Corps du texte
25.1 Le modèle français en question page 2
25.2 Des citoyens responsables page 13
Annexes 1, 2 et 3 page 18 sq
Graphiques ([2]) page 24
sq
Table des matières détaillée page 27
25.1 Le modèle français en question
«
Je pense qu’il existe un modèle français. L’histoire
ne s’efface pas comme cela. L’acquis des siècles est quelque
chose de puissant. » ([3]) « Loin d’être de simples
résidus d’un temps révolu, des archasmes sont constitutifs
d’une manière de vivre ensemble » ([4]) « Les
gens, quel que soit leur niveau d’éducation, puisent dans les
faits avérés et les théories non pas ce qui est le plus
vraisemblable mais ce qui convient à leurs habitudes, leurs idées
acquises, leurs valeurs personnelles et collectives. » ([5]) Chaque
individu privilégie les traits de ce modèle français composite
avec lesquels il se sent le plus en harmonie. C’est à leur lumière
qu’il fait face aux réalités de son temps, non sans les
voir, par conséquent, d’une façon déformée.
«
On sentait que les notions que l’artiste médiéval et la
paysanne médiévale (survivant au XIXe siècle) avaient
de l’histoire ancienne ou chrétienne, et qui se distinguaient
par autant d’inexactitude que de bonhomie, ils les tenaient non des livres,
mais d’une tradition à la fois antique et directe, ininterrompue,
orale, déformée, méconnaissable et vivante. » ([6]) « Au
milieu du Xxe siècle, coexistaient des strates géologiques,
des modèles successifs de contrôle social. » ([7])
Rechignant à accepter ces mutations en cours dans le monde qui mettent
en cause leur modèle, les Français résistent et ont peur. « On
peut penser que, dans l’Hexagone, l’insatisfaction profonde renvoie à la
recherche d’un modèle idéalisé. » ([8]) Des
enquêtes d’opinion ou rapports de préfets ([9]) ont montré un
pessimisme à l’égard du devenir collectif qui contraste
avec la confiance manifestée par les individus à l’égard
de leur destin personnel. Depuis 1973, évoquant l’économie,
nous sommes quasiment seuls, nous Français, à parler de « crise » alors
que notre croissance, mesurée par celle du Pib, a été en
moyenne de 2 % par an ce qui est une performance fort honorable ; décidément,
réalités et appréciation de celles-ci ne concident pas.
Nous regroupons sous trois chefs les rémanences de ce modèle
que l’Europe conteste :
- l’état de droit peine à prévaloir sur des états
de fait ;
- la conflictualité est persistante dans la société ;
- le désir accru d’autonomie des individus a du mal à trouver
son expression dans la société.
251.1 L’état de droit peine à prévaloir sur des états
de fait
Au début des années quatre-vingt-dix on a pu espérer que
la paix était assurée dans le monde et que la violence cesserait
d’imposer sa loi. Un état de droit allait-il, enfin, triompher
?
2511.1 De l’état en guerre à l’état de paix
Mais, depuis 2001, face au terrorisme, la nation la plus puissante du globe
qui avait parrainé la création des Nations Unies s’est,
pour un temps au moins, détournée d’elle et, au lieu de
cet « ordre mondial » dont avait rêvé le père
de l’actuel président américain, la violence est réapparue.
Pour les Français, néanmoins, depuis 1945 ou, en tout cas, 1962,
la paix est une réalité. Or, n’est-ce pas dans la guerre
et, à maints égards, par la guerre contre des ennemis extérieurs
mais, aussi, par la guerre civile que le modèle français s’est édifié ?
C’est quatre ans après la Saint-Barthélemy, alors qu’Henri
IV accède au pouvoir, que Bodin présente la théorie du
pouvoir absolu qui inspirera nos monarques. « Le système de contre-pouvoirs
dont Tocqueville et bien d’autres après lui, a rêvé,
n’a pas été mis en place. » ([10]) La monarchie française
et nos premières républiques, monistes, n’admirent guère
ce type d’équilibre et ceci explique, par exemple, que l’indépendance
de la justice ait été si lente à se manifester dans notre
pays (voir le chapitre 35 de notre site). La noblesse de robe avait eu beau
tenir, dès la fin du XVIe siècle, un rôle essentiel
dans l’administration de l’état, c’est le chef de
guerre qui demeurera longtemps sur le devant de la scène et qui y reviendra
de façon répétée dans les tourmentes ; en 1958
encore. « Le pôle dominant fut celui de la conquête, de la
production et de la guerre, celui des hommes, tandis que le féminin était
la figure principale de l’infériorité et de la dépendance. » ([11])
Le rôle du général de Gaulle dans la France du XXe siècle
fut-il séparable de la guerre, conflit mondial d’abord, guerre
d’Algérie ensuite ? Or, la constitution que le général
de Gaulle a proposée et qui nous régit ne comporte-t-elle pas
une bonne dose de bonapartisme ? Elle dévalorise un Parlement qui vote
des lois souvent mal conçues et mal rédigées (cf., à nouveau,
le chapitre 35 de notre site) et qui n’a plus guère exercé des
pouvoirs budgétaires qui auraient d⁄ être au cœur de
son action.
Aujourd’hui, la forme pyramidale de nos institutions politiques a été renforcée
par un phénomène propre à notre pays : les deux grandes
formations de gouvernement ont été dirigées par des hommes
(bien peu de femmes) issus de trois grandes écoles. Leur pouvoir a été d’autant
plus fort que non seulement la haute administration mais aussi de grandes entreprises étaient
dirigées par des anciens de ces mêmes écoles. On verra
plus loin que le pouvoir trop absolu du chef ne s’impose pas dans la
seule vie politique mais règne encore dans maintes entreprises. « Le
pouvoir est compris chez nous comme un rapport de domination. Il s’acquiert
toujours au détriment d’un autre. » ([12])
S’opposant à une idée longtemps répandue, un pouvoir
qui sait associer les citoyens ou les salariés, loin d’être
moins efficace peut l’être davantage. ([13]) Maintes firmes, allemandes
ou japonaises, entre autres, le montrent chaque jour. A contrario, n’est-ce
pas le pouvoir peu participatif qui provoque la stratification si marquée
de la société française ? Entre les « chefs » et
leurs subordonnés, la distance est plus grande que dans les pays nordiques
et la concertation moins naturelle. Du coup, les individus sont très
attachés aux corps d’état qui sont les leurs. Les Français
se font un point d’honneur de défendre les droits voire les apanages
acquis par leur corps. « L’honneur, dit Montesquieu, n’est
pas tant ce qui nous appelle vers nos concitoyens que ce qui nous en distingue.
Il est intimement lié à la fierté que l’on a de
son rang et à la crainte d’en déchoir […] La logique
du rang permet de comprendre le rôle si particulier que jouent les grandes écoles
et les concours qui permettent d’y accéder dans la société française,
l’épreuve du concours constitue un rituel où se révèlent
solennellement les capacités de chacun. » ([14])
Aussi, la paix a beau régner depuis plus d’un demi-siècle,
nos institutions et nos mœurs restent ceux d’une nation guerrière
où les nobles s’opposent aux vils. Un préjugé interdisait
jadis aux gentilshommes le commerce et l’industrie ; aujourd’hui,
aux yeux de la majorité des Français, les hommes de l’économie
doivent toujours demeurer d’un rang inférieur à ceux qui
détiennent le pouvoir politique. ([15])
2511.2 De la terre nationale à des services mondiaux
Pendant des siècles, l’économie de ces nations qui furent
si souvent en guerre a été commandée par la ressource
agricole et, donc, par la terre. Les armes à la main, la monarchie française
a agrandi son pré carré et, pour les Républicains, la
possession de l’Alsace-Lorraine était un objectif essentiel. Au
sein de son territoire, l’état français disposait de monopoles
plus larges que ses homologues d’Europe et il n’y a pas si longtemps
que, par les nationalisations, il élargissait encore leur champ.
