12.1 — Déficits et endettement page
12.2 — Des prélèvements considérables page
12.3 — Des dépenses excessives page
12.4 — Des surco⁄ts, leurs incidences page
12.5 — Des méthodes peu efficaces page
Les graphiques mentionnés dans le texte ainsi qu’une table des
matières détaillée se trouvent à la fin du chapitre.12.1
Déficits et endettement
Dans les années soixante-dix, sans avoir réellement endigué la
montée des dépenses collectives, la droite, était, du
moins, parvenue à ce que les déficits publics soient faibles
; la dette de l’État, ayant fondu sous l’effet de l’inflation, était
limitée. Dans les années quatre-vingt, les déficits ont
bondi et ont été combattus avec une « rigueur » qui
a été largement verbale. Corollaire, la dette publique est passée
de 20 à 60 % du Pib. Ce pourcentage, qui paraît souvent abstrait,
correspond à une dette publique bien réelle de près de
100 000 FF pour chaque Français. Cela signifie que, si cette dette est
financée à 6 %, il faut prélever sur chaque Français
500 FF par mois, pour payer les seuls intérêts de la dette. Voir
le graphique 2 en fin de document.
Si, dans le cadre européen, la concurrence et une politique monétaire
pour le coup sans doute excessivement dure n’avaient pas permis d’abaisser
fortement l’inflation et les taux d’intérêt, le risque
de la « boule de neige » existait : obligé d’emprunter
pour payer les intérêts, le débiteur finit par s’écrouler.
Cette hypothèse est, en général, écartée
d’un haussement d’épaules. Pourtant, sans remonter aux banqueroutes
de l’ancien régime ou aux assignats, l’Italie des années
quatre-vingt-dix a été proche du précipice et la Russie
y est bel et bien tombée.
Pour financer des déficits massifs le Trésor a eu recours à des
modes de financement très discutables qui, assez discrets, ont co⁄té et
continueront longtemps à co⁄ter fort cher. à hauteur de
plus de 3 000 milliards — la dette publique totale étant
voisine de 5 000 milliards — des obligations de l’état
ont été logées dans des contrats d’assurance-vie
de FF. Les intérêts crédités chaque année
au bénéfice de ces contrats sont de 150 milliards FF alors
que le total des revenus mobiliers déclarés annuellement est
de 100 milliards FF seulement. ([2]) Mais, à la différence
de ces derniers, les 150 milliards ne supportent pas l’impôt
sur le revenu. Le capital des contrats est également, pour l’essentiel,
exonéré de droits de succession.
Ainsi, alors que les leaders de la gauche, manquant totalement de réalisme,
tempêtaient contre la « capitalisation » collective (en réalité parce
qu’elle menaçait l’un de leurs bastions : les caisses de
retraite par répartition), les gouvernements socialistes utilisaient
massivement une forme de capitalisation individuelle non seulement onéreuse
mais injuste. Fouquet et Colbert, eux aussi, recouraient à des financements
malsains pour assurer le train de vie d’un état impécunieux.
La gauche et nos concitoyens admettent difficilement, ce que le Chancelier
Schršder et son ministre des finances, après avoir créé un
système de retraite de capitalisation complémentaire encouragé par
l’état fédéral, ont rappelé : le déficit
est antisocial. En effet, il est couvert, dans un premier temps, par l’emprunt
qui procure aux épargnants un revenu, en moyenne, assez faiblement imposé,
mais la dette sera remboursée par l’impôt, payé en
majorité par les salariés, fortement imposés.
On aurait pu se fixer pour règle de ne financer par l’emprunt
que des dépenses ayant le caractère d’investissement. Or,
non seulement on ne le fit pas mais, dans les quinze dernières années
on aura, joyeusement, financé des dépenses courantes par la cession
d’actifs : les privatisations. Sans elles, qui ne sont pas récurrentes,
nos déficits et notre endettement eussent été supérieurs.
La dette cachée
60 % du Pib, tel paraît être le niveau de la dette publique. En
réalité il est bien plus élevé. Comme tous les
pays occidentaux mais beaucoup plus qu’eux, la France a promis le versement
de retraites par la collectivité. Non seulement ce que nous avons promis
aux futurs retraités est considérable en montant (taux de remplacement élevé du
salaire par la retraite) et en durée (retraite dès soixante ans)
mais nous avons eu le recours le plus modique aux techniques de capitalisation.
Nos négociateurs du traité de Maastricht se sont bien gardés
de mettre en lumière ce phénomène. Il est vrai que le
chiffrage de cette dette suppose que l’on convertisse les rentes dues
en un capital et que, selon le taux d’intérêt retenu, la
dette calculée sera plus ou moins lourde. Un taux modéré (voir
le chapitre 33 sur les retraites) aboutit à une dette cachée
supérieure à celle de la dette publique connue. Ayant refusé la
capitalisation collective, la France a une dette collective implicite, qui,
si l’on inclut les retraites à servir, est supérieure à notre
Pib. Elle est ainsi la plus élevée du monde occidental.
Comme ces dérives ne suffisaient pas, nous avons inventé la « Dette
sociale » et l’impôt destiné à la rembourser
(Crds). Cette dette s’élevait en 1996, intérêts compris, à 400 milliards
de FF. Le gouvernement de Lionel Jospin a ajouté les déficits
des années 1996 à 1998, soit 200 milliards, et reporté à 2
014 la fin du remboursement. Les enfants, peu nombreux, acquitteront donc le
prix de prestations sociales que leurs parents, plus nombreux, n’auront
pas assumé !
