Les graphiques mentionnés dans le texte ainsi qu’une table des
matières détaillée se trouvent à la fin du chapitre.
41.1 Redéfinir les finalités du contrat social
Notre système de protection sociale a été imaginé pour
pallier les manques d’une France sortie exsangue de la guerre. Sa société était
nationale, industrielle, administrative et masculine, ses emplois et ses familles
stables. Au fil des ans, cette société s’est ouverte sur
le monde ; les femmes et les services privés y ont pris des places
majeures ; les emplois et les familles sont devenus moins constants ; le niveau
de connaissances et de consommation comme la durée de la vie se sont
fortement élevés ; les individus ont acquis une plus grande autonomie
; le pays s’est inséré dans l’Europe. Face à ces
multiples transformations le système de protection sociale a été mille
fois amendé sans être vraiment repensé.
Les créateurs du site Contrat-social. com ne chercheront pas à énoncer
ici des mesures de révision dudit système de façon plus
détaillée qu’ils ne l’ont fait dans les chapitres
31 à 35 du deuxième volet. Non seulement ils n’ont pas,
dans tous les domaines évoqués, les compétences requises
mais ils sont convaincus que l’important est d’analyser les situations,
de faire certaines propositions, de donner des exemples puis de contribuer à ce
que les initiatives puissent se manifester ; bref, d’établir des
principes qui devront être appliqués avec réalisme, sens
du concret et de façon professionnelle. Qui croit encore aux programmes électoraux
détaillés ? Les circonstances dans lesquelles les mesures promises
devraient s’appliquer sont-elles prévisibles ? La méthode
proposée n’est-elle pas plus importante que des objectifs précis
? Susciter et organiser le débat pour recueillir les propositions de
citoyens qui ont compétences et expériences ne devrait-il pas être
la préoccupation première des démocrates ?
Dans cet esprit, des propositions ne pourraient-elles être faites aux
plus favorisés d’abord, à ceux qui sont défavorisés
ensuite ?
41.1.1 Aux plus favorisés
Les « beaux quartiers » mobilisent les moyens les plus pointus
de l’éducation nationale (ch. 31). Les personnes qui ont bénéficié d’une éducation
poussée et qui perçoivent les revenus les plus élevés
sont, en même temps, celles qui sont les mieux soignées et qui
ont la vie la plus longue ; ce sont donc elles qui, statistiquement, co⁄tent
le plus cher à la collectivité, tant du côté des
retraites (ch. 33) que de l’assurance-maladie (ch. 34). Ce sont elles,
aussi, qui bénéficient de l’essentiel des exonérations
attachées à l’assurance-vie et au livret A ; elles,
enfin, dont les enfants font les études les plus longues aux frais de
la collectivité. Si la progressivité de l’impôt par
rapport au revenu est une réalité, elle ne doit pas occulter
une sorte de « régressivité » des services collectifs
: les moins favorisés, et au premier chef les exclus, en bénéficient
beaucoup moins que les autres.
41.1.1.1 Limiter les droits à la gratuité des plus favorisés
Si on veut réformer ce « collectivisme » mou que le chapitre
35 de notre site décrit, il faut limiter les prestations reçues
par les détenteurs de revenus élevés. C’est ce qui
a été fait pour les allocations familiales où 60 % des
prestations versées par la caisse compétente sont placées « sous
condition de ressources » (contre environ 10 % en 1970). Cependant, le
domaine retenu n’était peut-être pas le mieux choisi pour
mener une politique de ce type. N’est-il pas souhaitable d’encourager
une reprise de la natalité pour qu’elle se confirme ? Voir le
graphique 1 en fin de document.
Dans le domaine de la santé, ne serons-nous pas contraints d’apporter
aux remboursements par la collectivité des limites plus strictes tant à l’égard
des patients que des professions de santé ? L’abonnement auprès
d’un généraliste, ce dernier étant rémunéré par
client abonné et non plus à l’acte, ne mérite-t-il
pas d’être testé (voir le chapitre 34) ? L’utilisation
des références médicales et des diverses formes d’évaluations
des soins, dont seraient tirées les conséquences lors de l’élaboration
des budgets, ne devrait-elle pas être systématisée ? Ne
faudrait-il pas parvenir à surmonter les fortes résistances d’une
large partie du corps médical à l’égard de ces méthodes
en soulignant que le budget collectif n’est pas indéfiniment extensible.
L’accès à l’enseignement supérieur doit-il être
gratuit et sans examen d’entrée ? Il faut bien constater que de
faibles droits d’inscription à l’Université aboutissent à ce
que les adolescents, appartenant aux classes aisées en grande majorité,
reçoivent un enseignement, souvent de longue durée et trop fréquemment
peu approprié, qui est financé par la collectivité tout
entière sans qu’un nombre suffisant d’enfants des classes
populaires bénéficie de bourses d’enseignement permettant
de faire des études poussées.
Dans le domaine du chômage est-il légitime que la collectivité verse
des indemnités élevées aux cadres supérieurs qui
ont des facultés d’épargne ? Dans celui du logement dit « social »,
le débat entre l’aide à la pierre et l’aide à la
personne, ne devrait-il pas être à nouveau ouvert, compte tenu
de l’échec patent des dispositifs actuels à loger les plus
démunis ?
Dans le domaine des retraites, les organismes qui vivent de cotisations obligatoires
se sont largement écartés, avec l’acquiescement du patronat,
de la conception originale : « au-dessus d’un certain revenu, c’est
le devoir des intéressés de faire un effort volontaire de prévoyance
libre. C’est pourquoi notre système repose sur l’idée
de cotisations et de prestations proportionnelles aux revenus dans la limite
d’un plafond. » ([6]) Il faut avoir le courage d’abaisser
les plafonds des cotisations obligatoires tout en réduisant les pensions élevées.
Dans le cadre de la révision des régimes de retraite qui va être
engagée, ne serait-il pas souhaitable de développer des solutions
flexibles et personnelles et notamment des retraites progressives comme
un choix de l’âge de départ final lié au montant
des prestations ? Il serait normal que, simultanément, les avantages
excessifs accordés, pour d’assez mauvaises raisons, à l’assurance
sur la vie individuelle continuent à être réduits de façon à encourager
des formes de capitalisation ayant une assise collective. Ce ripage dans les
placements de l’épargne ne peut être que progressif car
il est lié, au premier chef, à la résorption du déficit étatique
; réalisable, cette dernière sera forcément laborieuse.
L’ensemble des prestations à caractère social fait ressortir
des évolutions essentielles, au demeurant logiques : la charge du financement
des prestations sociales se déplace de deux manières :
—
primo, la part des cotisations, propres aux systèmes d’assurance,
décroît au profit de l’impôt, instrument de la solidarité ;
sans doute faut-il aller plus rapidement au bout de cette logique ;
—
secundo, la part des prélèvements sur les salaires diminue et
celle des prélèvements sur les revenus du capital augmente, la
première étant plus forte en France que chez nos voisins.
Ce dernier ripage aboutira bien à taxer davantage les plus aisés
et les plus âgés. Encore faut-il être conscient des limites
de l’exercice. Les revenus des capitaux ne représentent qu’une
faible fraction de notre Pib, de l’ordre de 10 %, et il ne serait guère
productif de faire fuir des capitaux fort mobiles en exagérant leur
taxation. ([7]) Il est, au demeurant, indispensable d’accomplir ces réformes
dans un cadre européen en visant une harmonisation fiscale progressive
mais réelle. On peut souhaiter qu’on tende à la fois à élargir
l’assiette des impôts (revenus des contrats d’assurance-vie,
livret A, œuvres d’art) et à réduire les taux car,
ce qui fait fuir est, avant tout, le taux marginal de l’impôt ou
le cumul d’impôts frappant une même assiette.