Puis la France, restée agricole et rurale plus longtemps que maintes
de ses voisines a changé non sans cultiver ses nostalgies. Bien qu’elle
soit devenue citadine, industrielle et européenne, elle s’est
battue avec acharnement pour protéger son agriculture dans un monde
où, en moins de cinquante ans, les droits de douane ont été divisés
par dix et les échanges internationaux multipliés par vingt.
Les services sont devenus majoritaires et l’agriculture emploie moins
de 5 % des travailleurs. Profitant des avantages générés
par ces évolutions, les Français en regrettent maints aspects.
Le monde rural se désole de ne plus avoir la prééminence
qui fut la sienne. À son tour, le monde ouvrier a constaté son
déclin et l’évanouissement de son rêve, « L’internationale »,
alors que tant de sociétés devenaient multinationales par leurs
implantations ou leur personnel, leurs dirigeants ou leur actionnariat. « Plus
le monde s’ouvre et plus, en France, les gens se ferment. » ([16])
Les souffrances de ceux que le monde moderne blesse finissent par justifier à leurs
yeux le rejet des réalités. ([17]) Et, lorsque François
Mitterrand, devant le chômage, ou Lionel Jospin, face aux délocalisations,
confessèrent leur impuissance, les Français les moins favorisés
furent démoralisés par ce qui était, à leurs yeux,
des défaillances de l’état national.
La fraction de la population la plus attachée à nos traditions
et celle qui se sent la plus menacée par les novations ont peur de la
mondialisation et de la construction européenne et, parmi ceux qui étaient
favorables à la notion ambigu‘ d’Europe-puissance et qui
y avaient vu un substitut à la France d’hier, beaucoup doutent
désormais de sa faisabilité. « On sent flotter dans l’air
comme un parfum de fin du monde » pouvait-on écrire dès
2002. ([18])
Au sein de l’Europe, la France combine le plus grand nombre d’inquiets,
parmi les salariés notamment, et le plus petit nombre de personnes confiantes
dans l’avenir du pays. ([19]) Pessimisme collectif donc mais tonus individuel
aussi. Des enquêtes ([20]) montrent que la plupart des Français
ont confiance dans leur capacité à « s’en sortir » par
leurs propres moyens. Que notre taux de natalité soit supérieur
de quelque 50 % à celui de nos voisins montre qu’il ne s’agit
pas là d’un simple sentiment.
251.2 équilibre des pouvoirs ou conflictualité ?
Cette société plus pyramidale que maintes de ses voisines est
affligée d’une conflictualité forte et persistante. Si
la France a été parmi les premières à affirmer
les principes de la démocratie, l’extension de cette dernière
dans le monde et son exercice puisent largement dans les pratiques des Anglo-saxons. À leurs
yeux tout pouvoir doit trouver en face de lui d’autres forces qui l’équilibrent
faute de quoi les droits des individus risquent d’être écrasés.
2512.1 Concertation ou absence de contre-pouvoir ?
Pratiquée au plan local avant d’être fédérée,
la démocratie américaine écarte la toute-puissance d’un
pouvoir centralisé et monolithique ; elle croit à la force de
la jurisprudence, de la common law et du contrat privé. Soumis à la
règle des checks and balance, les dirigeants doivent faire la preuve
de leur accountability.
Ces notions restent mal acceptées par nos gouvernants qui ont, néanmoins,
d⁄ reconnaître leurs limites : les entreprises sont intervenues
en force dans leur domaine. Le chapitre 22 évoque les aspects divers
du rebond capitaliste de ces dernières années : croissance du
niveau de vie moyen, diminution du travail répétitif, multiplication
des relations avec les collègues et les clients mais stress accrus,
faibles progrès dans les relations avec les responsables, attente déçue
de salariés mieux éduqués, rémunérations
excessives de dirigeants. Le salarié ne trouve pas ou plus dans l’entreprise
une sécurité qui l’apaiserait et « l’ascenseur
social » ne fonctionne plus aussi bien. L’attachement au métier
et au lieu de résidence constitue une sérieuse entrave à la
mobilité des personnes et, par voie de conséquence, aussi bien à leur
emploi qu’à la flexibilité des organisations. On répugne à exercer
une activité considérée comme de rang inférieur à celle
qui vous employait. ([21])
Dans les firmes anglo-saxonnes la discussion collective existe mais elle tend à être
limitée à des relations du type client à fournisseur.
On conçoit mal que le salarié ait son mot à dire sur la
stratégie de l’entreprise. Avec la cogestion à l’allemande
ou les comités d’entreprise français, l’Europe semblait
avoir trouvé des formes de concertation qui contribuaient à donner
un caractère social à l’économie de marché.
Le capitalisme à l’anglo-saxonne, ayant gagné du terrain,
risque de mettre en cause ces procédures. Curieusement, la grande entreprise,
institution centrale du monde capitaliste ne répond guère aux
usages anglo-saxons que nous évoquions : l’équilibre des
pouvoirs n’est pas de mise, ceux des dirigeants d’entreprise sont
peu contrebalancés même si, tentant de le faire, un courant encore
peu puissant s’est amorcé, prenant appui sur des fonds de pension
et de placement (voir le chapitre 22 de notre site). Les faits actuels ne concident
donc guère avec le droit : la multitude d’actionnaires qui — directement
ou, de plus en plus, par le truchement de fonds — détient
la majorité du capital des grandes entreprises n’exerce pas le
pouvoir.
L’économie contemporaine, loin d’inciter les Français à réduire
la conflictualité qui persiste dans leurs relations collectives, tend à la
renforcer.
2512.2 Une conflictualité persistante
Bien que le pouvoir monarchique français qualifié d’absolu
ne l’ait pas été totalement car il devait composer, il
ne s’établit pas entre lui et la noblesse des relations structurées.
Le tiers état entendit ensuite prendre sa revanche sur les deux ordres
privilégiés, puis la bourgeoisie conquit les pouvoirs non sans
que certains chefs d’entreprise adoptent des comportements autoritaires
qui se sont perpétués. Ayant interrogé plus de 100 000
salariés d’Ibm dans 72 pays une étude, déjà ancienne
il est vrai ([22]), a conclu que la France était le pays où la
distance hiérarchique entre supérieur et subordonné était,
de loin, la plus grande. En 2004 des enquêtes menées par une école
suisse et par le Forum économique mondial ont confirmé que la
France restait un des pays où la conflictualité dans les relations
du travail était la plus grande. « J’ai des inquiétudes
sur l’incompréhension entre les chefs d’entreprise et les
salariés » confessait récemment le Président de
l’Union des industries textiles, Guillaume Sarkozy.
La classe ouvrière avait en effet adopté une posture de lutte
qui aujourd’hui, sur le terrain, dispose de moins de forces mais qui
reste profondément inscrite dans les esprits. Plusieurs pays voisins
sont choqués par les atteintes à la liberté qui marquent
maints conflits sociaux en France. Certains ont même impliqué des
fonctionnaires de l’état. Tout en déclinant lentement,
les arrêts de travail restent très fréquents à la
Sncf, au point de mettre en cause, aux yeux de nombreux usagers, la notion
même de service public, et, bien entendu, la rentabilité de l’entreprise.
([23]) Bernard Thibault, ancien cheminot, confirmant les travaux de François
Furet, évoque ce militant dont la « référence était
la révolution de 1917 et son rêve d’un 1917 à l’échelle
mondiale. » ([24]) Lorsque le mur de Berlin s’effondre, le dirigeant
de la Cgt mesure « l’écart énorme qui pouvait exister
entre la perception des militants, leurs repères et ce qu’était
la réalité […] Beaucoup l’ont vécu comme un
traumatisme dans la mesure où, pour eux, il n’y avait plus d’alternative
possible à la société capitaliste. » Ces strates
d’un modèle à la fois idéalisé et dépassé rendent
bien difficiles la négociation d’évolutions qui tiendraient
compte des données présentes. Selon le graphique 1, en fin du
document, l’intérêt des travailleurs semble de plus en plus
opposé à celui des entreprises
Dans ces conditions, sauf en de rares domaines, comme celui de la gestion des
retraites du secteur privé, la France n’a pas vu se mener entre
entreprises, salariés et organismes sociaux des négociations,
souvent ardues et longues d’ailleurs, comme la Suède, le Danemark
et les Pays-Bas le firent ce qui leur a permis, plus énergiquement et
plus tôt que nous, d’adapter leur vie collective aux conditions
de l’époque et notamment à une situation démographique
qui est en passe de se modifier du tout au tout. Typiquement, dans les pays
du Nord, les données ont été exposées et des solutions
recherchées qui tiennent compte du changement radical du rapport entre
nombre de cotisants et nombre de retraités. A contrario, la majorité des
Français a voulu voir dans l’ajustement des retraites du secteur
public un mauvais coup du gouvernement voire des patrons.