Des ténors politiques, de Philippe Seguin à Henri Emmanuelli,
ont osé pester contre la soi-disant « rigueur » de cette
gestion et les Français sont si habitués au laxisme dans la gestion
des finances publiques qu’il ne les choque pas vraiment. Déficits
et dettes d’une telle ampleur auront été d’autant
plus inadmissibles qu’ils allaient de pair avec des prélèvements
fiscaux et sociaux considérables. Ces derniers auraient d⁄ suffire à financer
les dépenses mais il n’en fut donc rien.
12.2 Des prélèvements considérables
«
De tous les grands pays, la France est celui où les ressources courantes
des administrations publiques ont représenté le pourcentage le
plus élevé des productions intérieures brutes. Malgré les
charges de la réunification, la pression fiscale a été en
moyenne de cinq points inférieure à la nôtre en Allemagne. » ([3])
Comme les dépenses collectives sont financées, majoritairement,
par la TVA, la taxe sur les produits pétroliers et des cotisations sociales
peu visibles, les citoyens ne protestent pas ouvertement comme ils le feraient
sans doute s’ils réglaient ces prélèvements par
des chèques adressés à leur percepteur. Reste que le taux
normal de notre Tva est supérieur de 3 points à la moyenne des
pays de l’Union européenne.
Les pays industrialisés ont entrepris depuis les années quatre-vingt,
d’élargir l’assiette de l’impôt sur le revenu
et sur les sociétés tout en diminuant leurs taux. ([4]) La France
ne s’est engagée dans cette voie que tardivement et timidement.
Les études d’opinion montrent d’ailleurs que les Français
ne savent pas que la progressivité de l’impôt sur le revenu
est supérieure à celle qui leur paraîtrait normale.
Taux d’imposition souhaité et taux réel ([5])
Rev. annuel FF
100 000
300 000
500 000
Taux souhaité
8 %
9 %
16 %
Taux effectif
3 %
14 %
22 %
De nombreux faits, tels les chiffres de l’émigration de jeunes
cadres, laissent à penser que ce poids des prélèvements
fiscaux et sociaux encourage le départ de France et empêche l’embauche
de professionnels dont nos entreprises et nos laboratoires ont besoin.
Comme on l’a rappelé, la surcharge de nos prélèvements
ne suffit pas à équilibrer les comptes. Les dépenses sont
trop fortes pour qu’il en soit ainsi.
12.3 Des dépenses excessives
La cause principale du montant élevé des dépenses collectives
françaises est évidente. Ces charges correspondent, pour plus
des deux tiers, à des dépenses des personnels (salaires et cotisations
sociales) de l’état, des collectivités locales et des hôpitaux
publics.
12.3.1 Des effectifs croissants
L’emploi public a constitué une aubaine pour maints Français,
notamment ceux que l’évolution de l’agriculture poussait
vers la ville. Longtemps, beaucoup y ont trouvé l’occasion d’une
réelle promotion sociale. En outre, l’état offrait des
postes généralement moins rebutants que l’industrie. L’enquête
sur le travail en France, conduite pendant plusieurs années par la Cfdt
([6]), montre la satisfaction éprouvée par certains salariés
de la fonction publique, les enseignants et les travailleurs sociaux notamment
: leur travail a une utilité évidente aux yeux des citoyens comme
aux leurs et les conditions dans lesquelles ils l’exercent leur conviennent.
Ayant placé la fonction publique sur une sorte de piédestal,
les Français, loin de s’étonner de l’importance d’un
effectif de plus de cinq millions de personnes, s’en félicitent.
L’engagement pris par Lionel Jospin de stabiliser les effectifs a été rapidement
oublié. Il s’agissait d’ailleurs d’une incantation
médiatique à l’appui de laquelle aucun argument n’était
avancé. On savait que le gel des effectifs budgétés peut-être
tourné de maintes façons.
Mais, de toutes manières, la promesse a rapidement été reniée.
En 2000, plus de dix mille fonctionnaires, et en 2001 plus de quinze mille,
ont été embauchés et on a promis d’engager, 45 000
agents dans les hôpitaux publics entre 2 002 et 2 004.
Encore faut-il prendre tous ces chiffres avec des réserves. Écoutons
Pierre Joxe, Président de la Cour des Comptes : « Qu’il
s’agisse d’emplois, d’effectifs, de rémunérations,
de mode de gestion des personnels, ce qui prévaut actuellement dans
la fonction publique française, c’est la diversité, l’opacité,
la complexité, la distorsion permanente entre les textes et la pratique. » ([7])
Au demeurant, pour connaître ses effectifs, l’état a d⁄ se
résoudre à créer un « Observatoire de l’emploi
public. » Quel aveu !
À
partir des années soixante-dix, notre secteur privé, plus ouvert à la
compétition internationale, a comprimé durement ses effectifs
tandis que ceux de la fonction publique ont continué à s’accroître.
100 nouveaux actifs, entre 1979-1995 ([8])
Emplois créés
Pays du G7
Allemagne
France
Secteur privé
68
32
-18
Secteur public
11
10
27
Chômeurs, inactifs
21
58
91
Total
100
100
100
La France est ainsi, avec la Suède, l’un des pays développé qui
a la plus forte proportion de fonctionnaires : près du quart de l’emploi
total du pays. Voir le graphique 3 en fin de document.
12.3.2 Des agents plutôt bien traités
Conduites par des ministres qui sont presque tous des fonctionnaires, approuvées
par un Parlement composé, lui aussi, en majorité de fonctionnaires,
les politiques publiques — les 350 000 emplois jeunes par exemple — ont
non seulement abouti à un gonflement quasiment ininterrompu des effectifs
du secteur public mais, aussi, à un traitement relativement favorable
des agents de l’état.
