautaient à la face et, en 1984, François Furet publie Le
passé d’une illusion ; il se risque à prévoir un
terme à « l’exception française » et pressent
l’échec final, non seulement de l’Urss et du communisme,
mais encore de l’idée même de Révolution dont le
mythe est resté si fort dans l’esprit de tant de nos concitoyens.
Les études d’opinion conduites en Europe ([9]) montrent en effet
que les Français se rapprochent des Espagnols et des Portugais en se
distinguant des Européens du Nord, par leur méfiance à l’égard
de la concurrence et leur volonté de continuer à réduire
par l’impôt les grandes inégalités de revenu. Le
mythe du changement par des lois révolutionnaires aura empêché l’élaboration
pragmatique des réformes sociales. « La réforme devient
impraticable à cause des représentations idéologiques,
des fantômes de guerres de religion, du maintien artificiel d’une
culture du conflit, de la prédominance du symbole sur le principe de
réalité, de l’angoisse d’être accusé de
pactiser avec le diable. » ([10])
Dans les années quatre-vingt-dix, la gauche affichait bien son ambition égalitaire
traditionnelle, qui restait populaire, mais le troisième volet de notre
site montre, clairement croyons-nous, qu’il s’agisse de l’éducation
(chapitre 31), de l’emploi (32) ou de la santé publique (34) que
cette ambition a couvert des politiques clientélistes plus favorables
aux classes moyennes qu’aux plus défavorisés ou aux exclus.
L’objectif des « 80 % de bacheliers » a suscité bien
des espoirs puis provoqué maintes déceptions. Finalement une
large étatisation n’est pas parvenue à améliorer
la condition des moins favorisés. « Les nationalisations ont eu
un rôle bien modeste par rapport à l’ambition qui les
justifiait » ([11])
« La vérité de la crise n’est pas celle du capitalisme
mais celle de la critique du capitalisme. » ([12]) En 1983 , François
Mitterrand en optant pour l’Europe condamnait sans le dire le socialisme à la
française et, en 1984, la lacité, telle qu’elle était
présentée, était apparue rétrograde. Dès lors,
la gauche n’a plus de projet central et à certains moments de vérité ses
leaders le reconnaissent : « le révolutionnarisme est derrière
nous. Il n’y a pas de modèle alternatif. […] Comme système,
le socialisme n’existe plus. Et d’abord, comme système de
production. Pour ce qui concerne la création de richesses et l’allocation
de ressources, la supériorité du marché sur la planification
s’est montrée incontestable. » ([13]) « Nous sommes
prisonniers d’idées anciennes, paresseux devant l’analyse
d’un monde qui tourne trop vite, butés dans des schémas marxistes
fatigués qui poussent à l’addition de réformes sociales
sans imagination et à un égalitarisme stérile. » ([14])
Aussi bien, entre 1997 et 2001, la majorité de gauche a-t-elle
approuvé, communistes compris, un substantiel programme de privatisations
comprenant, notamment, France-Télécom et Air France (il est vrai
que de telles mesures donnaient des ressources qui évitaient de remettre
en question la gestion co⁄teuse et peu efficace du secteur public).
Lionel Jospin, face aux réductions d’emplois annoncées
par Michelin, fut sans voix. Sa formule « oui à l’économie
de marché, non à la société de marché » sonne
haut mais son contenu reste parfaitement obscur. En 2002, des socialistes
ont reconnu ([15]) que la culture du « Ni Ni », chère à Lionel
Jospin ([16]) était totalement insuffisante. Alors que la gauche était
au pouvoir, les propositions les plus nouvelles de réforme de la machine
sociale ne sont-elles pas venues du Medef ? Le gouvernement qui fut aux affaires
de 1997 à 2002 a fini par ne faire apparaître qu’une ambition
: celle d’assurer le primat du « politique » (c’est-à-dire
du personnel politique) sur l’économie ; de l’édit
sur la négociation ; de l’évocation des mesures mythiques
du passé, telles les 40 heures du Front populaire, sur la façon
dont fonctionne l’économie concurrentielle. Ce furent les vrais
motifs des textes irréalistes, par leur substance comme par leur mode
de discussion, qui entendirent imposer les 35 heures. Aucun débat
de fond n’a été engagé par la gauche plurielle en
dehors du Pacs et de la Couverture Maladie Universelle ; encore débouchèrent-ils
sur des constructions boiteuses. « Les socialistes n’ont pas su élaborer
les outils d’analyse et d’action face à la montée
du chômage et de l’exclusion. » ([17]) Est-il un projet convainquant
sans analyse approfondie des réalités ?
A contrario, « rien d’efficace n’a été fait
pour conduire une réelle stratégie de lutte contre les discriminations
sociales dans les banlieues » ([18]) et Lionel Jospin a reconnu qu’il
avait eu la naveté de croire qu’une diminution du chômage
réduirait les phénomènes d’exclusion et les violences
qui les accompagnent. La lutte contre l’analphabétisme, difficile,
n’a pas été conduite avec assez de vigueur et d’imagination
; la formation professionnelle n’a pas été rénovée.