Finalement, il nous semble que notre système de sécurité sociale
doit chercher à articuler le domaine de la solidarité collective
et celui de la responsabilité individuelle. Tâche ardue, subtile
mais indispensable si la protection sociale doit être assurée à un
co⁄t supportable. Elle a peu de chances d’être menée à bien
tant que les plus favorisés n’auront pas changé de comportement.
La grande majorité des citoyens doit, sans doute, être totalement
couverte par le système, qu’il s’agisse des retraites, du
chômage ou de la santé. Quant à la minorité des
plus favorisés, forte consommatrice de prestations ne devrait-elle pas
recourir, obligatoirement, à des conventions d’assurance ? Il
faudrait évidemment bien articuler prélèvements obligatoires
et primes résultant de ces conventions pour éviter les « effets
de seuil » pénalisant les personnes qui passeraient de la minorité à la
majorité évoquées ci-dessus. Les prestataires ne seraient
pas nécessairement privés. Mutuelles ou caisses publiques sont
capables d’offrir les couvertures voulues. L’important à nos
yeux est, qu’à terme en tout cas, une pluralité de prestataires
conduise ceux-ci à fixer des limites aux prestations fournies.
Le chapitre 34 de notre site montre — croyons nous — que le système
sera indéfiniment en porte à faux tant que perdurera la pratique
selon laquelle la collectivité rembourse des prestations décidées
librement par l’entente directe entre un médecin et son patient,
prestations qui dans une population qui vieilllit vont tendre à augmenter.
41.1.1.2 De la taxation au don
Les Pays-Bas nous montrent qu’il n’est ni impossible ni « antisocial » de
limiter les prestations dont bénéficient les plus aisés
tout en réduisant le niveau global des prélèvements obligatoires
: ceux-ci ont été ramenés de 57 % du Pib en 1980 à 54
% en 1996 tandis que le chômage, bien plus tôt qu’en France,
diminuait et que la croissance s’accélérait. « Un
reflux des prélèvements fiscaux pour les ramener à la
moyenne de l’Union européenne telle qu’elle existait en
1999, impliquerait une baisse de quatre points du Pib, paraît constituer
un objectif réaliste. Il faudrait, par exemple, en cinq années
gagner de 0,8 % par an. » ([8]) Nous suggérons, pour notre part,
une baisse de l’ordre de 1 % par an de l’ensemble des prélèvements
fiscaux et sociaux, convaincus qu’une limitation des prestations versées
aux plus favorisés et une gestion décentralisée permettraient
d’obtenir cette diminution.
Un objectif de ce type nous paraît essentiel. L’économie étant
ouverte à la concurrence et l’Europe de l’euro se devant
de lutter contre le laxisme, la gestion de l’État-providence doit
devenir plus rationnelle pour être plus équitable. Pour y tendre,
il convient de « hiérarchiser, établir des priorités,
choisir l’essentiel, dimensionner ce qui fait partie de la solidarité nationale à un
volume compatible avec le fonctionnement dynamique de notre économie
et par là amorcer un cercle vertueux : moins de prélèvements,
plus d’initiatives et donc plus d’activité. » ([9])
Dans notre esprit la réduction des prélèvements obligatoires
devrait aller de pair avec un double mouvement. Primo, simplifier et clarifier
nos innombrables prélèvements obligatoires ; à un certain
niveau le système est non seulement complexe mais opaque et le
citoyen perd de vue ses raisons d’être. Secundo, encourager les
plus favorisés à la générosité pour permettre à l’initiative
privée de compléter l'« assistance publique ». Il
nous semble notamment indispensable d’encourager la création de
grandes fondations privées, à l’exemple des fondations
allemandes ou américaines. Ceci implique que des franchises fiscales
importantes soient accordées à ceux, particuliers ou entreprises,
qui constitueraient ou abonderaient de telles fondations, et que soit modifiée
la loi qui impose la présence lourde, et souvent illusoire, de représentants
des pouvoirs publics dans le conseil des fondations. Cette présence
devrait être limitée aux fondations qui recevraient des subventions
directes sur budgets publics. C’est à ce prix que l’on pourrait
voir l’initiative privée se substituer à la manne publique
pour allouer des bourses d’études, financer des expositions ou
des ateliers d’artiste, créer des centres de soins, des centres
de recherches ou d’études, des universités.
41.1.1.3 Participer davantage à la vie sociale
L’association de citoyens, rejetée par Rousseau et la Révolution,
a été longtemps bannie par nos pouvoirs publics. Aujourd’hui,
ne faut-il pas « à l’idée selon laquelle l’état
a le monopole de l’intérêt général, opposer
un partage républicain de l’engagement » ([10]) ? Certains
révolutionnaires ont, dès 1790, perçu le danger que la
représentation, en se substituant à la nation, réduise
cette dernière au silence et ne tende à un paroxysme : la Terreur
([11]). Ils ne furent guère entendus et la République française
promut une structure très déséquilibrée de la société :
un sommet autoritaire, des corps intermédiaires faibles et des individus
quasiment interdits de réunion. Notre système éducatif,
axé sur la sélection individuelle et n’encourageant guère
le travail collectif ou les sports d’équipe, porte encore les
traces de cette vision.
Mais les temps changent. Aujourd’hui un Français sur quatre déclare
qu’il participe à une action bénévole ([12]) et
le monde associatif se développe, grâce aux nouveaux retraités
notamment. L’élévation du niveau d’éducation
s’accompagne d’une participation accrue aux associations : les
cadres, dont le nombre s’accroît, s’associent davantage que
les agriculteurs dont le nombre diminue. ([13]) Chaque année quelque
60 000 associations nouvelles se créent, sans qu’on sache, au
juste, combien disparaissent. Voir le graphique 2 en fin de ce chapitre.
Les Français qui se lancent dans des actions sociales y trouvent généralement
de réelles satisfactions. Le monde de l’entreprise et celui de
l’administration sont, par la force des choses et dans une large mesure,
ceux de l’action commandée. Celui de l’association est davantage
celui de l’acte librement posé, qu’il s’agisse de
l’adhésion ou des missions acceptées. Et l’association
n’est pas un monde « englobant » : ses bénévoles
n’y consacrent qu’une partie de leur temps, et nombre d’entre
eux appartiennent à plusieurs associations. Ce pluralisme crée
un tissu qui rend la démocratie plus réelle.
Lorsque les citoyens s’impliquent dans les actions sociales, certains
d’entre eux sont conduits à exercer des responsabilités
dans leur gestion et dans les négociations notamment avec les pouvoirs
publics. La démocratie à la base s’élargit ainsi
de façon très concrète. Un domaine grandit où le
principe dominant n’est ni la rentabilité privée ni la
soumission à une règle publique, mais, souvent, l’élaboration
d’une fraternité active. Le monde associatif peut, dès
lors, contribuer à exposer les problèmes qu’une société en
changement provoque et à proposer des actions pour les résoudre.
L’action de citoyens bénévoles au sein d’associations
répond, enfin, à une autre nécessité : faire évoluer
maintes prestations sociales du versement anonyme d’une allocation vers
une action dans laquelle le bénéficiaire est considéré comme
une personne. Comment demander à un chômeur en mauvaise santé de
prendre ou reprendre un emploi ? Pourquoi laisser tant de bénéficiaires
du Rmi sans relation suivie avec l’organisme payeur ? Mais les relations
personnelles qu’implique la prise en compte de ces considérations
prennent du temps, beaucoup de temps, et, si elles sont toutes assumées
par des salariés, apparaissent souvent trop co⁄teuses. Il est
quasiment certain que nous ne réussirons pas à résorber
l’exclusion que nous avons laissé s’étendre sans
que se développe un mouvement qui est amorcé : la participation
des citoyens à des actions pratiques, concrètes, locales.