Fossé politique
Forte proportion d’abstentions aux élections, vote surprise d’avril 2002
et rejet du traité constitutionnel européen sont les signes de
cet autre fossé qui existe entre les citoyens et la nouvelle aristocratie
qui contrôle les deux grandes formations de gouvernement. Peu pédagogues
et, pour certains, peu courageux, leurs dirigeants n’ont guère
aidé les Français à sortir des anachronismes du modèle
composite qui est dans leur esprit. À maintes reprises ils ont même
encouragé leur attachement irrationnel au passé. Faute d’analyses
sérieuses, qu’ils ont pourtant le loisir de mener lorsqu’ils
sont dans l’opposition, nos leaders ne parviennent pas à proposer
des combinaisons novatrices entre les réalités du temps (le cheminement
de la bosse démographique du baby-boom dans les domaines de l’emploi,
de la retraite et de la santé par exemple) et les aspirations de leurs
concitoyens. Parmi ces dernières figure le désir d’une
plus grande autonomie.
251.3 Collectif ou « perso »
«
Aucune société n’a trouvé la manière idéale
de concilier les nécessités de la vie collective et le désir
d’autonomie de ses membres et chacune d’elles opère tant
bien que mal cette conciliation selon une approche qui lui est propre. » ([25])
Le groupe a assuré aux individus protection et nourriture en échange
de leur participation ; la soumission contraignante qu’imposait la collectivité n’allait
pas sans ce confort qu’apportent les certitudes et l’obéissance.
Puis, au fil d’une longue histoire, les choses ont changé : « La
société que nous décrivait la sociologie classique ressemblait à un
château de pierre ; la nôtre ressemble aux paysages en mouvement. » ([26])
L’évolution a été laborieuse tant l’autonomie
comporte des risques qu’il n’est pas si aisé d’assumer.
Mais les liens contraignants ont fini par se détendre tandis que s’en
forgeaient de nouveaux, fragiles et multiples. à notre sens, l’individualisme
radical du modèle français tire parti de l’autonomie accrue
mais parvient mal à développer une vie collective active : « Aujourd’hui,
notre morale est de moins en moins sociale. Elle est de plus en plus méfiante à l’égard
des lois de la société et des discours du pouvoir. » ([27])
2513.1 émergence de l’autonomie
Les religions ont proposé à la fois une vision du monde et un
sens de la vie et de la mort tout en créant des liens entre ceux qui
partageaient les mêmes croyances. Ces liens impliquaient des contraintes,
d’autant plus que le sacré et l’exercice du pouvoir ont
souvent été imbriqués. Si l’évangile prône
la séparation du royaume de Dieu et de celui de César, la règle
cujus regio, ejus religio bafouait ce principe et devait conduire nombre d’émigrés
vers le nouveau monde.
Aux états-Unis d’Amérique la constitution a pris soin de
stipuler qu’aucune église ne dispose d’une position privilégiée.
Dans l’Europe d’aujourd’hui, le pouvoir des églises
n’est plus déterminant. école, justice et médecine
ont, de leur côté, perdu une bonne part du caractère sacré qu’elles
avaient lorsque le monde restait largement rural. Les habitants des villes,
en effet, sont moins soumis aux pressions et aux pratiques collectives que
ceux d’un village. De surcroît, des idéologies qui avaient
mobilisé des foules, pour un temps au moins, n’ont plus guère
d’influence. En Europe, la nation elle-même a cessé d’être
un absolu et le fédéralisme a conquis du terrain.
«
La première modernité avait été commandée
d’en haut par les initiatives et les innovations de grandes entreprises,
des états et des élites. Ce sont, au contraire, les gens ordinaires
et notamment les jeunes et les femmes qui ont impulsé la nouvelle évolution
culturelle et en conservent le leadership. » ([28]) Ces individus qui
considèrent que leur accomplissement personnel prime sur des objectifs
collectifs font partie de la me generation des années soixante-dix.
([29]) Leur bonheur ou le sens de leur vie ne résultera pas d’impulsions
reçues d’une autorité mais, du moins le pensent-ils, de
convictions, si possibles confortées par l’observation des réalités.
Ils participent volontiers à un groupe, mais à condition que
ni ses normes ni son chef ne leur soient imposés. Non seulement ils
ne rejettent pas les « valeurs » — voir sur ce point l’annexe
1 de ce chapitre — mais ils les retrouvent dans la recherche de
la sécurité face à la violence notamment.
2513.2 Les nouveaux réseaux
«
Dans les pays protestants, le processus d’individualisation se combine à une
forte participation sociale. » ([30]) La technologie, d’internet
aux portables, favorise cette tendance mais elle ne se manifesterait pas si
elle ne correspondait pas à une demande. Les individus qui sont passés
avec entrain du chemin de fer à l’automobile puis du téléphone
fixe au mobile se réjouissent de gagner en autonomie et, espèrent-ils,
en liberté. Internet est devenu l’instrument clef de la mondialisation
de l’économie mais aussi de relations interpersonnelles très
nouvelles (voir le chapitre 21 de notre site). Les liens ainsi créés
sont d’une fragilité « compensée par l’augmentation
du nombre de liens […] Lien social fait de fils moins solides que les
fils antérieurs. » ([31])
L’économie a contribué à créer un nouveau
paysage social. On a renoncé à ces grandes usines ou bureaux
que le taylorisme avait édifiés et misé sur la capacité de
petites unités qui expérimentent et s’adaptent ou délégué aux
responsables de quasi-Pme de larges pouvoirs, notamment à l’égard
des personnes employées. Dans les nations qui ont lutté pour
que leur état ne soit pas trop prégnant ces évolutions
sont bien accueillies mais la France peine à tirer de cette autonomie
associante tous les fruits qu’elle peut donner.
2513.3 L’individualisme à la française, plus radical
En France, le pouvoir royal s’était établi plus tôt
et était devenu plus fort que dans la plupart des autres pays. Pendant
la première période de son règne, le Roi Soleil ne tendit-il
pas à théâtraliser sa toute-puissance ? On peut penser
qu’il a, ce faisant, accentué la dissociation du religieux et
du politique déjà amorcée. La Révolution, en décapitant
le Roi, chercha à transférer à la République le
caractère sacré du monarque et on évoqua dès lors « la
religion de l’état ». La France s’étant acharnée à conserver
une religion unique, il a fallu attendre la deuxième partie du Xxe siècle
pour que l’opinion selon laquelle « on ne trouve la vérité que
dans une seule religion » ne soit plus majoritaire. ([32]) Si la déchristianisation
semble avoir commencé en France plus tôt qu’ailleurs, l’église
y demeurait puissante et la République luttera contre elle pendant près
de deux siècles. Le « processus de sortie de la religion des sociétés
contemporaines » ([33]) fut laborieux. On peut se demander si des idéologies
qui, passablement détachées des réalités, jouent
un tel rôle dans la vie politique française ne sont pas des substituts à la
foi religieuse. N’ayant pas admis le pluralisme religieux la France n’a-t-elle
pas voulu faire de la politique un absolu ? Elle déchante.