Bien que ceux des immigrés d’Afrique du Nord qui votent le fassent
en majorité en faveur de la gauche, celle-ci ne leur a guère
fait de place sur ses listes de candidats : aux élections législatives
de 2002, à peine plus de 1 % des candidats était d’origine
d’Afrique du Nord ou du reste de ce continent. « Le fossé entre
le pouvoir politique et la société commence à se creuser
dangereusement. N’est-ce pas ce que nous disent les jeunes dans les quartiers
? » ([19])
« Tandis que les partis d’Europe du Nord se constituaient en énormes
machines militantes, tissant des liens étroits avec des syndicats puissants
et une économie sociale étendue, le Parti socialiste français,
coupé des syndicats ou du secteur mutualiste, et mobilisant un très
faible nombre de militants — 150 000 militants déclarés mais
60 000 actifs seulement au Ps ([20]) — est resté essentiellement
une organisation d’élus entourés d’aspirants à l’élection. » ([21])
Il est devenu plus centriste et conservateur que populaire et novateur. Les analyses électorales
ont montré qu’il avait gagné des électeurs chez les
cadres mais qu’il n’avait plus guère de soutien chez les plus
défavorisés. Chez « les électeurs les moins diplômés
et qui ont des revenus modestes, Lionel Jospin est nettement devancé par
Jacques Chirac. » ([22]) La défense des avantages acquis le préoccupe
plus que l’exclusion. Le parti communiste a bien du mal à survivre
(voir le graphique 2 en fin de document) et le parti socialiste perd ses bases
populaires (graphique3).
Tout convie donc la gauche à une vraie reconstruction ; de son projet
et de son électorat. Or, trois phénomènes pourraient favoriser
l’évolution des formations de gauche. Primo, la prévalence
des mythes historiques qui était devenue un vrai handicap — les
35 heures inspirées par les 40 heures — se comprenait
avant tout dans le cadre de l’état-nation cher aux jacobins et
aux « Républicains ». Pour ceux qui sont nés après
1960 l’état-nation n’a plus le contenu émotionnel
voire lyrique qu’il avait pour maints aînés. ([23]) Ces
derniers avaient connu la deuxième guerre mondiale et la Libération.
L’histoire ne devient-elle pas, elle aussi, mondiale même si la
nation reste une réalité puissante ? Secundo, si les signes enregistrés
dans les toutes dernières années se confirment et que les « grandes écoles » et
les grands corps de l’état perdent les positions dominantes qui
ont été les leurs, il serait étonnant que le parti socialiste
ne soit pas touché par le phénomène et, du coup, ne renouvelle
pas ses équipes dirigeantes. Tertio, un regroupement de l’essentiel
des forces de gauche est devenu sinon probable du moins logique. La défaite
de la gauche au printemps de 2002 aura d⁄ beaucoup à ses déchirements
et à la dispersion des voix qu’ils ont provoquée ; le déclin
du Parti communiste — « butte témoin d’une histoire
morte » ([24]) — et l’inconsistance des verts ne pourrait-elle
aider le Parti socialiste à opérer un regroupement (au risque
d’opposer des leaders plus que des projets) ? L’exemple de maints
pays européens voisins et, tout récemment, celui de l’Ump
poussent également dans cette direction.
Demeure une grande faiblesse de la gauche française : par son attitude
négative le syndicalisme français s’est marginalisé dans
le secteur privé tandis qu’il prenait des accents exagérément
corporatiste dans le secteur public. Notre gauche ne dispose donc pas d’un
hinterland comparable à celui qui existe dans les démocraties
du Nord de l’Europe. Au sein du parti socialiste allemand la moitié des
membres sont actifs dans un syndicat et réciproquement.43.2 Le retour
d’une droite largement regroupée
Pendant que la gauche vacillait, la droite reprenait de la vigueur tout en
se regroupant. Le phénomène n’est pas propre à la
France. On voit, en effet, s’amorcer une véritable conjoncture
politique européenne. Le balancier des opinions qui commande les alternances
commence à évoluer de façon synchrone dans nombre de pays
de l’Union. Reste que la droite française a ses spécificités.
Autant que la gauche elle est très marquée par le « modèle
français » ; les succédanés de la monarchie ne déplaisent
pas à nombre d’électeurs ou d’élus. La formation
dominante, le Rpr, avait retrouvé plusieurs traits du bonapartisme,
y compris la popularité auprès de citoyens peu fortunés.
Déjà, la campagne électorale de Jacques Chirac avait,
en 1995, cherché à les attirer en évoquant la « fracture
sociale », sans que, pour la vaincre, elle ait été sérieusement
analysée ni que des remèdes suffisants aient été proposés.
Alors que, grâce à l’Europe, la France a fait un énorme
pas en avant dans le domaine économique bien s⁄r, mais, plus profondément
sans doute, dans l’avancée vers un état de droit favorable à la
paix et au respect des personnes, le débat politique, en France comme
dans la plupart des pays européens, garde un caractère très « franco-français ».