C’est la thèse qu’a défendue Alexandre Jardin. ([14])
Partant de l’exemple de ces grands-parents brestois qui, en accord avec
des enseignants, ont aidé des enfants à maîtriser la lecture
et à l’aimer, il s’est efforcé de repérer
puis de généraliser des micro-expériences qui avaient
réussi. « Les gouvernements qui ne s’appuient pas sur des
méthodes ratifiées par l’expérience des citoyens
aboutiront à une action aux effets limités. » Même
si les efforts de l’auteur ont rencontré des difficultés,
la voie semble des plus intéressantes. Nous commençons à admettre
qu’avant l’édit il est bon, en maints domaines, d’expérimenter.
Encore faut-il avoir le souci d’étendre ensuite les expériences
qui s’avèrent positives et notamment celles auxquelles participent
des bénévoles. Des bénévoles ? Les quatre-cinquièmes
des pompiers français ne sont-ils pas des bénévoles ? « Retirez
l’une des deux composantes, le pays flambera. » ([15]) La combinaison
salariés/bénévoles ne se montre-elle pas, souvent, très
productive ?
41.1.2 Aux moins favorisés
L’État-providence vieillissant, les handicaps que crée
sa lourdeur se sont accentués. La croissance et la compétitivité de
notre économie ont été mises en danger, même si
nombre de Français considèrent ces effets comme annexes et quasiment
inévitables. Quant aux objectifs sociaux de l’état-providence,
le fait que dix pour cent de notre population soient exclus de la vie collective
souligne assez qu’ils sont loin d’avoir été atteints.
41.1.2.1 Égalité ou équité ?
L’égalité des revenus entre citoyens s’est avérée être
une utopie. « La gauche a fait l’expérience, difficile,
des limites de la redistribution par la loi » ([16]) Au-delà de
l’égalité des droits, notion évidemment indispensable
mais dont l’application connaît des limites considérables,
maintes réflexions ont été conduites autour des notions
d’égalité des chances ou d’équité.
Elles conduisent à des discriminations au bénéfice des
moins favorisés. Ce que les Américains appellent l’affirmative
action est à l’opposé de l’effet Saint-Mathieu ;
il s’agit de donner plus à ceux qui ont moins. Dans son rapport
publié en 1997, le Conseil d’état a reconnu que « le
rétablissement de l’égalité des chances est devenu
un objectif nécessaire à la préservation du principe d’égalité au
centre de notre état de droit. […] Pour enrayer l’aggravation
des inégalités économiques, sociales et culturelles il
faut admettre une différenciation des droits, une discrimination justifiée. » Autrement
dit « l’égalité de traitement exige que certains
individus soient traités de manières différentes. » ([17])
Notre système éducatif a appliqué ce principe en créant
des Zones d’éducation prioritaires — Zep. Mais ce type de
mesures ne fait qu’atténuer les inégalités plus
qu’il ne les supprime.
«
Je ne pense pas, ou plutôt, je ne pense plus qu’il soit souhaitable
d’avoir une société sans inégalités » a
reconnu récemment le Chancelier Schršder qui souhaite, lui aussi, viser
une égalité des chances et non plus des résultats. ([18])
John Rawls a avancé que « sont justifiées les inégalités
qui font progresser le niveau global du système et profitent aux plus
défavorisés, sans affecter les droits fondamentaux. » ([19])
On a constaté, en outre, que reconnaître des droits aux plus défavorisés
et leur verser des allocations ne réglait pas tout. Des allocataires
indus ou ind⁄ment prolongés existent et la pratique, attestée
par de nombreuses études, montre que plusieurs allocations pouvaient
enfermer certains de leurs bénéficiaires dans des « trappes à pauvreté » :
s’ils reprennent une place normale dans la société leur
revenu diminue.
On a reconnu, enfin, l’impossibilité d’ouvrir des droits
sociaux à toute personne résidant sur le sol national. « Tout
pays qui essaierait de mettre en place un état-assureur courrait à la
faillite parce qu’il serait confronté à une immigration
des malchanceux et à une émigration des plus chanceux. » ([20])
41.1.2.2 La République n’est plus parvenue à réduire
l’exclusion
L’État-providence, avec la dose de paritarisme qu’il comportait,
est parvenu à réduire les tensions du monde industriel. Gardant
le souvenir de violents conflits, dont certains se terminèrent, comme
en 1848, par des fusillades, il a encouragé la mise sur pied de systèmes
d’assurances qui ont garanti le monde des producteurs contre les principaux
risques de l’existence. Il a, aussi, voulu lutter contre la pauvreté.
À
partir de la moitié des années soixante-dix, une demande moins
soutenue de produits industriels, une concurrence accrue et d’autres
façons de produire ont changé la donne. Plus d’un million
de travailleurs non qualifiés, dont une bonne part issue de l’immigration,
ont été mis au chômage et nombre de leurs enfants, ayant
connu l’échec scolaire, ne trouvèrent plus d’emploi.
Dès lors, une catégorie de citoyens a été exclue
du monde de la production et des protections qu’elle offrait. L’exclusion
a été renforcée par le fait que certains quartiers ont
fini par être peuplés, de façon presque exclusive, par
des immigrés ou leurs descendants.
Le contrat social des Trente glorieuses qui promettait d’intégrer
tous les Français dans une vaste classe moyenne, ne fonctionne donc
plus de façon acceptable. Un rapport de l’Insee de mars 2001
met en évidence que, en dépit de la croissance économique,
quatre millions de ménages restent en-dessous du seuil de pauvreté : « pour
les générations d’avant 1940, la proportion des ménages
pauvres a progressivement reculé. Au contraire pour les générations
d’après 1950, la pauvreté augmente. » Les violences
des banlieues comme les frustrations des exclus plus silencieux disent l’urgence
d’une nette évolution de notre appareil social.
41.1.2.3 Personnaliser les aides et globaliser les interventions
L’élévation du niveau des compétences de la grande
majorité des citoyens s’accompagne d’une spécialisation
des professionnels et nous ne nous étonnons pas qu’en passant
de l’école primaire au collège, l’enfant se trouve
face à plusieurs enseignants au lieu d’un seul ; maints malades
n’hésitent pas, non plus, à recourir, à côté d’un
généraliste, à des spécialistes. Pourtant le risque
existe que la personne, élève ou patient, soit moins bien comprise
et moins bien suivie par plusieurs intervenants que par un seul. Que son devenir
soit tranché sans que son histoire et son contexte familial ou professionnel
soient suffisamment connus de ses interlocuteurs.
Or, les traditions jacobines de notre administration ont créé des
institutions qui, trop centralisées, sont, au plan local, généralement
cloisonnées. Enseignant, médecin, assistante sociale, administration
locale ou judiciaire, chacun traite d’un problème de la personne
en difficulté : celui qui est de leur ressort. La France fait partie
des pays qui, par exemple, ne sont pas parvenus à unifier les deux institutions — Unedic
et Anpe — lesquelles procurent aux chômeurs l’une une allocation
et l’autre une assistance pour retrouver un emploi.
Pallier telle ou telle forme de l’exclusion si la réinsertion
de la personne dans la société n’avance pas est, pourtant,
assez vain ; au-delà de leurs droits spécifiques, les individus
ont, avant tout, celui de vivre en société. Et, tandis que ceux
qui ont « décroché » ont du mal à retrouver
un « fil rouge », les malins exploitent les failles d’un
système parcellisé.
Notre législation sociale s’intéresse à la fois
aux individus et aux familles mais l’articulation entre les uns et les
autres, difficile, n’est pas bien assurée. Or l’exclusion
apparaît moins comme une situation individuelle, avec les droits qui
peuvent y être attachés, que comme un itinéraire qui est
souvent collectif. Dès lors, certains professionnels souhaitent non
seulement une coordination entre les différents gestionnaires de prestations
mais qu’une certaine latitude soit laissée aux intervenants de
façon à ce qu’ils puissent mieux faire face aux besoins,
changeants et complexes, des individus et de leurs familles et que leur autorité à leur égard
s’en trouve accrue.
