Quatrième volet
40 Présentation de ce dernier volet
Des pistes pour l’avenir
Les deux premiers volets de notre site mettent en évidence un fort contraste
entre
- une vie collective française structurée par un « modèle » périmé mais
qui survit ; au cœur de ce modèle, un fort secteur public, contrôlé par
une nouvelle noblesse issue des grands corps de l’état, s’appuie
sur le mythe encore vivace selon lequel l’état serait tout puissant
;
- des révolutions aux formes multiples — technologiques, géopolitiques
et sociétales qui, à des degrés très divers, ont
touché le monde entier, achevant de rendre obsolète le modèle
français.
«
Il ne faut confondre (en effet) ni la capacité d’adaptation de nos
entreprises, ni la mobilité de la société française
avec la lenteur de l’évolution de notre état. » ([1])
Les évolutions intervenues chez les uns et la rigidité de l’autre
qui a perduré ont fini par créer une première fracture.
Le troisième volet, pour montrer la réalité du contraste
que nous venons d’évoquer, analyse quatre aspects essentiels de
la société française : éducation, emploi, retraites
et santé. Y est avancée l’idée que les déviations
et les inadaptations de l’État-providence sont pour une grande part
responsables d’un phénomène d’exclusion qui est la
honte de notre société. « Nous étions une société de
discrimination, nous devenons une société de ségrégation » nous
dit Alain Touraine. ([2]) Oui, une deuxième fracture s’est produite.
Une vision optimiste de l’histoire permet de voir l’état de
droit gagner du terrain sur la violence, à travers maintes vicissitudes
bien s⁄r, mais, de façon moins patente, les plus forts n’ont-ils
pas utilisé les ressources de l’état-providence pour améliorer
leur confort et maintenir leur suprématie à l’égard
des plus faibles ? aux yeux de beaucoup, la façon dont certains de ces
derniers réagissent légitime le recours à la force ; d’autant
plus que des élus ont transformé des situations inacceptables en
argument électoral (la « tolérance zéro »).
La fracture sociale ne risque-t-elle pas, dès lors, de devenir ce fossé qui,
au XIXe siècle sépara le centre de la capitale de ses hauteurs
et de ses faubourgs ? La perversion des buts de notre énorme machine sociale
qui s’est peu à peu installée pourrait bien expliquer qu’elle
semble « au bout du rouleau. » Qu’il s’agisse de l’éducation,
de l’emploi, des retraites ou de la santé, au terme de chacun des
chapitres de notre site qui évoquent ces sujets, des pistes ont été présentées
pour que les choses évoluent.
Ce quatrième volet va tenter de donner un sens commun à ces suggestions
partielles. Il s’interroge, d’abord, sur les termes qui pourraient être
ceux d’un nouveau contrat social entre les citoyens. Comment assurer la
cohésion sociale de la nation ? Comment attirer et retenir en France talents
ou activités ? Réduire l’exclusion tout en favorisant une
croissance sans laquelle il n’est pas de progrès social possible
? Les plus favorisés ne pourraient-ils accepter une révision des
objectifs d’une énorme machine baptisée de sociale ?
Demander moins à un état-providence dont les prélèvements
auraient une chance de baisser ? Les moins favorisés ne devraient-ils
pas devenir prioritaires ? Ne faut-il pas, en même temps, viser à ce
que les citoyens soient beaucoup plus impliqués qu’aujourd’hui
dans la conception et la gestion des interventions sociales et tendre à une
démocratie qui, partant de la base, soit plus active et plus fraternelle
(chapitre 41) ?
En effet, la prise de contrôle des grands partis politiques par d’anciens
fonctionnaires et le financement de ceux-ci par l’état ont contribué à maintenir
les citoyens à distance de la gestion de la cité. Le nouveau contrat
que nous esquissons semble si incompatible avec tant de pratiques archaques que
nous avons été conduits à nous interroger sur les finalités
et les modes de gestion qui pourraient être ceux de l’État
au XXIe siècle (chapitre 42) ?
Nous nous demanderons enfin, si les forces sociales et politiques de la France
d’aujourd’hui, avec leurs aspirations mais aussi la rémanence
des mythes anciens, permettront que s’établisse un nouveau contrat
social (chapitre 43). Nous non plus ne croyons pas aux « ruptures brutales
avec le passé. Elles ne sont ni efficaces ni justes : le passé est
là et il demeure. » ([3]) Mais on peut favoriser l’évolution
progressive des conceptions et des comportements.
41 – Des propositions pour un nouveau contrat social
42 – Place, rôle et gestion d’un état moderne
43 – La politique, à nouveau, en mouvement ?
[1] Roger Fauroux et Bernard Spitz, Notre état, ouvrage collectif,
Robert Laffont, 2000.
[2] Face à l’exclusion, in Citoyenneté et urbanité,
Esprit, 1991.
[3] Jean-Pierre Raffarin, Pour une nouvelle gouvernance, l’Archipel,
2002.