Qu’il s’agisse de la sécurité, des relations extérieures,
de l’environnement, des transports, de l’immigration, de la fiscalité ou
de la monnaie, l’action doit, de toute évidence, être conduite
au plan européen ; pourtant, lors des élections de 2002, aucun
candidat, aucune formation politique n’a proposé d’inscrire
son programme dans une perspective franchement européenne.
Il est vrai que la conduite à tenir à l’égard de
la construction européenne, sans faire exploser la droite française
comme ce fut le cas en Grande-Bretagne, l’aura longtemps divisée.
Non seulement une formation extrême l’a privée de nombreux électeurs
mais le courant hostile à l’Europe aura été, pendant
de longues années, majoritaire en son sein. Il aura fallu une génération
pour que les réalités s’imposent, et que les « souverainistes » — Pasqua,
Séguin, de Villiers — soient marginalisés. Et ce n’est
pas un hasard si le gouvernement Raffarin est composé de personnes qui,
en nombre, ont, à la fois, un fort penchant européen et une longue
expérience locale, municipale ou régionale. On peut s’attendre à ce
que ce gouvernement fasse progresser aussi bien la construction européenne,
dans la mesure où cela dépendra de lui, que la régionalisation.
Quel succès s’il y parvient !
Que, le plus souvent, la droite n’ait pas eu de grand projet explicite
n’est guère étonnant. N’est-elle pas conservatrice
par vocation ? Misant aujourd’hui sur la décentralisation et sur
la construction européenne, saura-t-elle faire avancer les choses en
s’appuyant sur le bouillonnement d’initiatives locales auquel maintes
personnalités de droite participent ? Saura-t-elle répondre à la
demande des électeurs d’une plus grande sécurité sans
verser dans la répression bornée ? Saura-t-elle analyser les
causes d’une violence qu’elle a le courage de vouloir affronter
? Ne pas se contenter de lutter contre les manifestations de ceux que notre
société aura si durement rejetés mais leur offrir des
perspectives ?
Acceptera-t-elle les débats au point de les encourager ? Aidera-t-elle
la France à sortir du règne de l’édit pour progresser
sur la voie des négociations ? La droite centriste, celle de Jacques
Chaban-Delmas, Raymond Barre, édouard Balladur et, sans doute, de Jean-Pierre
Raffarin, traditionnellement minoritaire, résistera-t-elle aux pressions
de la droite plus traditionnelle ? La droite parlementaire, enfin, parviendra-t-elle à réintégrer
dans son électorat suffisamment d’électeurs du Front National
pour que celui-ci ne représente plus un danger ?43.3 Les extrêmes
dans notre vie politique
43.3.1 Extrême-droite
Petit commerçant, souvent ancien poujadiste, ou artisan mis à mal
par la distribution moderne, grand bourgeois âgé, agriculteur
qui voit se poursuivre, inexorable, la concentration des exploitations, ouvrier
non qualifié ou relevant d’activités en déclin,
déçus de la gauche venue au pouvoir : les électeurs du
Front national (Fn) ([25]) voient la France d’hier se défaire
et maintes de ses valeurs contestées ; ils sont nettement plus pessimistes
que le reste des citoyens ([26]). Inquiétude, péril, décadence
et déclin ponctuent les propos des militants ([27]). Des enquêtes
de terrain ont montré que le sentiment d’insécurité des électeurs
du Fn est plus fort dans les quartiers où les résidents ont un
taux de chômage élevé que dans ceux qui connaissent le
plus grand nombre d’actes violents. Beaucoup rêvent encore d’un
paradis perdu : celui d’un État national, fort et monarchique,
au lieu du régime des partis ; d’une société patriarcale
vertueuse imposant sa loi, par la contrainte au besoin, à un monde qui, à leurs
yeux, s’affaisse.
La construction européenne aura, en effet, joué son rôle
dans le rassemblement autour de Jean-Marie Le Pen d’électeurs
que les changements de leur univers blessaient et perturbaient. Ils n’étaient
pas seuls en Europe. Dans plusieurs autres pays — Autriche, Belgique
flamande, Hollande ou Danemark — des mouvements politiques extrêmes
auront connu des poussées parfois fortes. Mais, dans ce secteur de l’opinion
aussi, une conjoncture politique commune, le reflux, pourrait bien s’amorcer.
L’Europe devient, chaque jour un peu plus, une réalité.
Se battre contre elle apparaît de plus en plus irréaliste.
Fermer nos frontières aux produits et services est devenu utopique ;
les clore à toute immigration va le devenir. La démographie française
qui prévalait lors de la naissance du Fn va, dans peu d’années,
se transformer radicalement. On parlait de chômage massif, on évoquera
de plus en plus les difficultés à remplacer ceux qui partent à la
retraite.
En 1998, le slogan du Fn « ni de gauche, ni de droite », a pu étonner.
Il n’était pourtant pas si nouveau qu’une formation d’inspiration
fasciste trouve des appuis chez d’anciens électeurs de gauche.
C’est bien ce qu’Adolf Hitler avait réussi à faire.