Aujourd’hui, la personne, ou la famille, qui reçoit une aide est,
en quelque sorte, découpée en tranches — éducation,
santé, droits sociaux, délinquance — alors que les divers
aspects de sa situation sont le plus souvent mêlés et que « certaines
garanties collectives ne trouvent leur pleine efficacité que dans l’individualisation
de leur application. » ([21]) « Nous savions bien qu’une
personne est un tout, mais nous ne voyions qu’une tête apprenante.
Je pense que, à l’école, aujourd’hui, on pense encore
ainsi. » ([22]) « Face à un manque d’approche
globale de leurs difficultés, les personnes aidées souhaitent
avant tout une plus grande personnalisation des prises en charge. […]
Les deux obstacles les plus fréquemment rencontrés par les personnes
en difficulté sont le fait de ne pas savoir à quel organisme
s’adresser et celui d’être renvoyé d’un guichet à l’autre.
[…] Les règles d’attribution des allocations sont, le plus
souvent, très complexes et les formulaires difficiles à remplir
: moins vous avez de ressources plus on vous demande de les justifier. » ([23])
La dispersion des guichets sociaux est, aux yeux de ces personnes, l’un
de leurs problèmes essentiels. Combinée avec la complexité des
règles, elle explique qu’une fraction importante des bénéficiaires
potentiels de certaines aides ne les reçoive pas. Une loi du 25 juillet
1994 prévoit que, dans le cadre départemental, les diverses administrations
concernées s’entendront pour coordonner, de façon expérimentale,
les diverses aides destinées aux personnes dépendantes. Espérons
que cette tentative dégagera, ici ou là, des solutions qui pourront
ensuite s’étendre.
41.1.2.4 Réinsertion et contreparties
En dépit des constats qu’on vient d’évoquer, des
professionnels de la machine sociale, qu’on trouve notamment dans certains
syndicats, sont hostiles à la personnalisation de l’action sociale
comme à l’établissement de contraintes ou de limites à l’octroi
de prestations qui peut en être le corollaire.
Ils soulignent d’abord le co⁄t d’un accompagnement personnel. « Pour
s’attaquer au noyau dur des 1,2 million de chômeurs, il faudrait
un entretien individuel tous les quinze jours. Cela impliquerait que cent mille
personnes soient convoquées quotidiennement. À raison de dix
entretiens par journée et par agent, il faudrait près de dix
mille personnes. « C’est irréaliste » affirme un responsable
de FO. » ([24]) C’est admettre que les chômeurs de longue
durée sont mal suivis, alors que leur maintien prolongé au chômage
est à la fois lamentable et très onéreux. La réinsertion
d’un plus grand nombre de chômeurs, tout en rendant à ces
derniers leur place dans la société, ne couvrirait-elle pas l’accompagnement
personnel de nombre d’autres sans emploi ? Les associations et leurs
bénévoles ne pourraient-ils pas apporter une aide accrue dans
un tel domaine ?
À
vrai dire, depuis longtemps, deux conceptions s’opposent. La première
est celle d’un droit absolu à l’allocation : toute personne,
dès lors qu’elle répond aux critères fixés,
doit recevoir l’allocation. Cette vision conduit à cette protection
co⁄teuse et molle où celui qui reçoit la prestation et
celui qui la gère, trop passifs, sont peu responsabilisés. « Le
Rmi a souvent échoué dans son ambition de réinsertion
[…] Nous n’avons pas été assez fermes, vis-à-vis
des allocataires et des collectivités locales, pour que l’insertion
soit une exigence […] Cette allocation est devenue un minimum vital,
une charité de l’état et de la société envers
les exclus. » ([25]) Très favorables au principe du Rmi lors de
son institution en 1989, les Français sont devenus de plus en plus réservés à l’égard
de la manière dont il est géré. Voir le graphique 3 en
fin de document.
Dès 1790, la Constituante avait affirmé : « si celui qui
existe a le droit de dire à la société : faites-moi vivre,
la société a également le droit de lui dire : donne-moi
ton travail. » Notre constitution affirme le droit des individus à obtenir
un emploi — droit qu’il s’avère bien difficile de
respecter — ou, à défaut, celui d’obtenir « des
moyens convenables d’existence. » Mais elle affirme aussi que « chacun
a le devoir de travailler. » Aujourd’hui, partout en Europe, on
réfléchit et on expérimente pour éviter que s’amplifie
un « divorce indemnisé entre l’économique et le social. » ([26])
Nombre de prestations cessent de devenir automatiques et un effort est demandé aux
bénéficiaires. La loi de 1998 sur l’exclusion, sans prononcer
le mot de « contrepartie » exigée de l’allocataire,
s’inspire de cette notion dans plusieurs de ses dispositions. La convention,
signée en 2000 entre le Medef et les syndicats de salariés sur
la gestion de l’indemnité-chômage, également.
L’autorisation accordée récemment aux bénéficiaires
du Rmi, ou, dans certaines conditions aux chômeurs indemnisés,
de prendre un emploi temporaire sans perdre, pour un temps, toute leur allocation
est sans doute une bonne mesure ; elle facilite les retours à un emploi
normal.
«
Quelle est la meilleure façon de défendre les intérêts
de ceux que nous représentons ? Celle-ci passe-t-elle au principal par
l’indemnisation ou par une démarche franche d’insertion
? C’était le point de clivage entre nous et la Cgt. » ([27])
La conception qui a gagné des adeptes dans les années récentes
cherche à réserver la prestation à des personnes dont
on s’est assuré qu’elles n’ont pas d’autre alternative
puis à gérer l’aide en encourageant les efforts du bénéficiaire
pour se réinsérer dans la société. Dans cette voie
les comportements des acteurs sont autrement actifs que dans la conception
traditionnelle. On admet que les gestionnaires aient, à la limite, le
pouvoir de refuser le versement d’une allocation s’ils estiment
que le bénéficiaire ne s’engage pas assez dans la voie
de l’insertion. « On ne rend pas service aux chômeurs en
tolérant l’insouciance ou l’irresponsabilité de quelques-uns
[…] La solidarité doit pousser à la responsabilité, à la
mesure des moyens de chacun, mais fermement. » ([28]) Pour que les gestionnaires
d’allocations soient à la fois compréhensifs et exigeants
il faut qu’ils soient très qualifiés et bien encadrés.
L’accompagnement personnel peut, c’est indéniable, « succomber
aux tentations archaques d’un contrôle social réinventé » ([29])
et les représentants des salariés sont dans leur rôle en
soulignant ce risque. Ce dernier existe, d’ailleurs, que l’accompagnant
soit un fonctionnaire ou une personne active dans une association. Dans les
deux cas, les remèdes pour lutter contre les déviations, toujours
possibles, sont connus : formation, encadrement, travail en équipe, établissement
de chartes d’intervention précises, contrôle et évaluation
des intervenants et, enfin, possibilité d’un recours que la personne
suivie puisse réellement utiliser si elle estime qu’on empiète
sur sa liberté.
41.2 Une société moins atomisée
Ce paragraphe évoquera le rôle, actuel et potentiel, des associations
ou des fondations et examinera la place particulière des syndicats professionnels
dans la vie sociale, mais il ne traitera pas du rôle des partis politiques
qui est examiné au chapitre 43.
«
Dans les régimes totalitaires, il n’y a que les individus et l’état.