La fonction publique assure à ses salariés, non seulement la
pérennité des emplois, mais des horaires souvent modérés.
Elle a permis aux 4 millions de retraités actuels une cessation
d’activité relativement précoce (voir le chapitre 33 sur
les retraites). La hausse des rémunérations a été plus
soutenue que dans le secteur privé : la progression à l’ancienneté qui,
dans les périodes de forte inflation, jouait un rôle négligeable,
a pris du poids dès lors que la hausse des prix devenait voisine de
zéro. Contrairement à ce qui se passe en Allemagne, pour la très
grande majorité des personnes concernées, les salaires publics
sont nettement supérieurs à ceux du secteur privé. ([9])
à partir de 1981, la gauche a délibérément provoqué un
accroissement massif des effectifs. Imprégnée d’un Keynésianisme
discutable, elle a feint de croire que la dépense publique engendrait
la croissance. Elle cherchait, en réalité, à satisfaire
son électorat et à différer des réformes pénibles.
12.3.3 Des dépenses collectives très élevées
12.3.3.1 Un excès global
En 2001 nos dépenses collectives auront représenté 52
% de notre Pib soit 10 % de plus que chez les autres pays de la zone euro,
20 % de plus que la moyenne des pays industrialisés. Voir le graphique
4. On peut douter que l’offre publique se soit améliorée,
en quantité ou en qualité, en proportion de la progression de
la dépense. Une bonne partie de celle-ci aura servi, au premier chef, à accroître,
comme on l’a vu, l’emploi et les revenus de ceux qui la gèrent,
corps médical compris.
L’excès de dépenses, que Bruxelles nous invite, de façon
répétée, à réduire, existe au sein de l’État
stricto sensu. Quelques exemples suggèrent que les dépenses ne
correspondent pas à des résultats probants.
12.3.3.2 Exemples de résultats peu probants
Nous dépensons 3 % du Pib pour la défense mais notre armée
a peiné à déployer, dans le Golfe ou au Kosovo, plus de
dix mille hommes et le matériel approprié.
La France a un système de recouvrement des impôts qui lui co⁄te
plus de 1,5 % des recettes contre 0,5 % aux États-Unis ou en Suède.
La douane a continué à augmenter ses effectifs malgré l’ouverture
des frontières.
La France est également, contrairement à ce que beaucoup croient,
un des pays qui a le plus de policiers par habitant (mais l’essentiel
des effectifs appartient à des corps nationaux pour lesquels la police
de proximité n’est pas la première priorité).
La moitié de notre contribution à l’Europe sert à subventionner
une agriculture aux productions excédentaires. Non seulement l’environnement
est gravement affecté par nombre de ses pratiques intensives mais nous
annulons les effets de l’aide que nous apportons aux pays en voie de
développement par un abaissement artificiel des prix pratiqués
sur le marché mondial, lequel ruine leurs agricultures et leurs sociétés
rurales.
Dans les vingt-cinq dernières années ce sont les dépenses
des collectivités locales et des organismes sociaux qui se sont le plus
fortement accrues. Le vieillissement de la population ne laisse pas présager
une diminution spontanée de la dépense collective, bien au contraire.
Nous reviendrons de façon détaillée sur ces deux catégories
d’institutions, locales et sociales.
12.3.4 Guère de volonté de maîtriser les dépenses
La gestion de la dépense publique oblige tout pays à des choix
difficiles mais, alors que tous nos voisins européens réduisaient
le poids de cette dépense, à commencer par ceux qui en avaient été les
champions, nous avons été les plus timides à agir dans
cette direction.
Réduction des dépenses publiques ([10])
1993-1998 ; en % du PIB
Suède
11,4
Belgique
4,5
Finlande
8,5
Angleterre
4,4
Italie
7,9
États-Unis
2,2
Pays-Bas
7,6
Allemagne
2,1
Danemark
6,1
France
1,1
L’état ne s’est pas doté d’indicateurs mesurant,
en quantité et en qualité les services rendus. Il ne dispose
ni d’une comptabilité analytique ni d’une comptabilité patrimoniale.
Le domaine public conserve sans doute des actifs, immobiliers notamment, dont
il se déferait si leur valeur était rapprochée de l’activité qu’ils
accompagnent ; la dette serait réduite d’autant. Faute de disposer
de ces outils, les responsables ne peuvent chiffrer l’efficacité des
mesures qu’ils prennent, procéder à des évaluations
et opérer des corrections de tir. Et les dépenses grandissent.
Ceux qui visent moins la croissance de l’économie que l’absence
de récession, peuvent faire valoir que la masse des dépenses
collectives a eu des effets positifs : elle a incontestablement contribué à ce
que des ralentissements conjoncturels ne dégénèrent pas
en crises profondes et durables. Mais, s’ils sont attentifs aux missions
sociales de la collectivité, ils verront aux chapitres 31 à 35
de notre site qu’elles ont été bien mal assurées.
12.4 Surco⁄ts et leurs incidences
«
Au risque de soulever un tollé disons que les sureffectifs de la fonction
publique sont, au minimum, de 10 % soit 500 000 agents. » ([11]) Bien
que nous ayons le plus grand nombre de fonctionnaires par habitant, les agents
de l’état ne cessent de demander l’accroissement des effectifs
même lorsque le nombre d’élèves scolarisés
diminue ou que la durée de séjour dans les hôpitaux se
réduit.