En France, la nouvelle tactique du Fn reflétait la composition d’un électorat
dont une partie non négligeable désertait la gauche. En maintenant
ses candidats aux élections de 1997 et en provoquant nombre de « triangulaires »,
le Fn avait délibérément contribué à la
défaite de la droite. Là où ses électeurs avaient
d⁄ reporter leurs voix, la moitié seulement l’avait fait
en faveur de la droite, l’autre moitié se partageant entre un
vote de gauche et l’abstention.
Si maints électeurs sont désireux, dans un premier temps, de
manifester leur peur ou leur indignation en votant pour l’extrême
droite, nombre d’entre eux savent fort bien que les propositions du Fn — revenir
au franc par exemple — ne sont pas réalistes. Voir le graphique
4 en fin de document. La situation n’est pas très différente à l’extrême
gauche.
43.3.2 Extrême-gauche
L’extrême-gauche, communistes inclus, n’a pas tort de reprocher
aux gouvernements successifs, ceux de gauche compris, de ne pas s’être
assez souciés de ceux que les évolutions contemporaines font
souffrir.
Elle aussi critique, voire refuse, aussi bien la construction européenne
et sa mise en cause des monopoles publics qu’une décentralisation énergique. « La
distinction entre la France qui accepte l’ouverture et celle qui prône
le repli, apparue il y a une dizaine d’années, reste fondamentale. » ([28])
Les diplômés du supérieur sont favorables à la dévolution
d’un pouvoir de décision accru à l’Union européenne
; les peu diplômés sont contre. Le remplacement du franc par l’euro
a été approuvé par les détenteurs de hauts revenus
et plus contesté par les autres. Le droit de vote des étrangers
non européens est souhaité par la majorité des plus diplômés
et rejeté par les autres. ([29])
La France est le pays d’Europe où, de façon prolongée,
des formations extrêmes auront joué le rôle politique le
plus important. Aux élections présidentielles, jusqu’à celle
de 1995, comme le montre le tableau ci-dessous l’audience des partis « extrêmes »,
a cr⁄, faisant, ipso facto, régresser la représentativité du
Président de la République. Le premier tour des élections
présidentielles de 2002 n’a fait que prolonger cette tendance.
É
lections présidentielles. ([30])
suffrages en %
candidats :
1974
1981
1988
1995
2002
1er tour
« institutionnels »
73
70
53
44
40
« protestataires »
4
8
23
27
22
divers
7
votes blancs *
23
22
24
26
31
* + nuls + abstentions + non inscrits
Certes, la cohabitation aura été une forme de ces rassemblements
au centre qui, comme on l’a vu récemment en Autriche, constituait
pour certains une incitation à voter aux extrêmes ou à s’abstenir
; certes, le scrutin majoritaire, limitant ou interdisant une représentation
conséquente de minorités réelles au Parlement, peut renforcer
la tentation de voter aux extrêmes. En 2002, toutefois, la force des
abstentions et des votes protestataires aux premiers tours contraste avec la
concentration des votes, au second tour des législatives, en faveur
des candidats des deux grandes formations de droite et de gauche. Ce double
mouvement ne reflète-t-il pas à la fois une assez grande maturité de
la majorité de ceux qui votent mais aussi le désarroi d’une
très forte minorité ?
Oui, la France est déchirée comme nous tentons de le montrer
dans le chapitre 41. La « crise » que les Français disent
connaître depuis le début des années soixante-dix et la
fin des trente glorieuses, est plus sociétale qu’économique.
Une concurrence renforcée, alors que la croissance a ralenti, a obligé le
secteur privé à s’adapter de façon plus qu’énergique
en provoquant d’innombrables souffrances dans de nombreuses catégories
sociales. En même temps, l’état a été gouverné par
des formations dominées par de hauts fonctionnaires qui, de droite ou
de gauche, et en dépit de dépenses publiques croissantes, n’ont
pas vraiment aidé, agriculteurs et mineurs de charbon mis à part,
ceux qui étaient désemparés par les changements du monde.
La gestion centralisée de nos « unités de base » — collège,
hôpital, tribunal ou mairie — s’est avérée
co⁄teuse et socialement peu efficace. L’exclusion a grandi dont
souffre notamment une partie des immigrés ou de leurs descendants. Une
large partie des habitants des banlieues n’a pas de représentation
politique, ce qui accentue leur marginalisation dans la République.
Et pourtant : « qui croit encore à la révolution et qui
la souhaite ? » ([31]) La grande majorité des jeunes, en tout
cas, ne compte plus sur des mesures révolutionnaires ou sur une réforme
générale de la société ; elle mise sur des actions
ponctuelles. ([32]) Au-delà de violences endémiques qui ne sont
pas prêtes à s’apaiser, une grande convulsion ne paraît
pas le plus probable. Les citoyens gardent, en majorité, un réel
sens social mais ils voient mal la façon de réformer notre énorme état-providence.