Rien entre les deux. Pas de société civile. » ([30]) N’est-il
pas souhaitable que les prééminences de l’état centralisé et
des mondes politique ou administratif sur les corps intermédiaires et
sur la vie sociale fassent place à des rapports moins déséquilibrés
? Des associations et des fondations plus actives mais respectueuses de la
loi ne sont-elles pas nécessaires pour que soit vivifiée cette « démocratie à la
base » dont la vigueur avait tant frappé Tocqueville lors de son
enquête américaine. « Un pouvoir central, quelque éclairé,
quelque savant qu’on l’imagine, ne peut embrasser à lui
tout seul les détails de vie d’un grand peuple. […] La force
collective des citoyens sera toujours plus puissante pour produire le bien-être
social que l’autorité d’un gouvernement. » ([31])
« Le nouveau contrat social devra assurer un meilleur équilibre
entre la loi et les contrats passés au sein de notre société. » ([32])
Or, « le droit français se caractérise, par rapport à la
plupart des droits d’Europe du Nord, par la faible place faite au contrat,
en particulier en matière de relations du travail et de négociations
collectives. » ([33]) Oui, pour être réelle et forte, la démocratie,
doit exister dans des cellules élémentaires. Il est sain que le
salarié de la « société de connaissance » (knowledge
worker), si impliqué dans un monde concurrentiel féroce, ait l’occasion
de se réaliser en dehors de son travail, comme bénévole
dans une association, membre d’un orchestre amateur ou du conseil municipal.
([34])
à plusieurs occasions aussi, notre site rappelle l’hostilité historique
de l’état jacobin à l’égard des groupements
de citoyens. La République a craint qu’au travers d’associations
l’église ne perpétue son influence et il a fallu attendre
1867 pour que soient révisée la loi Le Chapelier de 1791, puis,
dans un ordre de priorité qu’il est bon de relever, autorisées
:
- en 1884, les syndicats de salariés,
- en 1901, les associations,
- en 1987, les fondations.
Le temps étant révolu où le monde associatif était
profondément divisé par des oppositions d’ordre religieux,
philosophique ou politique, plusieurs raisons justifient un large recours à l’action
de ses bénévoles et de ses salariés. à la limite,
on souhaiterait que soit inversée « la vision de la pyramide sociale » ([35])
qui est propre au modèle français et que les courants allant
de la base au sommet (bottom up) contrebalancent davantage ceux qui vont dans
le sens inverse (top down) ?
41.2.1 élargir la place des associations et des fondations
L’acte fondateur des associations, prévu par l’article premier
de la loi de 1901, est « la convention par laquelle deux ou plusieurs
personnes mettent en commun d’une façon permanente leurs connaissances
ou leurs activités dans un but autre que de partager des bénéfices. » Entre
le monde des entreprises et celui de l’administration, un troisième
univers est ainsi reconnu, dans son principe en tout cas. Quand on observe
les divers pays européens, « il semble bien qu’il y ait
une relation entre le niveau de confiance (accordé aux institutions
par les individus) et le niveau de l’engagement associatif de ses habitants. » ([36])
Est-ce en raison de notre histoire tumultueuse que les Français aiment
tant entourer leur demeure de murs et restent encore peu enthousiastes à l’égard
des associations même si leur intérêt à leur égard
a grandi ? « Le rêve de tout Français est de s’enfermer,
bien au chaud, protégé du monde extérieur par un mur couronné de
tessons de verre, beau contraste avec les pelouses des cottages des suburbs
américains. » ([37])
De leur côté les associations et fondations ont d⁄ évoluer.
D’abord, passer du « registre de la charité pour s’engager
sur celui de la solidarité. » ([38]) Il a aussi fallu que les
membres actifs des associations acquièrent de plus grandes compétences.
Le « temps des bonnes œuvres est révolu. » ([39]) Quant
aux dirigeants politiques et aux administrations ils ont été invités à changer
d’attitude. Ils l’ont fait non sans lenteur ni retours en arrière.
Initialement, les administrations concédaient, souvent à moindre
co⁄t, certaines fonctions à des associations. Mais, progressivement,
les atouts propres à ces dernières se sont affirmés.
41.2.1.1 Les associations ont de sérieux atouts
Le secteur associatif est fort de près de 900 000 structures, de 9 millions
de bénévoles et de 1,3 million de salariés — un
million en équivalent temps plein — soit plus de 6 % de la population
salariée. ([40]) 150 000 associations seulement emploient des salariés,
les autres fonctionnent donc, uniquement, avec des bénévoles. « Mais
les associations militantes (défense de droits, associations politiques etc.)
n’ont jamais rassemblé que des minorités et ont régressé entre
la fin des années soixante-dix et le début des années
quatre-vingt-dix. » ([41]) Plus de 40 % des associations relèvent
des domaines de la culture et des loisirs et moins du quart des services sociaux
et de la santé. Toutefois, le budget de ces dernières représente
près de la moitié de celui de l’ensemble des associations.
L’idée que la « société civile » puisse
accomplir des missions de service public laisse encore sceptique une partie
de l’opinion et de l’administration. On reproche aux associations
et à leurs bénévoles d’accomplir des tâches à la
place des entreprises ou de l’administration et, en quelque sorte, de
voler des emplois aux salariés de ces dernières (on retrouve
là la vieille conception malthusienne de l’emploi qui le croit
en quantité limitée et déterminée, voir le chapitre
32). Certaines associations ayant été fort mal gérées,
on accuse l’ensemble des autres de défauts que beaucoup, heureusement,
n’ont pas. Nous évoquons, cependant, plus loin, la nécessité de
fixer des normes aux actions déléguées aux associations
et d’en contrôler le respect.
L’association est, généralement, beaucoup mieux à même
que l’administration de percevoir et révéler des besoins
nouveaux, d’innover et d’expérimenter. Dans un monde qui
change et crée des formes sans cesse renouvelées d’exclusion,
il est indispensable de détecter, rapidement, les détresses et
de chercher les moyens appropriés pour y porter remède ; de tendre à ce
que les personnes meurtries par cette « crise » dont les Français
auront parlé depuis 1973 et qui aura été plus sociale
(ou sociétale) qu’économique, retrouvent une place dans
la société. Les associations prennent par exemple en charge plus
de 90 % des handicapés que le secteur public délaisse encore
trop.
Dans les dernières décennies et au-delà de premières
interventions, les associations ont cherché à alerter l’opinion
et les pouvoirs publics pour que s’organise, sous leur égide ou
non, un traitement des maux rencontrés. Elles ont souvent su analyser
les causes des détresses qu’elles avaient repérées
de façon à ce que la collectivité ne se contente pas de
soigner les blessures mais tente d’éviter leur répétition.
Ce rôle de réflexion a été consacré par la
présence de représentants des associations dans de multiples
comités ou conseils consultatifs locaux, régionaux, nationaux
ou européens. Enfin, dans l’action, il est apparu que les associations
pouvaient être plus novatrices ou plus expérimentales qu’une
administration n’est autorisée à l’être.
Finalement, à partir de ces constats, les administrations sont passées
d’une franche hostilité à des « partenariats »,
même si l’un des interlocuteurs, doté des pouvoirs qui sont
les siens, se considère souvent comme « plus égal que l’autre ».
En effet, les relations entre des associations très dépendantes
de subventions et les organismes publics sont, le plus souvent, déséquilibrées.
La vie de maintes associations est suspendue à l’octroi d’une
aide publique, décision qui est souvent tardive ; puis le versement
effectif des fonds traîne. Cependant, l’idée d’établir
de véritables partenariats dans le cadre de programmes et de financements
pluriannuels a quelque peu progressé même si sa mise en œuvre
est encore très fragmentaire. Corollaire de cette tendance naissante
au partenariat l’état a, très légitimement, organisé un
contrôle financier des associations qui, longtemps insuffisant, a été renforcé. À la
suite de scandales majeurs, on est devenu plus exigeant.
41.2.1.2 Plus d’exigences à l’égard des associations
Les associations ont d⁄ accepter des disciplines, notamment lorsqu’elles
font appel aux dons du public ou lorsqu’une subvention publique représente
une fraction substantielle de leurs ressources. La séparation des fonctions
d’administrateur et de salarié s’est imposée — de
façon peut-être trop rigide. Les rémunérations forfaitaires
des administrateurs sont interdites. Les salaires des dirigeants ne doivent
pas être anormalement élevés et, plus généralement,
la répartition de ce qui pourrait apparaître comme un bénéfice
est proscrite. Indépendamment des contrôles de l’état,
certaines grandes associations se sont portées volontaires pour créer
une charte de déontologie et organiser la surveillance de son respect.