S’inscrivant évidemment dans cette tendance les révolutionnaires
manifestèrent leur phobie des corps intermédiaires et leur volonté centralisatrice. « Tout
doit faire désirer qu’un corps unique, principe de toute action
sociale, conserve l’unité dans toute sa force » proclamait
Condorcet. ([34]) « Quand chaque individu, chaque groupe se considère
comme une sorte de puissance souveraine qui n’a, à la limite,
de compte à rendre qu’à sa conscience et à son propre
sens de l’honneur, comment raccorder ce que chacun estime devoir faire
suivant sa propre loi à ce que les autres attendent de lui ? » ([35])
Au cœur du modèle français et de ses mythes se trouve cette
double polarité : un état qu’on voudrait tout puissant
et des individus atomisés ; entre les deux pôles aussi peu d’intermédiaires
que possible. Aujourd’hui encore, le statut du personnel de la fonction
publique répond à ce schéma qui rend quasiment impossible
une gestion efficace y compris celle de la carrière des personnes en
cause.
Les études que nous avons menées sur la santé publique
(chapitre 34 de notre site) nous ont convaincus que si les impératifs
collectifs ont tant de mal à s’imposer la raison en est le comportement
des médecins hospitaliers ou libéraux comme celui des patients.
Quant au collège unique, s’il n’est pas parvenu à faire
face à un public devenu hétérogène, c’est
sans doute parce qu’on a conservé des formes d’enseignement
conçues pour les classes aisées, mais c’est aussi parce
que les enseignants sont restés polarisés sur leur spécialité et
ont trop rarement constitué une équipe charpentée autour
d’une direction (chapitre 31).
Les parents qui participent aux associations scolaires sont une petite minorité et
6 % seulement des étudiants parisiens votent aux élections de
délégués, moins de 5 % des salariés du secteur
privé et un peu plus de 9 % de ceux du secteur public sont syndiqués
et les cotisations des syndiqués n’assurent pas plus de 20 % des
budgets des confédérations. De leur côté, les patrons
([36]) ne sont pas plus nombreux à participer à l’élection
de représentants. La division s’ajoute à ces faiblesses
et les élections syndicales, chez les salariés comme chez les
médecins, conduisent à des surenchères qui ne préparent
pas des négociations raisonnables.
Vision moniste et conflictualité latente n’aident guère
la France à admettre une diversité qui est contraire à ses
traditions. Résident sur son sol quelque 5 millions de personnes
immigrées ou issues d’une immigration relativement récente.
La France aspire à une assimilation là ou l’intégration,
excluant le communautarisme, serait sans doute plus réaliste.
Tentons de regrouper dans un tableau, des traits qui nous semblent caractéristiques
du « modèle français » en les opposant aux évolutions
en cours dans le monde :
Évolutions dans le monde
Le modèle français
Société et vie
politique
La tendance, de plus en plus reconnue, à la primauté de l’individu
et de la société civile est compatible avec l’ancienne
règle : tout pouvoir appelle un contre-pouvoir.
Le pluralisme, des convictions comme des institutions, est de règle.
La common law, induite des réalités, constitue l’élément
essentiel du droit.
Le modèle est fondé sur la puissance d’un état jacobin et napoléonien forgé dans la guerre et centralisé.
Monisme de la foi et du pouvoir.
Le droit résulte de lois édictées par le pouvoir exécutif
; le travail législatif, subordonné, est médiocre.
On découvre — lentement — que c’est par la participation
que se réalise et se diffuse le progrès.
Le réseau et des impulsions allant de bas en haut prennent une importance
croissante. Le réseau résulte de liens multiples et changeants.
L’état est structuré par les « corps » et
les concours qui perpétuent des relations hiérarchisées,
anormalement conflictuelles.
La pyramide étatique rechigne aux structures intermédiaires entre
le sommet et la base : décentralisation tardive, faibles pouvoirs des
responsables d’unités.
Le modèle français ne favorise guère le travail d’équipe ni la conscience des exigences de la collectivité.
Dans le monde
économique
La concurrence (et son corollaire la loi antitrust) est le principe et la
rentabilité du capital investi l’impératif.
Technologies nouvelles et mondialisation ont permis au capitalisme de connaître
un rebond. L’expansion s’est accompagnée d’exigences
nouvelles : compétences, flexibilité voire précarité.
Le monopole reste considéré par beaucoup comme une bonne situation
; une gestion économique est secondaire.
Les entreprises françaises ont participé au rebond mais de nombreuses
catégories sociales sont hostiles aux changements qu’il induit.
Au sein des entreprises, dans le capitalisme à l’anglo-saxonne, les contre-pouvoirs sont embryonnaires et faibles, la relation contractuelle entre employeurs et salariés est souvent déséquilibrée.
Syndicats et comités d’entreprise résisteront-ils au capitalisme
anglo-saxon ?
Le pessimisme des Français à l’égard de leur vie
collective contraste avec leur dynamisme individuel (et avec celui de leurs
entreprises, surtout hors de l’hexagone).
25.2 Des citoyens responsables
Dans des domaines clefs comme ceux de l’éducation, de la recherche,
de l’emploi, de la santé, de la justice ou des retraites, notre
modèle freine voire bloque des adaptations qui sont indispensables pour
que le bien-être de nos concitoyens soit assuré. Pétri
d’histoire, il se montre de plus en opposition avec ce que vivent et
pensent la majorité de nos voisins.
Sans que nous en ayons conscience, nos comportements collectifs, intégrant
les conceptions inspirées de ce modèle archaque, font échouer
des réformes sectorielles dont les objectifs sont mal exposés.
Ces dernières, à notre sens, ne seront pas réalisées
tant que trois actions d’ensemble et de long terme n’auront pas été engagées
:
- une transformation des principes qui commandent notre système
d’éducation ;
- une plus grande ouverture de notre société, notamment
du monde politique permettant qu’y participent beaucoup plus largement
des non-fonctionnaires et incitant les citoyens à prendre des responsabilités
civiques ;
- une action pédagogique convaincue et adroite encourageant le
passage de la phase des nationalités à celle d’une fédération
d’états-nations où l’Europe retrouve l’élan
dans et par sa diversité mais, aussi, par des règles du jeu de
notre temps.
252.1 Faire évoluer nos concepts éducatifs
Le chapitre 31 de notre site, est centré sur l’enseignement secondaire
et le chapitre 24 (qui devrait être disponible à l’automne
2005) est consacré à la recherche et à l’enseignement
supérieur. Ils confirment, croyons-nous, les graves défaillances
de notre appareil éducatif. Il est vrai qu’il a été confronté à des
défis gigantesques — nombre et hétérogénéité accrus — mais
les réponses que la nation lui a demandé d’apporter ont,
typiquement, été inspirées par des conceptions dépassées.
Les idées reçues, brillamment exposées, et l’abstraction
sont privilégiées tandis que l’observation des faits, l’induction,
la novation, le sport, le travail en équipe l’apprentissage, la
formation professionnelle, la formation continue, l’expérience
et les qualités humaines sont traités en parents pauvres par
un système qui a été construit autour de la trilogie mathématique,
classements et concours. Ces derniers, passés à la sortie de
l’adolescence, renforcent les cloisonnements et les scléroses
de notre société et sont l’une des causes des difficultés
que rencontre notre recherche.
Fracture sociale, chômage massif et innovations très insuffisantes
sont les conséquences d’un illettrisme trop répandu et
de l’absence au collège d’un vrai tronc commun de connaissance
ou de comportements. Dès lors, « une main-d’œuvre ayant
des compétences relativement limitées et un niveau d’éducation
relativement faible ne permettent pas la mise en œuvre d’une stratégie
industrielle reposant sur de hauts salaires et de fortes compétences. » ([37])
252.2 Un accès aux pouvoirs plus ouvert
«
Nous sélectionnons sans répit et conduisons, par des sentiers
de plus en plus étroits, l’élite de nos jeunes vers les
mécanismes subtils et féroces des concours nationaux — une
expression qui n’est traduisible dans aucune langue, sinon peut-être
en chinois mandarinal — qui déterminent la cohorte étroite
des décideurs de notre société […] Nous perdons à ce
jeu malthusien l’occasion d’enrichir et de renouveler nos élites. » ([38])
2522. 1 Une éducation favorisant davantage la fluidité de la
société
Les civilisations en progrès semblent avoir une caractéristique,
double et cohérente : elles ne ferment pas l’accès des
pouvoirs, sous leurs différentes formes, aux individus appartenant aux
catégories les moins favorisées et elles sont ouvertes sur l’extérieur.