([33]) Beaucoup, on l’a vu, doutent de cette démocratie intermittente
qui s’exprime dans les urnes pour être ensuite, trop largement,
confisquée par une nouvelle noblesse d’état. Une démocratie
d’opinion en temps réel tend à contester la démocratie
représentative. Il serait sans doute erroné, en considérant
les taux d’abstention aux élections — forts et croissants — que
les Français se désintéressent des problèmes de
la cité. Les manifestations de rue en faveur de l’école
privée en 1984, celles de l’automne 1995, celles des jeunes après
le premier tour des présidentielles de 2002 disent le contraire.
Des enquêtes européennes ([34]) montrent que dans les pays de
tradition protestante la participation à la vie politique est plus grande
que chez ceux qui relèvent de la tradition catholique. Cependant, si
les Français sont moins « politisés » que les Danois
ils le sont plus que les Espagnols ou les Italiens. Que le niveau d’éducation
soit plus élevé dans l’Europe du Nord, confirme notre sentiment
que, dans un pays comme le nôtre, où le niveau d’éducation
s’est élevé, ne garantit pas, à soi seul, une démocratie
effective, mais il rend plausible une orientation dans cette direction. Le
désintérêt pour la politique n’est-il pas d⁄,
avant tout, à l’accaparement du pouvoir par une petite minorité et à son
comportement ? Sur la durée, la participation des Français à la
vie politique devrait retrouver un cours plus normal.
En Europe, les pays où l’intérêt pour la vie politique
est le plus vif sont aussi ceux où les citoyens participent le plus à la
vie des associations (voir le chapitre 41).
Europe
France
Espagne
Italie
Pays-Bas
Danemark
Indice de poli-
1990
46
41
26
33
65
57
tisation élevée
1999
45
40
27
39
72
60
% de participts à
1990
26
19
7
14
65
50
2 associations & +
1999
22
14
10
18
78
54
Affadissement des programmes des partis de gouvernement, absence de débats
face à l’opinion ont encouragé les abstentions et les votes
aux extrêmes comme l’instabilité des majorités qu’on
a constatée depuis 1981 : six élections législatives successives
se sont traduites par six changements de majorité.
Et la démocratie française porte en elle un risque qui fut patent
en 1968-1969 : le Président de la République dispose de pouvoirs
considérables qui attirent sur lui la foudre par temps d’orage.
Cette rémanence monarchique, qui va de pair avec un parlement infantilisé,
fut maintes fois critiquée sans être réformée. « Georges
Pompidou devait l’atténuer, il la perpétua. Valéry
Giscard d’Estaing devait la libéraliser, il la cultiva. François
Mitterrand devait l’abolir, il en usa et en abusa. » ([35]) Le
raccourcissement à cinq ans du mandat présidentiel, qui a résulté de
calculs à courte vue plus que d’une vision institutionnelle claire
permettant de le faire concider avec une législature, va-t-il renforcer
durablement la position du Président ?43.4 Un nouveau contrat plutôt
qu’un vieux modèle ?
BBBNotre site a braqué le projecteur sur nos survivances anachroniques — le « modèle
français » — craignant qu’elles ne perdurent. On ne
saurait oublier, en même temps, les forces et les fantastiques changements
qui transforment la France.
43.4.1 Autre contexte
La France s’est ouverte au vent du large et continue à le faire.
Rurale et coloniale hier, elle est devenue citadine et européenne. En
stagnation, voire en régression, avant la seconde guerre, elle est devenue
un des acteurs importants de l’économie mondiale. Par ses frontières
largement ouvertes, par l’activité foisonnante de ses entreprises à l’étranger,
par la présence des étrangers dans le capital de ses grandes
sociétés, la France s’est immergée dans l’économie
mondiale.
43.4.1.1 Une France tonique
Cette ouverture aux formes multiples a provoqué, dans le secteur privé essentiellement,
des adaptations considérables. La vie professionnelle est devenue instable
et l’emploi à vie une chimère. Les efforts et les sacrifices
auront été énormes ; les résultats aussi. Le pays
et ses citoyens se sont enrichis, matériellement et intellectuellement.
Si leur histoire les encombre elle les enrichit aussi. Monuments, paysages
et cuisine ne font pas seulement de la France la première destination
touristique au monde. Ils constituent un fantastique trésor dont disposent
ses citoyens.
Si l’avenir semble inquiétant, voire angoissant, à tous
ceux qui n’ont pas accédé à des compétences
ou ne partagent plus la foi religieuse ou politique de leurs anciens, les Français,
en majorité, se disent heureux ; ils se sont notés ainsi, sur
10 : ([36])
En %
1981
1990
1999
Entre 1 et 4
14
10
11
Entre 8 et 10
40
40
44
Au travail, ils se disent, en majorité, satisfaits. C’est vrai
non seulement des cadres supérieurs (7,7 sur 10 en 1999 contre 7,4 en
1990) mais aussi des employés (6,3 c. 6,0) et, surtout, des ouvriers
non spécialisés (6,9 c. 5,6). ([37])
Les comportements confirment ces tendances. Ainsi, les Français ont
vigoureusement participé au mouvement de création de nouvelles
sociétés du monde Internet (les start-up). Jadis assez casaniers,
on les a vus, aussi, immigrer en nombre à Londres ou dans la Silicon
Valley.