Reste que les associations ne connaissent pas les disciplines des entreprises
ou des administrations : compte d’exploitation chez les unes, règles
du jeu et contrôles chez les autres. Elles peuvent être le moyen
d’assouvir des ambitions, de chercher des rémunérations
ou de conserver pouvoir et prestige. Nombre d’associations — ou
faut-il dire : « le plus grand nombre » ? — sont très
peu démocratiques dans leur fonctionnement de sorte que les dérives
ne se corrigent que tardivement, lorsqu’elles deviennent patentes. « Trop
d’associations ont des dirigeants à vie ! Il est nécessaire
que les associations reconquièrent une vigueur qui s’est éloignée
; qu’existe une participation renouvelée des donateurs à la
vie des associations. » ([42])
Par ailleurs, un certain amateurisme se perpétue trop souvent alors
que, pour accomplir correctement les missions des associations, le dévouement
et la générosité des bénévoles ou des salariés
demeurent nécessaires mais ne suffisent plus. Une professionnalisation,
variable selon les postes mais concernant aussi bien les bénévoles
que les salariés, s’est imposée exigeant des formations
spécialisées et des méthodes de travail plus rigoureuses.
On trouvera, en complément de ce chapitre, le point de vue de Pierre-Patrick
Kaltenbach. Il critique, lui aussi, les dérives du monde associatif,
propose des procédures pour y remédier et expose la tentative
entreprise dans l’Isère pour lutter contre l’opacité des
relations entre pouvoirs publics et associations.
Cependant, pour que les associations soient autonomes, il faudrait qu’elles
soient moins dépendantes d’une subvention publique. Celle-ci est
normale lorsqu’une association réalise une véritable mission
de service public. Mais dans d’autres cas ? Nous avons trop de partis
politiques sans militants, de syndicats sans salariés, d’églises
sans fidèles, de grandes associations sans bénévoles.
([43]) « L’année qui a suivi la crise de l’Arc,
les dons aux grandes associations ont chuté puis ont peu à peu
retrouvé leur niveau qui n’est pas très élevé.
Deux pour mille du revenu des ménages. » ([44]) En dépit
des avantages fiscaux qui sont les leurs, les dons représentent, par
ailleurs, moins de 10 % des ressources totales des associations ; dès
lors, la grande majorité de ces dernières est très dépendante
des subventions publiques. La situation est très différente dans
les pays anglo-saxons où, grâce aux dons, le secteur associatif
est beaucoup plus autonome.
Les Français ont accepté ou voulu que leur état-providence
exerce ce quasi monopole de l’action sociale que l’église
catholique détenait jadis. La France ne connaît, notamment, que
quelque 600 fondations ; leurs dépenses d’exploitation auraient été,
en 1995, de l’ordre de 1,5 milliard d’euros seulement. On
a vu qu’il avait fallu attendre 1987 pour qu’une loi définisse
le statut légal et fiscal des fondations. On ne peut que souhaiter que,
dans la France du XXIe siècle, les prélèvements obligatoires
diminuent et que les dons libres aux associations et fondations augmentent.
Certes, l’état a encouragé le financement des associations
par de fortes exonérations fiscales en faveur des dons qui leur sont
destinés. Par ce biais, en réalité, l’état
abonde les versements effectués par les particuliers ou les entreprises.
Mais le volume des dons recueillis par les associations françaises reste
très limité et l’incitation fiscale n’a qu’une
portée réduite.
Aux États-Unis, le monde associatif et des fondations jouent un rôle
nettement plus important que chez nous, les fondations sont légion :
il en existait 40 000 en 1995. De grands hôpitaux, des musées,
théâtres ou salles de concert prestigieux, des universités
réputées relèvent de ce secteur. En 2000, plus de 200 milliards
de $ lui ont été apportés, soit 2 % du Pib. Typiquement,
l’homme le plus riche des États-Unis, Bill Gates, le fondateur
de Microsoft, a doté de 5 milliards de $ une fondation qui porte
son nom et celui de son épouse.
«
Dans les pays démocratiques, la science de l’association est la
science mère ; le progrès de toutes les autres dépend
des progrès de celle-là. Pour que les hommes restent civilisés
ou le deviennent, il faut que parmi eux l’art de s’associer se
développe et se perfectionne dans le même rapport que l’égalité des
conditions s’accroît. » ([45])
41.2.2 Des épargnants moins passifs
Nous nous sommes intéressés avant tout au domaine social mais
nous ne pouvons pas ne pas relever le changement qui est en cours dans un champ
qui importe aux Français : celui de l’épargne. En majorité,
les Français sont de solides épargnants. Ils le montrent par
des actes qui furent longtemps purement individuels tels qu’achat immobilier
ou placement sur un livret de Caisse d’épargne. Puis l’action,
après avoir tenu au XXe siècle une place modeste dans le
patrimoine des Français, a fini par prendre de l’importance. Elle
l’a fait, notamment, par le biais des placements collectifs, Sicav et
Fonds de placement.
La façon dont les privatisations de la première vague (1986)
furent conduites a, à nos yeux, beaucoup trop misé sur l’épargnant
individuel. Souhaitant donner à l’opération le caractère
d’un plébiscite, on se félicitait de ce que des centaines
de milliers de Français, voire des millions, devenaient des actionnaires
directs d’entreprises qui avaient été publiques. Nombre
d’entre eux étaient malheureusement des novices dans la gestion
d’un patrimoine de valeurs mobilières. On ne leur a pas assez
dit qu’en ce domaine la règle de base est la répartition
des risques ; qu’un portefeuille doit atteindre un nombre respectable
de millions de francs voire d’euros pour que son propriétaire
puisse le gérer « en direct » c’est-à-dire
sans utiliser les placements collectifs.
Ces derniers ont pris une place progressivement accrue dans la détention
d’actions, notamment dans le cadre de l’épargne salariale.
Or, si l’actionnaire individuel a des pouvoirs bien limités face
aux dirigeants d’entreprise, il commence à en aller autrement
s’agissant des gestionnaires de fonds collectifs. Une attitude interventionniste
de ces fonds à l’égard des sociétés est désormais
très répandue aux États-Unis ; les fonds de pension sont
passés d’une attitude passive (qui était exigée
d’eux par la loi) à des postures parfois très offensives.
Certes, nombre de fonds américains sont gérés par des
professionnels de la finance qui, en raison des relations que leurs firmes
entretiennent avec les sociétés, modèrent leurs interventions
quand ils n’y renoncent pas. Mais il serait bien étonnant que
les scandales récents, qui ont éclaboussé de très
grandes sociétés américaines et mis à mal l’épargne
de nombreux salariés, ne conduisent pas les fonds à accentuer
leurs actions. Ils prendront exemple sur ceux d’entre eux qui, puissants,
sont leurs propres gestionnaires et sont donc moins timorés. Ces derniers
ont, à plusieurs reprises, joué un rôle de leader y compris
pour évincer des dirigeants jugés insuffisants. Les fonds collectifs
peuvent ainsi devenir une forme d’association de citoyens face aux patrons
des sociétés cotées et cette tendance s’amorce en
France. Timidement mais réellement. Dans un pays où la pratique
des contre-pouvoirs était peu répandue cette évolution était à relever.
41.2.3 Partenaires sociaux : d’autres comportements ?
Les relations entre les « partenaires sociaux », syndicats représentant
les employeurs et les salariés, sont parvenues, dans certains domaines,
comme la retraite par répartition, à édifier des systèmes
imparfaits mais puissants. Dans beaucoup d’autres elles n’ont pas
obtenu de résultats probants. Les raisons en sont multiples. La première
tient au comportement de l’état.