«
D’incontestables manques de moyens, qui font crier, coexistent avec des
moyens superflus dont on ne parle pas. » ([12]) Les administrations sont
si cloisonnées (et si mal « managées ») que les transferts
de personnels correspondant soit à des changements dans les missions
soit à l’évolution de la localisation de la population
ne se font que partiellement et tardivement.
«
Les recrutements se font plus en fonction des habitudes qu’à partir
d’une analyse prévisionnelle des besoins. Trop souvent, les moyens
servent à définir, voire à justifier, les missions. Seule
la mise en commun d’effectifs spécialisés permettrait des
adaptations souples. » ([13])
La rigidité du système est telle que les missions nouvelles conduisent,
chaque année, à la création de structures également
nouvelles, alors que, en contrepartie, on ne supprime que très rarement
des institutions qui n’ont plus de raisons sérieuses d’exister.
Dans le domaine judiciaire l’organisation n’est pas la vertu dominante.
Est-il normal que le nombre de décisions rendues par un magistrat varie
du simple au triple en fonction de la juridiction — surchargée
ou à l’aise — à laquelle il appartient ? Par ailleurs,
il y a nombre d’années que le premier magistrat de France a conseillé,
de mettre fin à la dualité Procureur-Juge d’Instruction.
Elle semble en effet avoir désormais plus d’inconvénients
que d’avantages et créer, notamment, beaucoup de duplications.
Certains ministères montrent que des réorganisations peuvent être
accomplies, liées, parfois à une conception radicalement nouvelle
des missions. Tel a été le cas pour la Défense nationale
avec la suppression du service national. Le ministère de l’équipement
a réalisé une réelle décentralisation de sa gestion.
Bien conduite également a été la scission des Ptt qui
a permis la privatisation ultérieure de France Télécom.
Dans le domaine de la télévision, le monopole public a été aboli
et les responsabilités de l’état redéfinies. La
réforme n’est donc pas impossible mais elle n’est pas généralisée.
Les études concernant l’administration des finances avaient conduit,
en 2000, à prévoir sa profonde réorganisation. La France
compte 134 000 agents fiscaux contre 52 000 en Grande Bretagne. Elle entretient
65 bureaux fiscaux par million d’habitants contre 8 en Allemagne. ([14])
Mais le gouvernement, face à l’opposition du personnel et de ses
syndicats, a renoncé à une réforme sérieuse de
ce vaste domaine.
Impuissance à réformer et jacobinisme se sont associés
pour que l’ensemble formé par les administrations centrales et
celles des collectivités locales soit très co⁄teux. « L’addition
de quatre niveaux de collectivités locales, aux compétences enchevêtrées,
aux ressources croisées, complexes et, dans le cas des petites communes,
insignifiantes, procède-t-elle d’un calcul inavoué de l’état
cherchant à diviser pour mieux régner et arbitrer ? » ([15])
En dépit de la création, utile, de nouvelles structures intercommunales,
les dépenses de fonctionnement des collectivités locales ont
plus que doublé au cours des quinze dernières années sans
que, en contrepartie, l’administration centrale ait été énergiquement
allégée et rationalisée.
L’éducation nationale compte 16 Académies, la Défense
nationale 10 régions militaires, les Ponts et Chaussées 23 circonscriptions,
et le Ministère des Finances 26 directions régionales.
La collectivité assure aussi le financement principal du plus grand
nombre de médecins et de pharmaciens par habitant en Europe. L’effectif
de nos médecins est passé, depuis la guerre de 40 000 à près
de 200 000 et le personnel des hôpitaux de moins de 200 000 à plus
de 700 000. La France dépense pour la santé 25 % de plus que
la moyenne des pays de l’OCDE mais le gouvernement de Lionel Jospin a,
brusquement, accepté que l’application de la loi sur les 35 heures
se traduise par 45 000 embauches.
Depuis 1970, dix-sept plans de rééquilibrage des finances de
l’assurance-maladie ont été annoncés : un tous les
dix-huit mois en moyenne. Depuis deux ans le Parlement « autorise » une
augmentation des dépenses de 3 % par an ; elles croissent au rythme
de 6 %. C’est, en réalité, le système lui-même
qui est bancal. Le libre choix du médecin et le paiement à l’acte,
pratiques dominantes dans notre système de soins, sont-ils compatibles
avec le tiers payant ? Les dépenses couvrent, essentiellement, les revenus
des professions médicales. Les recettes dépendent de la masse
salariale des cotisants. Les unes et les autres n’ont aucune raison de
s’ajuster spontanément. Autrement dit, si nous avons un nombre
record d’agents de la fonction publique c’est que le management
est défectueux mais c’est aussi que missions et règles
du jeu sont mal définies.
Ce dernier défaut résulte, d’abord, de la carence du Parlement.
Ce serait, normalement, un de ses rôles essentiels que de s’interroger
sur les missions des différents départements ministériels
et, partant, sur le bien-fondé des dépenses. Dans les faits,
l’intervention des élus dans l’élaboration du budget
a été limitée. L’essentiel des dépenses a été reconduit
d’année en année, seules les mesures nouvelles — moins
de 5 % du total — intéressant vraiment les parlementaires.
Le Parlement ne pose pas assez souvent la question : « un service ministériel
est-il nécessaire ? sinon il faut le fermer. S’il est nécessaire
faut-il que ce soit l’état qui l’assure ? Ne peut-on le
sous-traiter à un fournisseur privé ? » ([16])
Une réforme des procédures budgétaires a été adoptée
en 2 001. Espérons qu’elle remédiera à ces défauts.