Parmi les atouts qui auront été ceux des États-Unis ont
figuré ces deux caractères. Carlos Ghosn, de Renault-Nissan,
probablement parce que son parcours personnel lui avait donné l’expérience
de sociétés fort différentes, a, de son côté,
montré ce qu’un étranger, respectueux des cultures autres
que la sienne, pouvait apporter à un pays aussi clos que le Japon. L’état
ne devrait-il pas montrer l’exemple et ouvrir un débat sur le
rôle des « corps » dans ses structures ? ([39])
Nos personnes d’influence, allant des dirigeants politiques et de l’administration à nos
enseignants et aux médias, ne devraient-elles pas sortir de l’antique
tradition du mépris de cette vile production dans laquelle sont engagés
la grande majorité des salariés ?
2522. 2 Des élus plus représentatifs, des leaders plus divers
Qu’il soit nécessaire d’ouvrir le microcosme des leaders
politiques, les observateurs de la vie politique française des dernières
années le disent haut et fort. La garantie donnée aux fonctionnaires élus
de retrouver leur corps d’origine donne à un quart des Français
un avantage considérable sur la majorité d’entre eux. Au
sein des élus, les plus titrés et ceux dont la rhétorique
a été rodée sur les bancs des écoles les plus prestigieuses,
ont contrôlé les deux grands partis de gouvernement. On leur reproche
d’être coupés du peuple et peu capables de conduire des
réformes significatives.
La France qui maintient ces privilèges et ces clivages est-elle une
vraie démocratie ? Ne faut-il pas y mettre un terme en commençant
soit par offrir un filet de sécurité aux parlementaires élus
lorsqu’ils sont battus soit en supprimant celui dont bénéficient
aujourd’hui les fonctionnaires ? Une représentation nationale
moins biaisée pourrait contribuer à redonner au Parlement un
rôle plus constructif. Aujourd’hui, très soumis à l’exécutif,
il produit une œuvre législative surabondante mais médiocre
et son travail budgétaire a une efficacité minimale (la nouvelle
procédure ([40]) qui entre en vigueur en 2006, offre, à cet égard,
la possibilité d’un réel progrès)
2522. 3 Des citoyens responsables
Une autre façon de moderniser le contrat social français est « de
favoriser une plus grande implication des citoyens, des entreprises et de l’ensemble
de la société civile dans l’exercice de missions d’intérêt
général, aux côtés de l’état et des
autres services publics. » ([41]) La démocratie consiste-t-elle
seulement à voter ? Nous croyons que l’engagement d’un nombre
croissant de Français dans des actions individuelles ou, surtout, au
sein d’associations est un élément essentiel d’une
revitalisation de notre vie collective.
Faute de pouvoir suivre individuellement les personnes, nos institutions n’ont-elles
pas tendance à se résigner à des assistances dont de multiples
témoignages montrent les effets pervers ? Une allocation versée
par un bureau, souvent complétée par quelques heures de travail
non déclarées, incite trop de bénéficiaires, en
métropole et dans les Dom Tom, à demeurer dans une situation
de médiocrité. En dépit des efforts entrepris dans les
années récentes, les personnes au chômage sont-elles assez
encouragées à prendre un emploi, ne fut-il pas idéal ?
Les experts nous disent que la grande majorité des chômeurs devraient être
parrainés par une personne à la fois compréhensive et
stimulante. La proportion de citoyens qui auraient besoin d’être
suivis — chercheurs d’emploi, mais aussi jeunes qui ont besoin
d’un soutien scolaire, malades et handicapés, mis en examen ou
condamnés par la justice et qui ont à se réinsérer
dans la société — semble être de l’ordre
de 5 % de la population soit quelque trois millions de personnes. Alors que
l’expérience montre qu’il est difficile à un même
parrain de suivre de façon très attentive plus de vingt personnes,
nos fonctionnaires ont en charge plus d’une centaine. La France a donc
besoin de plus de 150 000 parrains supplémentaires. Doit-elle étendre
une fonction publique qui est, déjà, en proportion de la population,
la plus importante d’Europe — graphique 2 ? Ne doit-elle pas faire
plus largement appel à des bénévoles membres d’associations
ayant passé contrat avec la puissance publique ?
L’état-providence n’a-t-il pas, par ailleurs, parqué les
citoyens dans une protection réelle mais fort passive. N’est-il
pas temps de faire appel à leur responsabilisation ? Nous ne sommes
plus en 1945 : lorsque l’état-providence prenait son essor, la
France était en ruine et la majorité des citoyens était
fort démunie. Aujourd’hui maints d’entre eux sont en mesure
d’être des acteurs plus actifs, qu’il s’agisse de la
préparation de leur retraite ou de leur santé (respectivement,
chapitres 34 et 33 de notre site). C’est la thèse générale
que défend le quatrième volet de notre site et, notamment, son
chapitre 41. Allons plus loin : ne faut-il pas tendre à un véritable
retournement de notre modèle : l’élément central
dans la cité cessant d’être l’état pour devenir
la société civile, celle-ci sachant que l’état,
est son indispensable partenaire ? ([42])
252.3 Une France moins autocentrée
La France, unitaire et moniste, fait partie de ces pays d’Europe qui
se crispent dès que l’on évoque la venue d’étrangers.
Souhaitons que, surmontant ses peurs et regardant en face les données
démographiques, elle participe à une politique dont la définition
et la mise en application seront, certes, laborieuses puisque, compte tenu
des accords de Schengen, elles doivent être européennes. Pour
sa part, la France doit lutter plus franchement contre les discriminations
pour que, notamment, les descendants d’immigrés participent aux
responsabilités dans les entreprises ([43]) et dans la vie politique.
Notre économie ne peut s’isoler ; ne pouvant se satisfaire de
l’agriculture traditionnelle chère à José Bové,
elle doit exporter des Airbus. « La mondialisation a éliminé les
possibilités de mener des politiques monétaires, industrielles
et fiscales actives. » ([44]) Certains phénomènes montrent
d’ailleurs les limites des volontés publiques : n’est-ce
pas sous la présidence de Valéry Giscard d’estaing que
la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises a augmenté (de
62 à 67 %) alors qu’elle a chuté (jusqu’à 57
%) sous celles de François Mitterrand ?
«
Seule une vision longue permet à un peuple d’exorciser ses peurs,
de passer de velléités idéologiques de progrès
et de leadership à de vraies ambitions nationales assumant les sacrifices
qu’elles impliquent. Seule aussi, cette vision peut encourager les détenteurs
de droits acquis à entrer lucidement dans une négociation de
réformes leur garantissant une sécurité comparable dans
le cadre de nouveaux dispositifs plus propices au mieux-être collectif. » ([45])
Seule, enfin, une vision large, mondiale et européenne, est capable
de préparer notre avenir.
Or nos gouvernements sont sollicités par les électeurs et poussés
par les médias à produire des résultats « dans
les 100 jours » et ils s’y prêtent alors que le bonapartisme,
qui aura dominé la droite française depuis 1958, n’est
plus de saison. Le temps n’est plus, en effet — s’il a jamais
existé — où la France pouvait prétendre donner des
leçons aux autres nations. Nous devons nous plier au jeu laborieux voire
pénible mais finalement constructif des négociations et des compromis.
Consolons-nous : nos universités et nos écoles, nos laboratoires
de recherche et notre culture trouverons de nouveaux élans dans cette
Europe où, après que les frontières se soient estompées,
les murs ont pu être démantelés.