41.2.3.1 L’état et le dialogue social
Dans maints pays européens, ceux du Nord au premier chef, l’état
laisse le soin aux représentants des patrons et des salariés
de négocier des accords dans les domaines qui les concernent. La loi
intervient, là où elle est nécessaire, pour entériner
ces accords tout en veillant au respect des règles générales
du droit. Quelques gouvernements français ont, dans certains domaines,
adopté cette attitude et on aurait pu s’attendre à ce qu’une évolution
générale dans cette direction se manifeste et, notamment, de
la part des majorités de gauche.
Or, c’est de façon très autoritaire, en ne laissant guère
de place au « dialogue social », que furent élaborées
certaines lois. Celles qui sont relatives aux 35 heures sont devenues
emblématiques d’un comportement autoritaire. De même, le
ministre de l’emploi et de la solidarité refusa longtemps d’entériner
le résultat des négociations menées par certains syndicats
pour encourager les chômeurs indemnisés à chercher plus
activement un emploi. L’ancien secrétaire général
de la Cfdt, Edmond Maire, a durement critiqué ces attitudes : « le
gouvernement et la majorité parlementaire réinventent la lutte
des classes et gâchent de façon absurde les chances de réforme.
[…] Depuis plusieurs années c’est une politique d’étouffement
de la société civile et de ses acteurs sociaux qui a été menée.
[…] C’est le jeu d’une gauche autoritaire qui remet en selle
un état jacobin, se coupant de plus en plus des citoyens. » ([46])
On peut espérer que le gouvernement de Lionel Jospin aura constitué le
paroxysme d’un certain style de gouvernement, celui de notre nouvelle
noblesse (voir le chapitre 13 de notre site) et que son échec cuisant
aux élections du printemps 2002 servant de leçon, un autre comportement
de l’état se manifestera.
41.2.3.2 Affaiblissement du syndicalisme chez les salariés
Une autre cause du manque de vigueur du dialogue social fut l’affaiblissement
de la majorité des syndicats de salariés. Le syndicalisme français
n’est pas seul à connaître des difficultés que le
chapitre 22 analyse. Le graphique 4, en fin de document, montre que les Trade
union britanniques sont passées de 13 à moins de 8 millions
de membres, ces derniers restant puissants, comme chez nous, dans le secteur
public essentiellement. Dans tous les pays industrialisés, la fermeture
de très grandes unités de production, mines ou usines, au profit
d’établissements moyens ou petits, la diminution du nombre de
postes d’ouvriers non qualifiés, les changements d’emplois
plus fréquents, la croissance des activités de services réalisées
par des entreprises qui sont souvent de petite taille : toutes ces évolutions
ont rendu plus difficiles la création et le développement des
sections syndicales. Le syndicalisme a du mal à attirer aussi bien ces
ouvriers hors usine, installateurs ou réparateurs, que les exclus. Les
enquêtes de terrain soulignent le vieillissement des militants et le
fait que les jeunes, dans leur grande majorité, sont peu attirés
par l’adhésion syndicale. ([47])
Certes, une fraction importante du patronat français a été,
de son côté, hostile à une vraie coopération avec
les représentants du personnel. Certaines firmes évoluent. Renault
et Peugeot ont reconnu, dans les années récentes, avoir systématiquement
freiné la promotion professionnelle des militants syndicaux et des carrières
ont été reconstituées. Mais nombre de firmes conservent
une attitude hostile aux syndicats. Le Président de la Sncf, admettant
que son entreprise doit passer « d’une culture du conflit à une
culture du compromis » ([48]), concède la part de responsabilité de
ses dirigeants dans cette situation : « centralisation et cloisonnement
excessifs, difficulté d’écoute et de reconnaissance des
agents. »
L’attitude de l’état et celle des patrons, mais aussi les
traditions d’une large part de la gauche française, expliquent
que les syndicats de salariés aient refusé de bâtir franchement
un syndicalisme de gestion, à l’instar de ses homologues de l’Europe
du Nord. Le syndicalisme français adopte trop souvent des postures peu
constructives que maints jeunes salariés comprennent mal. Pour que le
dialogue existe et soit productif et que des compromis réalistes se
multiplient, il faudrait qu’une bonne partie de la gauche française
renonce à des visions baptisées de révolutionnaires. Le
rôle joué dans les années récentes par des leaders
ayant reçu une formation trotskyste et le développement des syndicats
Sud, volontiers extrémistes, montrent qu’un long chemin reste à parcourir.
Organisations syndicales
Suffrages recueillis aux élections prud’homales
%
1979
2002
Cgt
42,4
32,1
Cfdt
23,1
25,2
Fo
17,4
18,3
Cftc
6,9
9,7
Cgc
5,2
7,0
Autres
7,7
Alors que l’Allemagne pratique la cogestion dans l’entreprise,
sa « seule évocation continue à hérisser une partie
de la gauche politique ou syndicale française. » ([49]) Alors
que des privatisations avaient déjà eu lieu chez nos voisins,
notre gauche a tenté, en 1981 et 1982 encore, d’opérer
une « rupture avec le capitalisme » pour instaurer un « socialisme à la
française ». Un leader syndical confie ses inquiétudes
: « la réforme devient impraticable à cause des représentations
idéologiques, des fantômes de guerres de religion, du maintien
artificiel d’une culture du conflit, de la prédominance du symbole
sur le principe de réalité, de l’angoisse d’être
accusé de pactiser avec le diable. » ([50])
Nous nous sommes, en effet, demandé (chapitre 31) si l’éducation
reçue par les Français ne les incite pas à cultiver, au-delà du
raisonnable, des mythologies révolutionnaires et à négliger
l’observation des faits. « Nous ne vivons pas dans la légende
et c’est la France de notre temps que nous devons contempler, connaître
et aimer. » ([51]) En dépit de cette exhortation et bien que nous
soyons « la génération des révolutions qui échouent
et des réformes qui réussissent » ([52]) les Français
auront continué, presque seuls en Europe, à cultiver le passé de
l’illusion communiste. Celui qui fut de 1997 à 2002 le leader
de la gauche n’était pas parvenu à favoriser une démocratie
sociale malgré les déclarations qu’il avait faites : « le
révolutionnarisme est derrière nous. Il n’y a pas de modèle
alternatif. […] Comme système, le socialisme n’existe plus.
Et, d’abord, comme système de production. Pour ce qui concerne
la création de richesses et l’allocation de ressources, la supériorité du
marché sur la planification s’est montrée incontestable. » ([53])
La vision et la pratique de la démocratie sociale ont encore bien du
chemin à parcourir en France. Pour que « la négociation
et les contrats gagnent du terrain tant sur le conflit que sur la loi, il faut
(notamment) que se constituent, au sein des organisations professionnelles
et syndicales, des équipes de juristes formés aux techniques
du droit contractuel. » ([54])
Au moment où nous allions mettre ce texte en ligne (décembre 2002)
les tensions, au sein de la Cgt, entre partisans d’attitudes réformistes
et fidèles de la résistance à la « collaboration
de classe » était vif. Si les premiers devaient l’emporter
nos relations sociales pourrait sans doute devenir plus constructives.
41.2.3.3 Redéfinir le champ d’action des partenaires
Les analyses conduites dans le troisième volet de notre site ont, par
ailleurs, montré les limites du paritarisme animé par les syndicats
patronaux et de salariés. Primo, la représentativité des
syndicats de salariés, dans le secteur privé surtout, étant
devenue faible la légitimité qui était la leur à gérer
certains domaines comme l’assurance-maladie a quasiment disparu.