Mais la caste qui nous gouverne s’efforcera s⁄rement de limiter
la portée de la réforme. N’oublions pas, en effet, que,
dans les années soixante l’administration a tenté, en vain,
d’implanter la méthode dite de la rationalisation des choix budgétaires.
Dans les années soixante-dix on parlait d’évaluation et
dans les années quatre-vingt une école dite managériale
a cherché à faire prévaloir des méthodes modernes.
([17])
12.5 Des méthodes peu efficaces
à
ce stade, le visiteur de notre site risque fort d’être lassé par
nos critiques. S’agit-il uniquement de défendre le porte-monnaie
des contribuables ? Il faut, au contraire, être convaincu que la mauvaise
gestion des moyens publics se traduit par un développement économique
insuffisant (voir ci-dessous) et, finalement, par les souffrances de citoyens
maltraités qui auraient du être évitées. « Comment
parvenir à réduire le chômage si nos prélèvements
continuent de dissuader l’activité ? » se demande un des
leaders socialiste. ([18])
12.5.1 Une gestion ringarde
De hauts fonctionnaires, aussi, s’attristent : « nous nous désolons
de voir cette Administration, qui a tenu jadis les premiers rangs dans le monde
grâce à sa compétence, laissée à l’écart
du mouvement de modernisation qui transforme la société et menacée
de compter parmi les plus ringardes d’Europe… Les échecs
systématiques des réformes engagées par des gouvernements
aussi différents que ceux conduits par Michel Rocard, Alain Juppé ou
Lionel Jospin témoignent de la résistance obstinée du
secteur public à la nouvelle donne issue de la mondialisation. » ([19])
Les leaders politiques, même lorsqu’ils perçoivent les évolutions
de la société contemporaine et les adaptations qu’elles
exigent de l’administration savent fort mal prendre appui sur l’opinion
de façon à mener à bien ces réformes en vainquant
les inévitables résistances qu’elles soulèvent.
Nous avons déjà cité des réformes réussies
dans le secteur public. Un autre exemple montrera que les ministres et l’administration
jouent un rôle clef sans être les seuls acteurs. « La réforme
portuaire ne s’est faite que parce que le monde économique tout
entier l’a demandée, qu’une administration a bien préparé les
dossiers, que le Politique a eu le courage et que les dockers et les chefs
d’entreprise ont eu l’intelligence des mutations en cours. » ([20])
Habiles à combiner des courants politiques divers pour conserver le
pouvoir, nos leaders politiques s’avèrent maladroits tant à l’égard
des électeurs que des fonctionnaires. Leur mode de relation est efficace
avec leurs pairs ; il l’est peu avec les autres. Les défauts essentiels
de leur méthode sont leur difficulté à faire confiance
et, ce qui va de pair, leur amour inconsidéré du décret
et de l’écrit.
12.5.2 Une centralisation conservatrice
Difficulté à faire confiance en déléguant : la
centralisation des décisions est une autre tradition française
dont, en réalité, en dépit d’innombrables discours
ou textes, nous ne parvenons pas à nous défaire. C’est
ainsi que, dans les années quatre-vingt, on a donné aux salariés
des collectivités locales et des hôpitaux un statut national,
obstacle majeur à une gestion décentralisée. Contrairement à maintes
affirmations, aussi, c’est à une « silencieuse et profonde étatisation
de notre système de santé » ([21]) que nous avons assisté dans
les années récentes. Enfin un examen attentif des décisions
prises en matière de ressources financières des collectivités
locales montre la volonté de Paris de recentraliser les décisions.
Autres exemples : était-il nécessaire que Claude Allègre
décide du nombre d’instituteurs dans l’Hérault ?
Que Martine Aubry négocie elle-même avec les radiologues ou que
Laurent Fabius, Premier ministre, s’intéresse à un test
de dépistage du sida ?
Il ne suffit pas de constater que les méthodes qui misent sur les comportements
responsables des gestionnaires ne sont guère mises en œuvre. Il
faut se demander pourquoi il en est ainsi. Deux raisons, trop rarement évoquées,
se combinent pour qu’il en soit ainsi. La première se manifeste
au « sommet », la seconde à la « base ».
Au sommet, la majorité des hommes politiques, des membres des cabinets
ministériels et des hauts fonctionnaires entendant garder ses pouvoirs
(et ses habitudes), ne peut avoir le désir profond de mener à bien
une vraie décentralisation non seulement en faveur des collectivités
locales mais, aussi, des unités « opérationnelles » telles
qu’établissements scolaires, tribunaux ou hôpitaux.
À
la base, le statut de la fonction publique garantit l’autonomie des individus à l’égard
des « chefs ». Elle le fait à un prix prohibitif : les unités
de terrain, hôpitaux, écoles, tribunaux, ont le plus grand mal à s’adapter
avec souplesse à l’évolution de la société et à ses
demandes. Les responsables n’ont pas, en matière de personnels
au premier chef, la possibilité de gérer avec efficacité les
moyens dont ils disposent. De petits chefs, enseignants, magistrats ou médecins
peuvent refuser que leurs actes, financés par la collectivité,
soient supervisés.
Dirigeants du système et fonctionnaires d’exécution s’entendent
pour préserver, autant que faire se peut, les relations binaires et
verticales, celle du maître à l’élève. Est-elle
d’essence religieuse ? Elle a, en tout cas, été confirmée
sous la Révolution qui ne voulait pas d’intermédiaire entre
l’état et le citoyen. Cette relation ne correspond pas aux structures
du monde contemporain dans lequel se développent le travail en équipes
et des relations horizontales, en réseaux.