Si nous voulons rénover un contrat social démodé, nous
devrons affronter, avec patience et persévérance, les résistances
d’individus attachés à un modèle idéalisé voire
idéologisé. Il ne faut donc pas s’attendre à ce
que des fracassantes réformes produisent des effets rapides ; le changement
réel ne peut être que progressif. Le vrai réformateur se
proposera de mettre, d’abord, en évidence des résistances
injustifiées dès lors qu’elles sont confrontées à la
fois aux réalités du temps et à des projets raisonnables.
Il s’attendra à ce que se manifeste cette courbe en J décrite
par le Fonds monétaire international : dans un premier temps la réforme
co⁄te souvent plus qu’elle ne rapporte. ([46])
Il pourra trouver dans la vision pessimiste que tant de Français ont
de leur avenir collectif un motif d’espoir : experts et concitoyens ne
sont-ils pas entrés dans une phase où ils prennent conscience
des défauts de notre modèle de société. Il n’apparaît
plus aussi intangible qu’en l’an 2000. On admet que notre place
dans la recherche et les innovations décline et la synthèse des
débats sur l’école a enfin reconnu son taux d’échec élevé et
le caractère inacceptable. ([47]) Nos co⁄teuses mesures en faveur
de l’emploi se révèlent, globalement, inefficaces et il
est devenu clair que, par la gestion de nos finances publiques (déficits
et leur corollaire, l’endettement) nous sommes les mauvais élèves
de l’Europe. La cité France va mal mais les Français, individus
toniques s’il en est, commencent à le voir. Ils regardent aussi
et de plus en plus ce qui se passe chez nos voisins européens. Le modèle
national n’est plus intangible.
25. Annexe 1 — Bibliographie
Auteur
Titre
éditeur
Année
Claude Bébéar et alii
Le Courage de réformer
Odile Jacob
2002
Jean Boissonnat
Plaidoyer pour une France qui doute
Stock
2004
Pierre Bréchon
Les Valeurs des Français
Armand Colin
2001
Michel Camdessus (gr. prés)
Le Sursaut
La docum. française
2004
Robert Castel
L’Insécurité sociale
Seuil
2003
Manuel Castells
L’ère de l’information
Fayard
2000
M.Crozier & B.Tillette
Quand la France s’ouvrira
Fayard
2000
Michel Crozier
La Crise de l’intelligence
Seuil
1998
Emmanuel Devaud
La France qui va
Le Débat, mars
2004
François Dubet
Le Déclin de l’institution
Seuil
2002
François Dubet
Les Inégalités multipliées
Seuil
2004
Olivier Duhamel ss la dir
L’état de l’opinion 2004
Seuil
2005
Marie Duru-Bellat (et HK)
Les Inégalité sociales à l’école
PUF
2002
R. Fauroux, B. Spitz et alii
Notre état
Robert Laffont
2000
R. Fauroux, B. Spitz & alii
État d’urgence
Robert Laffont
2004
Jean-Paul Fitoussi, éloi Laurent et Jo‘l Maurice
CAE, Ségrégation urbaine et intégration économique
La docum. française
2004
JP Fitoussi, P.Rosanvallon
Le Nouvel âge des inégalités
Seuil
2000
Marcel Gauchet
Le Désenchantement du monde
Nrf Gallimard
2002
Marcel Gauchet
La Démocratie contre elle même
Nrf Gallimard
2003
Bénédicte Halba
Bénévolat et volontariat
La docum. française
2004
Insee
France, portrait social
Insee
2003
Pascal Lamy
La Démocratie-monde
Seuil
2004
Jean-Paul Maréchal
Humaniser l’économie
Desclée de Brouwer
2000
Francis Massé
Le Silence politique
Ouest éditions
2000
Francis Massé
Le Citoyen, clé de l’Europe
Ouest éditions
2004
Henri Mendras
La France telle que je la vois
Autrement
2002
Obs.nat. de la pauvreté et de l’exclusion sociale
Rapport 2003-2004
La docum. française
2004
Thomas Piketty
Les Hauts revenus en France au XXe siècle
Grasset
2001
Pierre Rosanvallon
Le Modèle politique français
Seuil
2004
Dominique Schnapper
La Démocratie providentielle,
Nrf Gallimard
2002
Bernard Thibault
Ma voix ouvrière
Stock
2004
Alain Touraine
Un Nouveau paradigme
Fayard
2005
Alain de Vulpian
À L’écoute des gens ordinaires
Dunod
2003
25. Annexe 2 — Les valeurs contemporaines
Une enquête conduite au plan européen en 1981, 1990 et 1999 permet
de suivre l’évolution des valeurs auxquels Européens et
Français se disent attachés. Dans le cas de la France, à la
grande surprise de l’auteur qui rend compte de la dernière enquête
([48]) , « un paysage très différent apparaît. » Certes
l’attitude libérale à l’égard des mœurs
privées se poursuit mais il est frappé de voir le changement
d’attitude des générations récentes quand on interroge
ceux qui en font partie sur la fidélité conjugale et, d’une
manière générale, sur les règles de vie en société. « Ils
acceptent beaucoup plus que leurs devanciers les principes d’ordre et
font davantage confiance à la police et à l’armée
[…] Ils se montrent plus sévères à l’égard
de ceux qui touchent ind⁄ment des allocations ou qui fraudent le fisc ».
([49])
Ce phénomène n’est pas propre à la France mais il
y est particulièrement marqué. L’attachement au respect
de l’ordre et de l’autorité qui, en France, avait fléchi
entre 1981 et 1990 (34 points contre 49) a marqué, dans l’enquête
de 1999, un net progrès (41 points). Pendant ce temps l’autorité continue à perdre
du terrain dans un pays comme l’Espagne qui rompt ainsi avec son passé franquiste
mais aussi en Grande-Bretagne.
Les évolutions décrites résultent d’une part du
changement d’opinion des interviewés mais aussi du remplacement
des individus qui se produit avec le temps. Les uns sortent du groupe des interviewés,
les jeunes y entrent. ([50]) 25. Annexe 3 — La famille transformée
Des influences réciproques existent entre la vie de la cité et
celle qui se déroule au sein de la famille. Dans un monde où la
force physique l’emportait, le cas échéant par la violence,
le rôle des femmes et des jeunes dans la société était
limité ; l’état de droit l’élargit. Il grandit
aussi lorsque le monde rural— dix pour cent de la population mondiale
vivaient dans les villes en 1910, la moitié aujourd’hui — et
industriel perd de la place au profit des services. La famille patriarcale
tend à disparaître.
25A3.1 La place des femmes dans la société
Les femmes travaillent et contrôlent les naissances.
Dans le monde
La plupart des foyers de notre époque ont besoin du revenu de la femme
pour parvenir à un niveau de vie décent. Dès lors, la
femme n’est plus dans la dépendance économique de son mari
; elle peut espérer disposer d’un revenu si son union se rompt
et les rapports entre les conjoints en sont changés. Cependant, la femme
est loin d’avoir atteint la parité économique même
si, dans l’administration comme dans les entreprises privées,
les responsabilités confiées aux femmes progressent — en
Angleterre, 25 % des managers sont des femmes contre 9 % il y a dix ans. ([51])
Une seule femme est à la tête d’une des 500 plus grandes
firmes mondiales non-américaines ; c’est une Canadienne dont le
père a fondé la firme qu’elle dirige. Parmi les grandes
sociétés françases (Cac 40), une seule femme, Anne Lauvergeon,
est Pdg (de Cogema).
Deuxième évolution majeure : autrefois, on voulait « avoir
un enfant », aujourd’hui on décide de le « faire »,
expression qui souligne que l’enfant est bien le produit de la volonté des
parents. Il ne naît pas par hasard. ([52]) Procédés contraceptifs — graphique
3 — et légitimation de l’interruption volontaire de grossesse
: dans une zone du monde qui ne cesse de s’élargir et qui touche
désormais certaines populations de confession musulmane, les naissances
sont contrôlées et elles le sont, très largement, par les
femmes. Deuxième domaine où les relations entre femmes et hommes
ont connu un changement radical.