Pendant les vingt années, 1975-1995, baptisées par certains de « piteuses »,
le pessimisme avait régné en France et le mot de crise faisait
florès. Dès 1964, au beau milieu des « Trente glorieuses »,
la natalité s’était mise à décliner. Or,
en 1997 le mouvement s’est arrêté et quelque peu infléchi.
On peut y voir le signe — durable ? — d’une confiance retrouvée
dans l’avenir. Voir le graphique 5 à la fin du chapitre.
Un autre signe qui pourrait aller dans ce sens est celui de notre vitalité dans
le domaine culturel : « Partout, de Dunkerque à Banyuls ou de
Lorient à Mulhouse ce ne sont que festivals de théâtre,
de musique ou de danse, nouveaux musées, peintres d’avant et d’arrière-garde. » ([38])
Les Français, enfin, sont très actifs dans le domaine humanitaire
qu’il s’agisse des organisations nées sur leur sol ou de
la participation des citoyens aux campagnes qu’elles conduisent.
43.4.1.2 Autonomie et citoyenneté
Finalement, les Français ayant atteint un âge certain ne sont-ils
pas exagèrément inquiets ? Si des enquêtes d’opinion
montrent nos concitoyens préoccupés du devenir de leur pays,
les enquêteurs de la Cofremca, depuis qu’ils les écoutent,
ne les ont jamais trouvés aussi toniques. Non pas euphoriques, mais
confiants dans leur capacité à faire face aux événements,
par leurs moyens propres plus qu’en recourant aux institutions. « Les
moi évoluent plus vite que le nous ; les individus sont plus solides
qu’on ne le croit parce qu’ils sont plus autonomes. Nous perdons
nos évidences sans franchement nous porter plus mal. » ([39])
La représentation que nous avons de notre pays pourrait bien être,
phénomène classique, en retard sur les faits : nos concitoyens
ont, probablement, des comportements plus adaptés à leur époque
que les concepts archaques auxquels ils se disent attachés.
Trente ans après qu’eurent lieu les turbulences du printemps 1968,
leur signification apparaît un peu mieux. La Sorbonne, a été l’épicentre
d’un mouvement qui, après avoir bravé l’interdiction
d’aller voir les filles, voulut faire sauter le « système ». « D’une
certaine manière, le mouvement de mai 1968 a réussi à changer
la vie : c’était son ambition. Il n’y est pas parvenu en
s’emparant du pouvoir, mais en modifiant fortement les mentalités.
Depuis, on ne se voit plus soi-même, on ne voit plus les autres de la
même façon, hommes et femmes, parents et enfants, gouvernants
et gouvernés, ceux qui ont une autorité, de quelque nature qu’elle
soit et ceux sur lesquels elle s’exerce, ne se parlent plus, ne se considèrent
plus de la même façon. Leurs relations ont changé, elles
sont plus naturelles, moins composées, plus égales, moins hiérarchiques. » ([40])
On a décrit (chapitre 13) le puissant mouvement d’autonomisation
qui avait saisi les individus. « Redistribution radicale entre le public
et le privé : tout ce qui relève de l’explication ultime,
de la prise de position sur le sens de l’aventure humaine se trouve renvoyé du
côté des individus, le collectif ne représentant plus un
enjeu métaphysique en lui-même. » ([41]) « Il
n’y a plus de rail vers le futur ; il n’y a pas de locomotive de
l’histoire qui nous transporte vers l’avenir heureux ; le mythe
du progrès comme nécessité historique est mort. » ([42])
Cependant, les enquêtes montrent que le refus par nos concitoyens d’un
contrôle social sur la vie privée est loin de s’accompagner
du refus de règles dans la vie collective. Si les grands systèmes
de valeurs, religieux ou politiques, ont vu leur influence explicite se réduire,
les Français n’en sont pas moins désireux qu’existe
une morale, devenue moins un absolu qu’une façon de définir
un comportement dans une situation concrète. « Fais ce que tu
veux dans ta vie privée, mais respecte l’ordre public. » ([43])
Déclin de l’autorité « naturelle » des institutions
et développement de l’autonomie des individus n’entraînent
nullement un désir d’anarchie. Des violences de rues beaucoup
plus nombreuses font scandale mais un progrès de l’état
de droit plus discret se produit. Des violences cachées — femmes
et enfants battus, incestes et viols ou bavures policières — qui
se répétaient sans être sanctionnées sont désormais
de plus en plus dénoncées et sanctionnées. Elles ne sont
plus admises comme des fatalités finalement impunies. Les auteurs de
violences étant souvent d’anciennes victimes, on peut espérer
que des enchaînements tragiques seront moins fréquents.
En attendant que soit supprimé le « parachute » qui permet
aux fonctionnaires élus puis battus de retrouver leur emploi, trois
autres facteurs pourraient apporter des changements dans le cours de notre
vie politique. D’abord, l’accroissement du nombre des femmes élues
en vertu de la nouvelle loi sur la parité (mais il a encore été modeste à l’issue
des élections législatives de 2002) ; ensuite la limitation du
cumul des mandats. Enfin, par la force des choses, le débat va s’ouvrir
entre « jeunes » et « vieux », actifs et retraités.