12.5.3 Une société verticale, régie par décret
Si le secteur privé a procédé à une réduction
des niveaux hiérarchiques, à quelques exceptions près
(Directions départementales de l’équipement) cette modernisation
a été très timide dans le secteur public. Le rapport,
déjà cité, du Commissariat général au plan,
([22]) décrit des hiérarchies et des cloisonnements qui couvrent
des emplois non analysés et une absence de relation entre les postes
de travail et leur utilité. Le management par la prévision et
la décentralisation n’est pas le fort de la caste qui nous gouverne.
Elle adore, par contre, se manifester par l’écrit.
Le Conseil d’état, fait exceptionnel, a reproché au législateur
l’abondance des textes produits : trop de lois nouvelles ne peuvent être
connues et respectées. Le gouvernement s’avère d’ailleurs
incapable de faire paraître les textes d’application dans des délais
raisonnables. « Le journal Officiel est passé de 7 000 pages en
1976 à 17 000 aujourd’hui. Le code du travail et le code des impôts
ont augmenté en volume de 35 % depuis 1978. » ([23])
La loi de 1995 sur l’emploi des jeunes occupe 23 pages du Journal Officiel
; celle sur les 35 heures est de la même veine. Tentant de tenir
compte de la diversité des situations, ces textes sont d’une telle
complexité que leur application dans les entreprises moyennes est un
véritable casse tête.
En 1989, lors d’une réunion hebdomadaire du cabinet du Premier
ministre, un préfet apporta, en guise d’illustration, un paquet
de plus de 80 centimètres de haut, ensemble des circulaires reçues
par chaque préfecture au cours de la semaine précédente.
([24])
Notre énarque ou notre polytechnicien ayant réponse à tout,
on a vu les cabinets ministériels élaborer en quelques semaines
des solutions élégantes et médiatiques aux problèmes
qui leur sont posés, sans avoir procédé à un examen
suffisant des réalités ; sans avoir pu, a fortiori, expérimenter
des solutions alternatives. Brillants sujets devenus dirigeants, les membres
de notre nouvelle noblesse manquent d’écoute et provoquent des
protestations des citoyens : « Ne sous-estimez pas nos problèmes
! Vous les traitez sans les comprendre, vous nous méprisez, vous nous
considérez comme des exécutants sans voix au chapitre. écoutez-nous
au moins ! » ([25])
12.5.4 Un employeur déplorable
Tout au long des 400 pages du rapport de la Cour des comptes sur la fonction
publique, rendu public en 2 001, l’état apparaît comme un
employeur déplorable. On a déjà relevé que l’état
ne connaissait même pas le nombre exact de ses agents. L’état
a d⁄ créer, en 2 001, un « observatoire » (!) pour
combler cette énorme lacune.
Que la gestion soit beaucoup trop faite à la petite semaine, la décision
de créer 45 000 postes dans les hôpitaux publics le confirme.
Après avoir repoussé la discussion avec les personnels concernés,
le ministère de la santé semble avoir découvert qu’il
n’avait pas formé assez d’infirmières et que l’application
de la loi sur les 35 heures allait accroître le manque d’effectifs.
Les rapports de la Cour des Comptes et du Plan demandent que des gestions prévisionnelles à moyen
terme soient enfin mises en place au moment où des départs en
retraite massifs vont conduire à un grand nombre d’embauches.
Ils également demandé qu’on « rompe avec la pratique
du remplacement emploi par emploi, que des redéploiements d’effectifs
soient combinés avec une politique de réorganisation des services
et de définition des compétences nécessaires… qu’on
corrige, aussi, le formalisme et le caractère académique des
concours de recrutement » et qu’on fasse la place à d’autres
procédures d’embauche. ([26])
Les rémunérations ne sont guère mieux gérées
que les effectifs. La progression à l’ancienneté est un élément
clef du statut destiné à protéger les salariés
de l’arbitraire des « chefs ». Le résultat est que
l’autorité de ces derniers est limitée et que les rémunérations
traduisent mal la différence entre l’agent actif et celui qui
l’est moins. Le rapport du Plan suggère aux administrations de
regarder de près les exemples, désormais nombreux, de pays qui
traduisent les performances, variables, des agents dans les rémunérations.
À
l’origine, sans doute, les primes étaient censées avoir
ce but. Un ingénieur des Ponts et Chaussées qui gagne 20 000
FF par mois, en milieu de carrière, perçoit en outre 15 000 FF
de primes. Mais il est désormais établi que les primes sont devenues
un obscur maquis, consacrant des avantages acquis et non plus des prouesses.
La Cour des Comptes a obtenu qu’au ministère de l’équipement,
les primes, alimentées par les travaux en régie soient budgétisées à partir
de 2 000. ([27]) C’était bien le moins. Reste à définir,
négocier puis mettre en place des politiques équitables mais
stimulantes.
Malheureusement, et c’est un autre défaut de la façon dont
les relations avec le personnel sont gérées, les ministres et
les directeurs de l’administration n’ont pas une solide culture
de la négociation. ([28]) Le décret leur convient mieux que le
débat. Et la forte centralisation des décisions concernant le
personnel rend très difficile la conduite de négociations qui,
ayant des objets pratiques, peuvent déboucher sur des compromis. On
baptise de « négociations » des rencontres nationales entre
directions et syndicats qui prennent généralement le caractère
de grandes cérémonies formelles, occasions de proclamations de
grands principes. ([29]) On a vu que la gauche, en nationalisant les statuts
des personnels des collectivités locales et des hôpitaux publics,
avait étendu à des centaines de milliers d’agents le défaut
qui prévaut dans la fonction publique d’état.
Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que la sphère
publique soit devenue le théâtre des conflits les plus nombreux
: un quart des effectifs salariés français, trois quarts des
conflits. ([30])
12.5.5 Un contrôle très insuffisant
Le secteur public utilise mal les moyens dont il dispose. Premier facteur :
ses politiques ne sont pas assez claires ni énergiques. Si les acteurs
du secteur privé savent, au prix de vraies réorganisations, diminuer
de 10, de 15 %, voire plus les co⁄ts engagés, les révisions
des budgets publics sont faites à la marge et les « mises à plat » rares.
L’annualité routinière reste la règle générale,
même si des programmes militaires pluriannuels sont maintenant en place
(encore que leurs révisions substantielles soient très fréquentes).
Politiques timides donc mais contrôles insuffisants aussi. Les évaluations
des diverses entités qui composent le secteur public sont défectueuses.
L’absence de comptabilités analytique et patrimoniale et l’obscurité des
primes versées sont autant d’obstacles à une gestion rationnelle.
Le gouvernement et l’administration disposent pourtant de corps de contrôle
nombreux et d’une grande compétence technique. Mais deux défauts
graves rendent les contrôles peu opérant. D’une part, ils
restent trop axés sur des contrôles formels : la dépense
correspond-t-elle à une ligne budgétaire. « Le contrôle
de gestion est inexistant. » ([31])
D’autre part, même si cette dernière affirmation est trop
générale et en supposant qu’un contrôleur ait bien
relevé des erreurs de gestion, il n’est pas certain que celles-ci
seront signalées de façon claire ni qu’elles se traduiront
par des actions correctrices. « à quoi riment, en effet, les instances
d’inspection lorsque, trop soumises au pouvoir, elles en deviennent complices
ou, trop lointaines, elles ne disposent pas des moyens d’agir ? » ([32])
On retrouve ici, une fois de plus, la rencontre entre les intérêts
des fonctionnaires d’exécution et ceux de la caste qui détient
le pouvoir. Les premiers ne veulent pas être évalués, ni à titre
individuel, ni en tant que membre d’une entité. C’est de
façon très laborieuse que certaines évaluations ont été mises
en place dans les années récentes et il reste très difficile
d’en tirer des conséquences effectives.
Quant à notre nouvelle noblesse elle s’est ingéniée
dans le système bancaire par exemple, à ce que responsables des établissements
et personnes exerçant des fonctions de tutelle ou de contrôle
appartiennent aux mêmes corps. « La déroute du Crédit
Lyonnais conduit à dénoncer les effets pervers de l’esprit
de corps au sein d’élites trop homogènes. » ([33])
« L’audit d’une entreprise conclut à la défaillance
du commercial, de l’international, de la comptabilité, du contrôle
de gestion, de la recherche, des relations humaines, de la communication et du
service juridique ; il constate, en bout de chaîne, une production qui
est souvent de qualité mais à des co⁄ts de revient supérieurs à ceux
de la concurrence. Qui serait prêt à investir sur l’avenir
de cette entreprise-là ? » ([34])
« Le manque de confiance de la société dans la représentation
publique ne s’explique plus seulement par la médiocrité de
certains résultats. Mais par l’incontrôlabilité perçue
du système. » ([35])
12.5.6 Conclusion
En 2 001, la majorité des Français s’est montrée
plutôt satisfaite de la marche du pays. La croissance du nombre des bénéficiaires
d’allocations et la diminution simultanée de la proportion de
personnes actives dans les secteurs économiques ne les inquiétaient
pas. Ils ne craignaient pas que la France des 35 heures et des dépenses
collectives record ait du mal à supporter une compétition internationale
qui ne va pourtant pas aller en s’amoindrissant. Que des jeunes Français
s’expatrient et que nous ayons du mal à retenir les capitaux chez
nous nous inquiète plus qu’eux. Nous aussi redoutons que « la
France recule et s’enfonce doucement, le gouvernement essayant de ne
pas trop le faire savoir. » ([36])
Il ne s’agit pas, comme le disaient en se raillant les manifestants de
1 968, d’être amoureux d’un taux de croissance élevé.
Mais nous savons que sans croissance le chômage ne se résorbera
pas. Comment imaginer aussi que notre énorme machine sociale qui n’arrive
pas à scolariser solidement quelque dix pour cent de la population,
qui ne parvient pas à soigner et à loger correctement une fraction également élevée
de la population, améliore ses résultats si l’économie
ne lui procure pas les ressources dont elle a besoin ?
Il n’est donc pas possible de se satisfaire de la très mauvaise
gestion de la moitié de ses ressources que la collectivité confie à l’état,
aux collectivités locales et à la Sécurité Sociale.
La machine jacobine ne parviendra pas à reconquérir les banlieues
et à faire reculer la violence. Cette machine, désormais inefficace,
demande toujours plus de moyens mais l’Europe nous interdit de recourir
aux solutions que nous aurons si longtemps utilisées : l’augmentation
des taux des impôts et des cotisations d’une part, le déficit,
son corollaire l’endettement et son poison, l’inflation, qui avait
le grand « avantage » de dévaloriser la dette publique,
d’autre part.
Prélèvements très élevés, performances critiquables,
corruptions dans lesquelles sont engagés de trop nombreux leaders politiques
: les éléments d’une révolte existent et les Français,
aujourd’hui passifs, sont capables de changer d’humeur avec cette
brusquerie qui a surpris plus d’une fois. Résultant de l’élection
du printemps de 1995, le tandem Chirac-Juppé bénéficiait
d’un bon soutien de l’opinion qui s’est effondré dès
l’été avant que les grèves de l’automne ne
prennent le caractère d’une fronde.