En Europe il faudra encore du temps pour que les mœurs des divers pays
de l’Union se rapprochent. Aux nations du Nord et de tradition protestante
qui, depuis longtemps, favorisaient l’égalité entre hommes
et femmes, s’opposent l’Allemagne et les pays méditerranéens,
où le catholicisme avait plus de poids ; dans cette seconde zone, la
fiscalité et les institutions sociales (allocations familiales, crèches,
apprentissage) favorisent peu le travail des femmes or, « tout se passe
comme si les femmes voulaient l’emploi d’abord, l’enfant
après. » ([53]) La France se situe entre ces deux tendances.
En France
Chez nous, les tendances machistes ont longtemps été fortes.
N’avons-nous pas admis voire admiré les postures mâles comme
le tabagisme ou l’alcool au volant ou ceux qui, fonctionnaires compris,
barrent les routes ou les voies ferrées pour imposer leur volonté ?
Le harcèlement sexuel resterait largement pratiqué dans les milieux
sportifs ([54]) et les violences conjugales existeraient encore dans près
d’un couple sur dix. ([55]) Une enquête ([56]) montre aussi qu’en
dépit du fait que la quasi-totalité des femmes travaille à l’extérieur
du domicile, la participation des hommes aux travaux domestiques reste limitée.
Les femmes françaises effectueraient 80 % du « noyau dur » du
travail domestique (courses, cuisine, linge).
N’a-t-il pas fallu attendre les années récentes pour que
viols et incestes soient dénoncés (parfois abusivement) et condamnés
après avoir été couverts par des silences coupables ?
La France n’a-t-elle pas « accordé » le droit de vote
aux femmes (en 1945) bien après la Turquie et, aujourd’hui encore,
n’est-elle pas un des pays qui, en Europe, a une des plus faibles proportions
de femmes au Parlement (71 femmes sur 577 députés actuellement)
? Il a fallu qu’une loi contraigne les partis politiques à leur
faire une place égale, en principe, à celle des hommes.
25A3.2 Les jeunes
En deux siècles la population de la planète est passée
de 1 à 6 milliards ; elle continuera à augmenter à un
rythme voisin de 1 % par an mais la fin de la croissance est prévisible
: en trente ans on est revenu de 6 enfants par femme à moins de 3. Toutefois,
il ne s’agit là que de tendances globales et, pour l’heure,
le contraste est grand entre les pays industrialisés (plus la Chine)
qui, déjà, ont relativement peu d’enfants et les pays où les
jeunes surabonderont pendant de nombreuses années encore, au Moyen-Orient
arabe notamment.
En Occident les jeunes qui, jadis, se taisaient à table, ont pris la
parole. Les manifestations voire les révoltes qui, dans divers pays,
ont jalonné les années soixante, ont été conduites
par eux. Et, que les lycéens manifestent dans la rue, les pères
eurent du mal à l’admettre. Une des revendications de mai 68,
la liberté des adolescents d’avoir des relations sexuelles, a été largement
satisfaite. Quant au téléphone familial unique qui permettait
de surveiller les communications des jeunes, il appartient au passé ;
le « mobile » est le signe et le moyen d’expression de leur
autonomie
Dans les sociétés anciennes les plus âgés détenaient
le savoir faire et l’enseignaient. Dans l’utilisation des technologies
nouvelles, ce sont souvent les jeunes qui assurent l’apprentissage des
anciens. Ce sont des jeunes aussi qui ont inventé plusieurs dispositifs
du système internet (Netscape, Napster, Google ou Yahoo). Dans les entreprises
ils ont été les instruments essentiels de la très rapide
diffusion de ce nouveau système de communication. Or, une société où les
jeunes peuvent s’exprimer est une société créatrice
observe « survey of the young » ([57]) et tel aura bien été un
des atouts des états-Unis dans les années récentes. Plus
tôt que sur le vieux continent, un jeune Américain peut accéder à des
responsabilités au sein des entreprises comme dans la vie politique.
Dans une Europe qui vieillit, la France, que tant de traits de son modèle
tirent par les basques, est relativement bien placée. Elle a plus d’enfants
que ses voisins et les problèmes liés au vieillissement de sa
population seront réels mais moins accentués et plus tardifs.
C’est, à nos yeux, un facteur très positif. Voir le graphique
4 en fin de document.
25A3.3 D'autres types de foyers
Dans la famille patriarcale le mariage s’inscrivait dans un système
contraignant où la position sociale des familles et leurs patrimoines
l’emportaient sur l’attrait que les mariés pouvaient (ou
non) éprouver l’un pour l’autre. En Occident, ce modèle
ne subsiste plus que sous forme de traces archéologiques. La famille
dite nucléaire, dans laquelle le couple marié vit sous un même
toit, ne règne plus en maître.
Dans le monde occidental
Dans les années soixante ou soixante-dix est apparu « le couple
biodégradable (union libre, divorce) qui permet, lorsque la vie devient
malheureuse, d’en former un autre. » ([58]) Cependant, si les compositions
de la famille sont devenues diverses, cette dernière garde toute sa
force dans l’esprit des jeunes comme des moins jeunes. « Des transferts
monétaires et matériels d’une ampleur considérable » ([59])
ont manifesté les solidarités familiales mais celles-ci sont
libres et non institutionnalisées. On peut dire, en effet, que « la
famille devient une affaire privée […] aboutissement d’un
mouvement qui est à l’œuvre depuis la fin du XVIe siècle
[…] Nous assistons à l’achèvement de la séparation
entre l’état et la société civile. » ([60])
En France
Tout se passe comme si la génération née vers 1950 et
ses enfants, après avoir vécu ou exploré des voies diverses,
marquait, à nouveau, son attachement à une cellule familiale
profondément transformée. La France fait partie des pays où le
mariage est devenu le plus rare et l’union libre un mode de vie durable.
Les naissances hors mariage sont presque aussi nombreuses que les naissances
légitimes — voir le graphique 5 — (toutefois, une partie
des premières naissances d’un couple est suivie d’un mariage).
Le nombre d’occupant par logement est passé d’un peu plus
de 3 en 1950 à un peu plus de 2 aujourd’hui. 15 % des familles
avec enfants sont monoparentales.
De 1967 à 1993 on repère « une tendance lourde de la société française
: dans tous les milieux, la famille cesse d’être un lieu d’exercice
de l’autorité et d’apprentissage de la discipline pour devenir
l’espace privilégié de la vie privée, définie
comme la « vraie vie » parce que les individualités s’y
accomplissent dans leur dimension essentielle : l’affectivité. » ([61])
Les repas « ternaires » (hors d’œuvre, plat, dessert)
et à heures fixes ont cessé d’être la norme. ([62])
L’acceptation de comportements qui, jadis, étaient rejetés
a grandi :
% de personnes de 54 à 62 ans qui pensent
que ne peut jamais être justifié ([63])
en 1981
en 1990
en 1999
le divorce
24 %
17 %
6 %
l’avortement
32 %
23 %
13 %
l’homosexualité
64 %
50 %
32 %
Pendant la même période, « la libération des mœurs
s’est étendue dans l’opinion sans, pour autant, que la permissivité dans
le couple ait été légitimée. Bien au contraire,
l’idéal de la fidélité progresse dans les jeunes
générations. À retardement, elle entraîne même
le ralliement de la génération plus ancienne. » ([64])
% de personnes de 36 et 44 ans qui
en 1981
en 1990
en 1999
approuvent la fidélité conjugale ([65])
43 %
68 %
76 %
« La revalorisation de la fidélité dans le couple et des normes civiques, de l’idée qu’il existe des lignes directrices parfaitement claires pour définir le bien et le mal (par rapport à une morale liée aux circonstances) est encore plus forte parmi les sans religion. On ne peut parler ici d’un alignement de ces derniers sur la morale catholique ; il s’agit plutôt d’une évolution autonome, mais cela revient tout de même à rapprocher les sans religion des pratiquants. D’un autre côté, la plus grande acceptation du divorce, de l’homosexualité, de l’euthanasie et du suicide par les pratiquants les rapproche des non-pratiquants et des sans religion, comme c’est aussi le cas, de manière plus modérée, pour l’avortement. » ([66]) Au sein de la population française les oppositions entre générations comme entre croyants et non croyants semblent donc avoir nettement diminué.