43.4.2 Jeunes et vieux
L’opposition gauche/droite traditionnelle, ne repose plus sur des antagonismes
entre des classes sociales bien typées, ni sur des affrontements idéologiques,
voire religieux. Nombre de personnes partagent — voir le chapitre 32— l’opinion
majoritaire de la gauche lorsqu’il s’agit de l’emploi et
celle de la droite en d’autres domaines. Les élus et les gouvernants
seraient donc dans l’erreur s’ils pensaient avoir reçu un
mandat général pour cinq ans.
On peut discerner trois traits nouveaux dans les relations entre jeunes et
vieux. De tout temps, sans doute, les jeunes ont contesté les formes
les plus autoritaires de la société auxquelles les plus anciens
sont d’autant plus attachés qu’elles consacrent leur pouvoir.
1968 a eu beau accélérer l’évolution des rapports
entre les personnes, le modèle français et ses références
monarchiques ont beau être dévalorisés, des îlots
de résistance, nombreux et forts, demeurent dans les familles, les administrations,
les entreprises et les écoles. La revendication d’autonomie a,
par exemple, été très présente dans les manifestations
de lycéens de 1998.
Or, second élément, la contestation de l’autoritarisme
et du style patriarcal se sent d’autant plus justifiée que les
jeunes disposent d’un atout évident sur la majorité de
leurs aînés. Ils maîtrisent mieux que la plupart d’entre
eux certaines techniques modernes, informatiques en tête. Ils disposent,
ainsi, pour quelques années, d’un avantage qui rend à leurs
yeux les actes d’autorité encore plus injustifiés lorsqu’ils
sont posés par des adultes âgés qu’ils jugent volontiers,
et trop rapidement bien s⁄r, ignares.
Enfin, « François Mitterrand savait faire défiler en accéléré,
comme dans un clip, la grande geste de la gauche : 1789, 1848, 1936, les congés
payés, le temps des cerises, les enfants dans les mines, Napoléon-le-Petit
et le petit père Combes, Hugo et Gambetta, Dreyfus et Zola, Jaurès
et Clémenceau. » ([44]) Les jeunes, plus européens que
leurs parents, baignant dans un espace-monde plus que dans l’état-nation,
sont beaucoup moins sensibles à ces évocations. Elles ne les
mobilisent plus, alors que la crainte du racisme est capable de le faire. C’est
peut-être cette évolution qui aura conduit la gauche à perdre
des militants et des électeurs.
La combinaison de ces phénomènes pourrait bien contribuer au
durcissement d’une confrontation que notre démographie rend, sans
doute, inévitable. Le creux des naissances des années trente,
suivi du boom des années quarante et cinquante puis d’un repli,
ont permis de faire des retraités heureux de ceux qui sont nés
avant la deuxième guerre. Mais nos montagnes russes démographiques
préparent un très sérieux problème pour les années à venir
(un chapitre de notre site, le numéro 33, est entièrement
consacré aux problèmes posés par les régimes de
retraite.)
Les intérêts d’une part de ceux qui, en nombre décroissant,
seront au travail et cotiseront et, d’autre part, des retraités,
dont le nombre augmente, seront, évidemment et pour de longues années,
divergents. Pour maintenir de bonnes retraites pourra-t-on encore augmenter
des cotisations ([45]) qui sont déjà parmi les plus élevées
du monde occidental, faudra-t-il allonger la durée de cotisation ou
réduire les allocations ?
Le débat se double d’une opposition entre un secteur public, trop
immobile et trop co⁄teux, et un secteur privé qui se sera durement
adapté à la concurrence mondiale, y compris en prenant, dans
le domaine des retraites, des mesures courageuses bien qu’insuffisantes.
Nos leaders, à l’occasion de ce débat, sauront-ils remettre
la politique en mouvement ? Faire participer les Français aux chantiers
de notre temps, à la modernisation de l’état (voir le chapitre
42), à la démocratisation de la gestion des grands domaines sociaux
: éducation, retraites, santé pour réduire les déchirures
du tissu social ? Enfin, poursuivre la construction de l’Europe
?Graphiques
Graphique 1 — Participation électorale dans les pays occidentaux
Taux de participation aux élections législatives dans la population électorale
potentielle de 1993 à 1997, en %. Évolution par rapport aux années
1960-1970. Source : Le Monde, 17 avril 2002.
Graphique 2 — % d’ouvriers et employés aux congrès
du PCF
Source : Roger Martelli, Le Rouge et le Bleu, éditions de l’atelier, 1995
Graphique 3 — % d’ouvriers et employés au sein du Ps
Source : graphique établi par Le Monde,
à
partir des données de l’ouvrage de Roger Martelli, op.cit.