Ce que Roger Fauroux a dit de l’éducation nationale — « elle
est au bout du rouleau » — s’applique à l’ensemble
de notre machine collective et tout conduit, par conséquent, à chercher
les causes profondes de la mauvaise gestion de nos affaires collectives.
É
tudiant notre société, la Cofremca, dans sa lettre de l’automne
2 001, soulignait « que le décalage entre les gens et les sociétés
civiles d’un côté, les pouvoirs publics et leurs méthodes
de gouvernement de l’autre n’ont cessé de s’accentuer
au cours des dernières décennies. Alors que les premiers se transformaient
en profondeur et se complexifiaient à l’extrême, les seconds
cherchaient à préserver leurs formes et leurs pratiques anciennes. »
Le chef du service de l’évaluation et de la modernisation de l’état
au Commissariat général au Plan, Nicolas Tenzer, rejoint ce diagnostic
lorsqu’il affirme « Ce n’est pas la société française
qui est bloquée, ce sont les corps de direction qui bloquent la société. » ([37])
Oui le contraste est devenu énorme et sans doute intenable entre une
société civile qui s’est ouverte sur le monde, a décentralisé la
gestion, rémunéré la prise de risques et la performance,
a pris des mesures souvent drastiques et la forteresse dans laquelle une nouvelle
caste, au recrutement de plus en plus clos, s’est enfermée, désireuse
de conserver les choses en l’état et ses pouvoirs parisiens. L’objet
du chapitre 13 est d’analyser ce contraste dont on a compris qu’il était, à nos
yeux, central.
Graphiques
1 investissement public local
en milliards de francs
2 dette publique
en pourcentage du Pib
3 emploi public
en pourcentage de l’emploi total en 1998
4 dépenses publiques totales
en pourcentage du Pib, source Rexecode
12 Un secteur public mal géré 1
La dette cachée 5
12.2 Des prélèvements considérables 6
12.3 Des dépenses excessives 7
12.3.1 Des effectifs croissants 7
12.3.2 Des agents plutôt bien traités 8
12.3.3 Des dépenses collectives très élevées 9
12.3.3.1 Un excès global 9
12.3.3.2 Exemples de résultats peu probants 9
12.3.4 Guère de volonté de maîtriser les dépenses 10
12.4 Surco⁄ts et leurs incidences 11
12.5 Des méthodes peu efficaces 13
12.5.1 Une gestion ringarde 14
12.5.2 Une centralisation conservatrice 15
12.5.3 Une société verticale, régie par décret 16
12.5.4 Un employeur déplorable 17
12.5.5 Un contrôle très insuffisant 18
12.5.6 Conclusion 20
[1] Notre état, sous la direction de Roger Fauroux, Robert Laffont,
2000.
[2] Thomas Piketty, Les hauts revenus en France au Xxe sicècle, Grasset, 2 001.
[3] Rapport La Martinière, op.cit.
[4] Christophe Heckly, Réformes, ce qu’on fait les autres, Sociétal, 3e trim. 2001.
[5] Sondage Sofres-l’Expansion, juin 1986.
[6] Le travail en question, Syros, 2001.
[7] Le Monde, 7 janvier 2000.
[8] Étude de l’Ocde citée par Jean Choussat, Note rédigée à l’intention du ministre des Finances, 1997.
[9] Jean Choussat, Note citée.
[10] Sociétal, juin 1998.
[11] Jean Choussat, Inspecteur général des finances, note à l’intention du ministre des Finances, septembre 1997.
[12] Jean Paul Fitoussi et Pierre Rosanvallon, Le nouvel âge des inégalités, Seuil, 2000
[13] Commissariat Général du Plan, Fonctions publiques : enjeux et stratégie pour le renouvellement, rapport du groupe présidé par Bernard Cieutat, 2 000.
[14] Pierre-Patrick Kaltenbach, Tartuffe aux affaires, Les édiitions de Paris, 2001.
[15] Notre état, op.cit.
[16] Peter Lilley, ancien ministre, conservateur, de la Sécurité sociale britannique. Le Monde 20 juin 2000.
[17] État et gestion publique, Actes du colloque du 16 déce. 1 999.
[18] Laurent Fabius, Le Monde, 25 ao⁄t 2 000.
[19] Notre état, op.cit.
[20] Francis Massé, Le silence politique, Ouest-éditions, 2 000.
[21] Jean de Kervasdoué, in Notre état, Roger Fauroux et alii, Robert Laffont, 2001.
[22] Fonctions publiques : enjeux et stratégie pour le renouvellement, op.cit.
[23] Martine Aubry, Le choix d’agir, Albinb Michel, ?
[24] Notre état, op.cit.
[25] Michel Crozier, op.cit.
[26] Fonctions publiques : enjeux et stratégie pour le renouvellement, op.cit.
[27] Le Monde, 2 décembre 1999
[28] Notre état, op.cit.
[29] Fonctions publiques : enjeux et stratégie pour le renouvellement, op.cit.
[30] Le Monde, 8 novembre 2 001.
[31] Fonctions publiques : enjeux et stratégie pour le renouvellement, op.cit.
[32] Hugues de Jouvenel, Fituribles, avril 2 0001.
[33] Pierre Rosanvallon, in France les révolutions invisibles, op.cit.
[34] Notre état, op.cit.
[35] Pierre-Patrick Kaltenbach, Tartuffe aux affaires, Les édiitions de Paris, 2001.
[36] Gérard Mestrallet, Président du directoire de la Sté Lyonnaise des Eaux, Interview, op. cit.
[37] Le Monde, 24 octobre 2 000.