25. Graphiques
Graphique 1 – L’intérêt des entreprises et celui des
travailleurs
Ligne du dessus : sont opposés ; ligne du dessous : sont convergents
Source : Sociovision, in Alain de Vulpian, à l’écoute des
gens ordinaires, Dunod, 2003.
Graphique 2 – Part des dépenses publiques en % du Pib
2004
Source : Rapport économique et financier annexé à la loi de finances pour 2004.
Graphique 3 – % de femmes mariées utilisant des méthodes
contraceptives
et taux de fertilité
Source : Nations Unies, division de la population.
Graphique 4 – Population française en millions d’habitants
Source : Population et société, mars 2004.
Graphique 5 – Naissances légitimes et naturelles
France – en milliers
Source : Insee
Table des matières
25.0 Propos de ce chapitre 1
25.1 Le modèle français en question 2
251.1 L’état de droit peine à prévaloir sur des états
de fait 3
2511.1 De l’état en guerre à l’état de paix 3
2511.2 De la terre nationale à des services mondiaux 4
251.2 équilibre des pouvoirs ou conflictualité ? 5
2512.1 Concertation ou absence de contre-pouvoir ? 5
2512.2 Une conflictualité persistante 6
251.3 Collectif ou « perso » 8
2513.1 émergence de l’autonomie 8
2513.2 Les nouveaux réseaux 9
2513.3 L’individualisme à la française, plus radical 9
25.2 Des citoyens responsables 13
252.1 Faire évoluer nos concepts éducatifs 13
252.2 Un accès aux pouvoirs plus ouvert 14
2522. 1 Une éducation favorisant la fluidité de la société 14
2522. 2 Des élus plus représentatifs, des leaders plus divers 14
2522. 3 Des citoyens responsables 15
252.3 Une France moins autocentrée 16
25. Annexe 1 — Bibliographie 18
25. Annexe 2 — Les valeurs contemporaines 19
25. Annexe 3 — La famille transformée 20
25A3.1 La place des femmes dans la société 20
25A3.2 Les jeunes 21
25A3.3 D'autres types de foyers 22
25. Graphiques 24
[1] Le 3e volet de notre site passe en revue l’éducation,
l’emploi, la santé publique, les retraites, la justice et, enfin,
les phénomènes d’exclusion.
[2] Pour des raisons techniques, nous sommes obligés de faire figurer ces graphiques in fine ; il est évidemment souhaitable de s’y reporter lorsqu’on lit le texte correspondant.
[3] Marcel Gauchet, Le Monde 2, 23 avril 2005.
[4] Philippe d’Iribarne, La Logique de l’honneur, Seuil, 1999.
[5] André-Yves Portnoff, « Valeurs et savoirs », futuribles, janvier 2005.
[6] Marcel Proust, à La recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann.
[7] Alain de Vulpian, À L’écoute des gens ordinaires, Dunod, 2003.
[8] Jérôme Jaffré, « La Sinistrose à la française », Le Monde, 7 février 2005.
[9] Janvier 2005.
[10] Philippe d’Iribarne, op.c.
[11] Alain Touraine, Un Nouveau paradigme, Fayard, 2005.
[12] Sylvie Trosa et Bernard Perret, « La Nouvelle loi budgétaire, », Esprit, février 2005.
[13] André Grjebine, commentaire de Morton H. Halperin, Joseeph T. Siegel et Michael M. Weinstein, The democracy advantage : How democracies promote prosperity and peace, Routledge, Le Figaro, 6 juillet 2005.
[14] Philippe d’Iribarne, op.c.
[15] Sondage Sofres-Le Figaro, novembre 2004.
[16] Propos d’un interviewé, enquête Euro-Rsg, juin 2005.
[17] Michel Schneider, Big Mother, Odile Jacob, 2002.
[18] Sociovision Cofremca.
[19] Pierre Giacometti, codirecteur général d’Ipsos, Le Monde, 15 féveier 2005.
[20] Si l’on vous demande : « Est-ce que vous êtes heureux » que répondez-vous ? 94 % des interviewés répondent : très heureux ou plutôt heureux. Ol. Duhamel (sous la direction), L’état de l’opinion 2004, Seuil, 2005.
[21] Philippe d’Iribarne, op.c.
[22] Geert Hofstede, Vivre dans un monde culturel, éditions d’organisation, 1994.
[23] Voir Gilles de Robien, ministre des travaux publics et des transports, « Réflexion sur le service public garanti », L’état de l’opinion 2004, Seuil, 2005.
[24] Bernard Thibault, Ma Voix ouvrière, Stock, 2004.
[25] Philippe d’Iribarne, op.c.
[26] Alain Touraine, op.c.
[27] Alain Touraine, op.c.
[28] Alain de Vulpian, À L’écoute des gens ordinaires, Dunod, 2003.
[29] Alain de Vulpian, op.c.
[30] Pierre Bréchon et alii, « La Dynamique des valeurs en Europe », futuribles, juillet 2002.
[31] Présentation de « Les Uns avec les autres », François de Singly, A.Colin, 2003, futuribles, octobre 2004.
[32] Pierre Bréchon (sous la dir.de), Les Valeurs des Français, Armand Colin, 2000.
[33] Marcel Gauchet, « Croyances religieuses, croyances politiques », Le Débat, mai-ao⁄t 2001.
[34] 23 février 1793, cité par Marcel Gauchet, op.c. ci-dessus.
[35] Philippe d’Iribarne, op.c.
[36] Taux d’abstension aux élections prudh’homales de 1997 : 65 % chez les salariés, 79 % chez les patrons.
[37] Bruno Amable, Les Cinq capitalismes, Seuil, 2005.
[38] Roger Fauroux, « L’éducation, générations perdues ? » Notre état, Robert Laffont, 2001.
[39] Nicolas Tenzer, France : la réforme impossible ? Flammarion, 2004
[40] Loi organique relative aux lois de finance — Lolf — du
1er ao⁄t 2001.
[41] Exposé des motifs de la loi du Ier ao⁄t 2003 sur le mécénat.
[42] Luc Ferry, Le Syndrome du giroscope, Institut Montaigne, 2005.
[43] Laurent Blivet, L’Entreprise et l’égalité positive, Institut Montaigne, 2004.
[44] Bruno Amable, Les Cinq capitalismes, Seuil, 2005.
[45] Miche Camdessus (ss la direction de), Le Sursaut, La documentation française, 2004.
[46] Jean-Marc Vittori, Les échos, 14 juin 2005.
[47] Commission du débat national sur l’évenir de l’école, présidée par Claude Thélot, Pour la réussite de tous les élèves, La documentation française, 2004
[48] La revue futuribles, numéro de juillet-ao⁄t 2002, qui
analyse cette enquête ne cite pas ses auteurs.
[49] Ibidem..
[50] Ibidem..
[51] Fortune, 15 octobre 2001.
[52] Olivier de Berranger et Jean Boissonnat, L’évêque et l’économiste, Presses de la renaissance, 2001.
[53] Michel Godet, Evelyne Sullerot, La Famille, une affaire publique, futuribles, ao⁄t 2005.
[54] Le Monde, 28 mai 2000.
[55] Enquête du secrétariat d’état aux droits de la femme, décembre 2000.
[56] Cnrs, unité Matisse et Université Paris I, mai 2000.
[57] The Economist, 23 décembre 2000.
[58] Alain de Vulpian, op.c.
[59] Ibidem.
[60] Marcel Gauchet, La Démocratie contre elle même, Nrf Gallimard, 2003.
[61] Christian Baudelot et Roger Establet, Avoir 30 ans en 1968 et 1998, Seuil, 2000.
[62] Alain de Vulpian, op.c.
[63] Ibidem.
[64] Ibidem.
[65] Ibidem.
[66] Sous la direction de Pierre Bréchon, Les Valeurs des Français, op.c.