Graphique 4 — électeurs du Front national
É
lections présidentielles Élections législatives
En % et en nombre de voix En % et nombre de voix
Source : Le Monde,
Graphique 5 — un mini boom des naissances en France
Sources : Insee, Eurostat
43.0 Résumé : après l’arrêt de la vie politique 1
43.1 Une Gauche encore divisée et toujours jacobine 3
43.2 Le retour d’une droite largement regroupée 8
43.3 Les extrêmes dans notre vie politique 10
43.3.1 Extrême-droite……………………………………………………………………………..
10
43.3.2 Extrême-gauche…………………………………………………………………………….
11
43.4 Un nouveau contrat plutôt qu’un vieux modèle ? 15
43.4.1 Autre contexte……………………………………………………………………………..
15
43.4.1.1 Une France tonique 15
43.4.1.2 Autonomie et citoyenneté 16
43.4.2 Jeunes et vieux…………………………………………………………………………….
18
Graphiques…………………………………………………………………………………………..
20
[1] Jean-Pierre Raffarin, déclaration d’investiture, 5 juillet
2002.
[2] René Rémond et Marcel Gauchet, un échange, Le Débat, septembre — octobre 2002.
[3] Cité par Dominique Strauss-Kahn, La flamme et la cendre, Grasset, 2002.
[4] Alain Touraine, Comment sortir du libéralisme ? Fayard, 1999.
[5] Voir le chapitre 35.
[6] Dominique Strauss-Kahn, op.cit.
[7] Nicole Notat, L’Express, 17 mai 2001.
[8] Daniel Bensad, Les Trotskysmes, Puf, 2001.
[9] Voir, par exemple, Jean-François Tchernia, Les valeurs économiques des Européens, Futuribles, juillet –ao⁄t 2002.
[10] Nicole Notat, in Notre état, Robert Laffont, 2001.
[11] Martine Aubry, Le choix d’agir, Albin Michel, 1994.
[12] Luc Boltanski et Eve Chiapello, Le nouvel esprit ducapitalisme, Gallimard, 2000.
[13] Lionel Jospin, Florence, 22 novembre 1999.
[14] Bernard Kouchner, Le premier qui dit la vérité, Robert Laffont, 2002.
[15] Alain Bergounioux, Claude Evin, Alain Richard, Michel Sapin, Bernard Soulage, Le Monde, 21 juin 2002.
[16] Erik Izraelewicz et Christine Mital, Monsieur Ni-Ni, Robert Laffont, 2002.
[17] Martine Aubry, op.cit.
[18] Noêl Mamère, Le Monde, 22 ao⁄t 2002.
[19] Dominique Strauss-Kahn, op.cit.
[20] Arnaud Montebourg, Le Monde, 25 avril 2002.
[21] Jean-Paul Fitoussi et Pierre Rosanvallon, Le nouvel âge des inégalités, Seuil 2000.
[22] Jérôme Jaffré, Le Monde, 25 novembre 2000.
[23] Alain Miller, Tombeau de l’homme de gauche, Le Monde, 4 décembre 2002.
[24] Max Gallo, Le Débat, septembre – octobre 2002.
[25] Voir Pascal Perrineau, Le symptôme Le Pen, radiographie des électeurs du FN, Fayard, 1998.
[26] Sondage Sociétal — BVA, novembre 1997.
[27] 71 % des électeurs du Fn considèrent que la France est en décadence, contre 38 % pour l’ensemble des Français. Sondage Csa, état de l’opinion 1998, Seuil.
[28] Jérôme Jaffré, Le Monde, 25 nov 2000.
[29] Sondages Ipsos et Sofres cités par Jérôme Jaffré, Le Monde, 25 nov 2000.
[30] Base de données GERI — INSEE — RGP sauf pour 2002 Alain Lancelot, Commentaire, été 2002.
[31] Alain Touraine, op. cit.
[32] Sondages Sofres pour la Fsu, Le Monde 21 Novembre 1999 et Ifop, l’Humanité 27 janvier 2000, cités par Futuribles, novembre 2000.
[33] Lettre de la Cofremca n¡ 51.
[34] Pierre Brechon, Des valeurs politiques entre pérennité et changement, Futuribles juillet-ao⁄t 2002.
[35] Olivier Duhamel et Gérard Grunberg, Commentaire, automnbe 2001.
[36] Les valeurs des Français, sous la direction de Pierre Brechon, Armand Colin, 2000.
[37] Les valeurs des Français, idem.
[38] Sociétal, 1er trimestre 2002.
[39] Gérard Demuth, Rien n’est plus pareil et ce n’est pas un drame, Stock, 1997.
[40] Édouard Balladur, Caractère de la France, Plon, 1997.
[41] Marcel Gauchet, La religion dans la démocratie, le débat, Gallimard, 1998.
[42] Edgar Morin, in Les clés du XXIe siècle, Unesco/Seuil, 2000.
[43] Les valeurs des Français, op.cit.
[44] Jacques-Alain Miller, Tombeau de l’Homme-de-gauche, Le Monde, 4 décembre 2002.
[45] Rappelons le calcul simple du chapitre 33. Si le nombre des cotisants est égal à 1,5 fois celui des retraités, et la France va se rapprocher de cette situation, pour que la retraite moyenne égale 75 % du salaire moyen, il faudrait que le travailleur abandonne la moitié de son salaire au retraité.