Secundo, l’évolution de la protection sociale — de l’assurance
professionnelle vers la solidarité nationale — élargit
le champ des interventions des jacobins qui contrôlent la ressource :
l’impôt au lieu de la cotisation. Tertio, en dépit des efforts
du Medef pour « refonder » les relations sociales, et, en partie, à cause
d’eux, le paritarisme est apparu très précieux dans certains
domaines de la vie sociale où ses compétences sont réelles — retraite
et gestion de l’assurance chômage par exemple — mais, a contrario,
son intervention non seulement dans le domaine de la santé mais aussi
de la politique familiale ne paraît plus justifiée. Les syndicats
de salariés ou patronaux devraient renoncer à gérer ces
domaines pour s’impliquer énergiquement dans celui de la formation
professionnelle où les enjeux, pour leurs mandants, sont, au contraire,
considérables et où leurs compétences pourraient grandir.
Si les relations des partenaires sociaux, entre eux comme avec les représentants
de l’état, sont loin d’être idéales, des évolutions
sont amorcées. Dans de nombreux secteurs se multiplient les instances
d’information et de consultation. La pratique archaque de l’édit
souverain coexiste avec des façons de faire plus civilisées.
Graphique 1 — Taux de fécondité
Source : Rexecode
Graphique 2 — Nombre d’associations créées chaque
année
Source : Uniopss, op. cit.
Graphique 3 — Les Français et le Rmi
Au sujet du Rmi pensez-vous plutôt que :
Source : Credoc, Enquête conditions de vie et aspirations des Français
Cité par le rapport 2001-2002 de l’Observatoire et de la pauvreté et
de l’exclusion
Graphique 4 — Le syndicalisme en Grande Bretagne
Nombre de syndiqués en millions
% de syndiqués parmi les salariés
Source : The Economist, 27 juillet 2002
41.0 Résumé de ce chapitre 1
Les finalités de notre contrat social méritent d’être
révisées………………………… 1
Réviser les modalités du contrat social…………………………………………………….
3
41.1 Redéfinir les finalités du contrat social 5
41.1.1 Aux plus favorisés……………………………………………………………………..
5
41.1.1.1 Limiter les droits à la gratuité des plus favorisés 6
41.1.1.2 De la taxation au don 8
41.1.1.3 Participer davantage à la vie sociale 9
41.1.2 Aux moins favorisés………………………………………………………………… 11
41.1.2.1 Égalité ou équité ? 12
41.1.2.2 La République n’est plus parvenue à réduire
l’exclusion 13
41.1.2.3 Personnaliser les aides et globaliser les interventions 13
41.1.2.4 Réinsertion et contreparties 15
41.2 Une société moins atomisée 17
41.2.1 élargir la place des associations et des fondations………………………….
18
41.2.1.1 Les associations ont de sérieux atouts 19
41.2.1.2 Plus d’exigences à l’égard des associations 20
41.2.2 Des épargnants moins passifs……………………………………………………..
22
41.2.3 Partenaires sociaux : d’autres comportements ?……………………………… 24
41.2.3.1 L’état et le dialogue social 24
41.2.3.2 Affaiblissement du syndicalisme chez les salariés 24
41.2.3.3 Redéfinir le champ d’action des partenaires 27
[1] Dominique Schnapper, La démocratie providentielle, Nrf essais, Gallimard, 2002.
[2] Dominique Schnapper, op.cit..
[3] Marcel Gauchet, L’héritage jacobin, Le Débat, septembre-octobre 2001.
[4] Olivier Galland, Futuribles, juillet-ao⁄t 2002.
[5] Dominique Schnapper, op.cit..
[6] Pierre Laroque, Le plan français de sécurité sociale, Revue française du travail, 1946.
[7] André Babeau, in Commentaire, hiver 1999-2000, estime que les revenus du patrimoine des ménages ont été, en 1997, supérieurs à 900 milliards FF ; ils auraient supporté des prélèvements à un taux moyen de 27 %, le taux effectif allant de zéro (livrets A des caisses d’épargne par exemple) à des taux très élevés.
[8] Claude Bébéar, Le courage de réformer, ouvrage collectif, Odile Jacob, 2002.
[9] Philippe Lagayette, Sociétal, mars 1998.
[10] Jean-Pierre Raffarin, interview, L’Express, 30 mai 2002.
[11] Marcel Gauchet, l’héritage jacobin, Le Débat,, septembre octobre 2001.
[12] Uniopss, Faire société, les associations au cœur du social, Syros, 1999.
[13] Uniopss, idem.
[14] Alexandre Jardin, 1 + 1 + 1… Grasset, 2002.
[15] Alexandre Jardin, op.cit.
[16] Martine Aubry, Le choix d’agir, Albin Michel, 1994.
[17] Arrêt du Juge Blackmun dans Regent of the Université of California v. Bakke.
[18] Interview donné au journal Le Monde, 20 novembre 1999.
[19] Alain Minc, WWW capitalisme.fr, Grasset 2000.
[20] Jean-Paul Fitoussi et Pierre Rosanvallon, Le nouvel âge des inégalités, Seuil, 2000.
[21] Nicole Notat, secrétaire générale de la CFDT, Le Monde, 3 septembre 2000.
[22] Rébecca Duvillé, Une ethnopsychiatre à l’école, Bayard, 2001
[23] Observatoire et de la pauvreté et de l’exclusion, rapport 2001-2002.
[24] Le Monde, 26 mai 2000.
[25] Martine Aubry, op.cit.
[26] Jean-Paul Fitoussi et Pierre Rosanvallon, op.cit.
[27] Nicole Notat, secrétaire générale de la Cfdt, Le Monde, 20 décembre 2000.
[28] Martine Aubry, op.cit.
[29] Jean-Paul Fitoussi et Pierre Rosanvallon, op.cit.
[30] Jean Boissonnat et Olivier de Berranger, L’évêque et l’économiste. Presses de la Renaissance, 2001.
[31] Alexis de Toquevile, De la démocratie en Amérique.
[32] Claude Vimont, in Claude Bébéar, Le courage de réformer, ouvrage collectif, Odile Jacob, 2002.
[33] Frédéric Lavenir, Alexandre Joubert-Bompard et Claude Wendling, L’entreprise et l’hexagone, rapport au ministre de l’économie et des finances, éditions de Bercy, 2001.
[34] Peter Drucker, The next society, étude parue dans The Economist, 3 novembre 2001.
[35] étienne Perrot, in Claude Bébéar, Le courage de réformer, ouvrage collectif, Odile Jacob, 2002.
[36] Olivier Galland, Futuribles, juillet-ao⁄t 2002.
[37] Henri Mendras, La France que je vois, Autrement frontières, 2002.
[38] Uniopss, Faire société, les associations au cœur du social, Syros, 1999.
[39] Uniopss, idem.
[40] Edith Archambault, Projet n¡264, hiver 2000 – 2001.
[41] Olivier Galland, La nouvelle société française, Armand Colin, 2001.
[42] Bernard Kouchner, cofondateur de Médecins sans frontiètes, Le Monde, 11 décembre 2002.
[43] Pierre-Patrick Kaltenbach, Associations familiales protestantes, juin 2002.
[44] Edith Atchambault, Professeur à Paris-1 Sorbonne, Le Monde, 10 décembre 2002.
[45] Tocqueville, De la démocratie en Amérique.
[46] Libéraation, 9 octobre 2000 cité par Erik Izraelewicz et Christine Mital, Monsieur Ni-Ni, Robert Laffont, 2002..
[47] Droit social, novembre 2000.
[48] Le Monde, 19 juin 2002.
[49] Dominique Strauss-Kahn, La flamme et la cendre, Grasset, 2002.
[50] Nicole Notat, in Notre état, Robert Laffont, 2001.
[51] Pierre Mendès France, Pour une République moderne, cité par Dominique Strauss-Kahn, La flamme et la cendre, Grasset, 2002.
[52] Michel Albert, Jean Boissonnat, Michel Camdessus, Notre foi dans ce siècle, Arléa, 2 002.
[53] Lionel Jospin, Florence, 22 novembre 1999.
[54] Claude Vimont, in Claude Bébéar, Le courage de réformer, ouvrage collectif, Odile Jacob, 2002.